Le bilan quotidien rendant compte des chiffres de la pandémie du nouveau coronavirus en Algérie montre une certaine stabilité sur plusieurs jours consécutifs. Le nombre de cas confirmés de Covid-19 a baissé à moins de 200 cas par jour le 17 septembre dernier. Depuis cette date, il n’est pas repassé au-dessus de la barre des 200 contaminations quotidiennes. Il en est de même pour le nombre de décès qui a diminué d’abord, à moins de 20 cas par jour, pour se maintenir à moins de 10 depuis une semaine.

PAR INES DALI
Faut-il pour autant crier victoire ? Certainement pas, selon les professionnels de la santé, qui mettent toujours en évidence de nombreux éléments pouvant être des facteurs de rebondissement de la pandémie. Ils estiment que cette situation stable n’est pourtant pas aussi rassurante qu’elle paraît pour plusieurs raisons. D’abord, il ne faut pas occulter que les chiffres officiels communiqués par le ministère de la Santé sont loin de représenter tous les cas réels à travers le territoire national, sachant que de nombreux cas «échappent au radar». Ne sont publiés que les chiffres des contaminations testées par RT/PCR dans le public qui sont communiqués à la tutelle. En revanche, les mêmes tests effectués chez le privé ne sont pas communiqués, de même que tous les tests antigéniques et sérologiques, qu’ils soient chez le public ou le privé, ne sont pas comptabilisés. C’est dire que la véritable ampleur de la pandémie n’est pas visible même si, certes, elle a diminué.
«Il y a une amélioration manifeste de la situation épidémiologique dans le pays, mais le nombre de cas annoncés quotidiennement n’est pas un nombre exact, car il y a des cas qui échappent au décompte officiel», a estimé le Dr Mohamed Bekkat-Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins, dans une récente déclaration à Reporters. La situation épidémiologique qui est meilleure aujourd’hui s’explique, également, par les efforts conjugués ayant mené à une plus grande vaccination de la population, avant que l’opération ne connaisse, à son tour, un certain recul, les citoyens ayant repris confiance en voyant les chiffres journaliers relatifs à l’évolution de la pandémie baisser. Cet excès de confiance, qui a conduit à l’abandon de la vaccination, pourrait bien produire l’effet inverse et donner lieu à une nouvelle hausse des contaminations, étant donné que des personnes atteintes asymptomatiques peuvent en contaminer d’autres parmi leurs familles, leurs collègues et toute personne évoluant dans leur entourage qui, elles, si elles ne sont pas vaccinées et n’ont pas l’immunité requise, risquent de développer la maladie de Covid-19 et, peut-être même, une forme grave.
Il faut, donc, garder à l’esprit que l’épidémie n’a pas complètement disparu. Et dans ce cas, il y a toujours un risque d’avoir une recrudescence des contaminations. «Il faut savoir qu’il subsiste toujours un fond de contaminations, soit un certain nombre de cas confirmés qui, avec le temps, finit par se propager et transmettre le virus et, ainsi, provoquer, une reprise des infections», a expliqué le Dr Mohamed Yousfi, président de la Société algérienne d’infectiologie (SAI) et chef de service infectieux à l’EPH de Boufarik.
L’un des facteurs pouvant être parmi les causes d’un rebond de la pandémie est celui de la négligence en matière de prévention et de respect des gestes barrières, notamment le port du masque et la distanciation physique. La vigilance tant prônée par l’ensemble des professionnels de la santé semble avoir presque disparu. Cela est visible dans pratiquement tous les lieux publics, à quelques rares exceptions près. Dans les moyens de transports, surtout les bus, les mesures édictées, pourtant, comme condition pour la reprise de leur activité, ne sont pas respectées malgré le risque que constitue un tel délaissement.
Si les professionnels de la santé reconnaissent qu’il y a, certes, une certaine lassitude des citoyens de
devoir continuer à porter un masque et être sur leurs gardes, il n’en demeure pas moins qu’ils évoquent, également, la «responsabilité» de chacun. «Une personne peut se laisser contaminer si elle le veut, mais elle n’a pas le droit de risquer de contaminer les autres», a affirmé le Dr Yousfi.
Pour éviter tout risque, les spécialistes du secteur sanitaire continuent d’insister que la vaccination est, jusqu’à présent, le «seul moyen» pouvant constituer un frein à la propagation de la Covid-19, voire la «seule arme» dont dispose le monde dans son combat contre le coronavirus. L’accalmie que connaît actuellement le pays, après la «catastrophe» de l’été dernier, comme l’ont qualifié les praticiens, devrait être mise à profit pour vacciner le maximum de personnes, au moins 20 millions pour atteindre une immunité collective de 70% d’ici la fin de l’année.
C’est le moment «adéquat» pour intensifier la vaccination et, pour ce faire, des idées nouvelles doivent être réfléchies afin d’arriver à sensibiliser les réticents et maintenir cette situation épidémiologique confortable dont jouit aujourd’hui le pays. <