Le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Abderrahmane Benbouzid, estime que la situation liée à la pandémie du nouveau coronavirus (Covid-19) est «stable» en Algérie au vu des chiffres qui ont «beaucoup baissé ces derniers jours» grâce, notamment, au «confinement qui doit être respecté pour éviter tout risque».


L’épidémie se «stabilise, mais restons prudents», a déclaré le ministre dans un entretien à El Watan, motivant la prudence malgré «certains indicateurs» qui laissent «optimistes» par le fait qu’«avec la multiplication des centres de dépistage» dans plusieurs régions du pays, dont Oran, Ouargla, Constantine, Annaba et dans les hôpitaux à Alger et Tizi Ouzou, le pays risque d’avoir «plus de cas positifs dans les jours à venir».
«Nous allons nous retrouver dans les chiffres internationaux, c’est-à-dire plus de sujets positifs et un nombre relativement bas de décès. On considère donc que la situation est globalement stable. Nous sommes optimistes et, actuellement, nous ne sommes plus dans la situation connue au début. Nos hôpitaux ne sont plus surchargés et nous nous améliorons tous les jours», a-t-il dit, relevant que l’Algérie est «loin des scénarios apocalyptiques, selon les prévisions de certains, grâce à notre engagement dans la lutte contre ce virus et à la prise de conscience des citoyens».
A propos des chiffres annoncés quotidiennement et qui semblent «en-deçà de la réalité», le Pr Benbouzid a expliqué, encore une fois, que c’est le cas dans tous les pays touchés par cette pandémie. «Dans tous les pays du monde, les chiffres avancés ne reflètent pas la réalité. Beaucoup de sujets sont sains et l’ignorent. Ces chiffres ne sont que le reflet du nombre de tests effectués au départ, notamment par l’Institut Pasteur d’Algérie», selon le ministre qui reconnait : «Effectivement, lorsqu’il y a moins de tests, il y a moins de cas… Au début, nous faisions près de 200 tests par jour, aujourd’hui un peu plus, avec l’ouverture d’annexes de l’Institut Pasteur dans plusieurs wilayas et d’autres laboratoires». Il fera savoir, dans ce contexte, que l’Algérie vient de recevoir la dernière commande de 15.000 kits qui seront distribués à travers la PCH, mais tient à souligner qu’il ne peut être procédé à «un dépistage de masse sur 40 à 45 millions d’Algériens et c’est le cas de nombreux pays qui ne peuvent pas le faire, même les plus développés». Il insiste qu’il est «impossible de dépister toute une population d’une localité» et que «le dépistage est effectué pour les sujets contacts de cas de Covid-19 et ceux qui viennent consulter avec des troubles respiratoires répondant au tableau clinique du Covid».
Commentant les décès qui semblent élevés comparativement aux autres pays, après avoir noté qu’on enregistre «actuellement moins de 20 décès par jour», le Pr Benbouzid affirme «le nombre de décès apparaissait effectivement très élevé au début, car nous avions comptabilisé l’ensemble des décès, même ceux survenus hors hôpital de mort naturelle. Ailleurs, ces derniers ne sont pas pris en considération. Parmi ces décès, il y avait des personnes que nous avons identifiées Covid-19 après leur mort, mais n’ont pas succombé à cette infection virale». Il explique encore que «quelques cas sont décédés suite à un arrêt cardiaque, une défaillance viscérale ou autre cause et c’est un hasard qu’ils aient été porteurs du Covid-19». Tous ceux-là pour lesquels il y a eu des tests post-mortem, a-t-il conclu sur ce chapitre, «ont été ajoutés à la liste des décès par Covid. C’est ce qui explique qu’on se retrouve aujourd’hui avec ce chiffre qui dépasse les 300 décès».

«La situation semble s’apaiser à Blida»
Ainsi, selon le ministre, la situation est stable dans l’ensemble du pays de même qu’à Blida où «la situation semble s’apaiser avec de bons de résultats grâce aux efforts des citoyens, au confinement et aux équipes médicales qui sont sur place depuis le début de l’épidémie, et les chiffres qu’ils nous communiquent sont rassurants. Les malades mis sous traitement à l’hydroxychloroquine ont bien évolué et les résultats sont satisfaisants». Et justement, concernant le nombre de personnes traitées dépassant celui de cas confirmés, après avoir noté que «le tableau fondamental de cette maladie est le tableau respiratoire», il a indiqué qu’au lieu d’attendre, comme au début, les résultats de la PCR pour prendre la décision de traiter ou non, il y a recours au scanner lorsqu’il n’y a plus de tests. «Dès lors qu’un patient arrive même sans signes cliniques et s’il a été en contact avec un Covid, on fait un scanner car devant une forte présomption au Covid, on fait une imagerie à défaut de test. On préfère démarrer le traitement que de laisser évoluer vers une forme grave…Il est vrai qu’on voit des images de pneumonie, mais il n’est pas dit que c’est le Covid-19. C’est pourquoi les cas diagnostiqués au scanner, qui n’est pas affirmatif, sont mis à part et ne peuvent être cumulés avec ceux diagnostiqué à la PCR, qui est l’examen le plus sûr».

«Rien n’est encore gagné, le virus est incontrôlable»
Quoi qu’il en soit, le Pr Benbouzid se dit «profondément convaincu que le confinement a agi de manière considérable», de même que «la distanciation sociale et toutes les mesures prises, notamment la fermeture des écoles, la suspension des transports publics et la fermeture des marchés et des supermarchés». Mais il a tenu à préciser que «les précautions sont toujours de mise, bien que la situation se stabilise», non sans avertir que «rien n’est encore gagné, car le virus est insaisissable et incontrôlable pour le moment. On ne dit pas que le pic est passé ou que la situation s’améliore et qu’il faut lâcher». Il affirme, dans ce cadre, que l’Algérie s’inspire des expériences des autres pays. Elle «ne veut pas reproduire les erreurs des autres pays», mais veut «bien faire ce que les autres ont bien fait». Il ajoute que «même si ailleurs on amorce le début d’un déconfinement très hésitant», il n’en demeure pas moins que «cela se fait avec beaucoup de prudence». Pour lui, «la volonté de mettre tous les moyens nécessaires pour lutter contre cette épidémie quel qu’en soit le prix» est visible avec, entre autres, «plus de 20 millions de masques importés, 1.200 respirateurs à la disposition des structures hospitalières pouvant aller jusqu’à 6.000, seulement le tiers des lits de réanimation occupés…».
Tout en reconnaissant que la situation se stabilise grâce au confinement et à la conscience des citoyens, entre autres, le ministre ne cache cependant pas son appréhension avec l’arrivée du «Ramadhan, un mois durant lequel les familles se retrouvent et beaucoup veillent pendant de longues soirées». L’Algérie est, certes, «loin des prévisions de scénario à l’italienne» et les résultats sont encourageants, mais cela n’écarte pas «la détermination à continuer à lutter contre cette pandémie» et, surtout à rester «vigilants». n