La pandémie causée par le coronavirus risque de favoriser pendant des années le crime organisé en Europe, qui a déjà atteint un «point de rupture» en raison d’un afflux de cocaïne sans précédent, s’inquiète Europol dans un rapport paru hier lundi.

Par Jan HENNOP
Les réseaux criminels vont probablement profiter de la crise économique provoquée par le Covid-19 pour infiltrer des entreprises légales devenues plus vulnérables, conclut l’agence européenne de police dans ce rapport rédigé tous les quatre ans. Cherchant à tirer profit des efforts faits à travers le monde pour surmonter la crise sanitaire, ces bandes organisées offrent également de faux vaccins contre le Covid ou de faux autotests, souligne l’agence qui a son siège à la Haye. «Nous avons atteint un point de rupture», a déclaré la directrice d’Europol Catherine De Bolle, dans un entretien avec l’AFP. «L’impact sur la vie des citoyens, sur l’économie et l’Etat de droit est trop important. Voilà ce que ce qui ressort de ce rapport», a-t-elle ajouté. «Une pandémie prolongée mettra une forte pression sur l’économie européenne et mondiale» et la récession attendue «peut façonner la criminalité grave et organisée pour les prochaines années», précise Europol dans ce document. «Les criminels s’adaptent très facilement à la pandémie», a souligné la commissaire européenne aux Affaires intérieures Ylva Johansson au cours de la présentation du rapport, qui a eu lieu à Lisbonne car le Portugal assure actuellement la présidence tournante de l’UE.

«Des quantités de cocaïne sans précédent»
Europol s’inquiète aussi d’une augmentation de la corruption liée au trafic de drogue, «des quantités de cocaïne sans précédent» étant au centre d’un trafic «vers l’UE en provenance d’Amérique latine, générant des bénéfices de plusieurs milliards d’euros» pour les réseaux criminels dans ces deux régions. De surcroît, la pureté de la cocaïne ainsi acheminée est désormais au «plus haut niveau jamais atteint dans l’UE». Le trafic de cocaïne «alimente des structures criminelles qui se servent de leurs énormes ressources pour infiltrer et saper l’économie de l’UE, les institutions publiques et la société», relève Europol. Les coups de filet effectués par la police dans d’importants ports européens comme Anvers, Hambourg et Rotterdam ont permis des saisies record, dont celle d’une cargaison de 23 tonnes de cocaïne par les autorités néerlandaises et allemandes à la fin février. Ce trafic est en outre à l’origine d’une violence accrue et les criminels «n’ont plus peur d’utiliser des armes à feu, des grenades ou la torture», a relevé la directrice d’Europol. La crise sanitaire qui dure depuis plus d’un an a eu un impact très important dans la façon dont opèrent les bandes organisées. Des entreprises affaiblies par la pandémie peuvent devenir une proie facile aux yeux de ceux qui cherchent à s’en servir pour des activités illégales, notamment pour le blanchiment de capitaux.
«Commerce de faux vaccins»
L’épidémie provoquée par le coronavirus a également ouvert de nouvelles possibilités d’exploiter les craintes de la société. «Au début, nous avons observé une augmentation de la contrefaçon de masques et de gel hydroalcoolique. Nous voyons désormais une hausse dans le commerce (de la quantité) de faux vaccins et de faux autotests», a expliqué Mme De Bolle à l’AFP. «Ces (faux) vaccins sont un risque pour la santé. Il ne faut pas les acheter», a-t-elle prévenu. La pandémie a par ailleurs favorisé la cybercriminalité, dans la mesure où les restrictions en vigueur dans de nombreux pays ont obligé leurs habitants à vivre et à travailler davantage sur internet. «Des infrastructures cruciales vont continuer d’être la cible des cybercriminels pour les années à venir. Cela représente un risque significatif», note Europol dans son rapport. Fin janvier, les autorités de plusieurs pays occidentaux, dont les Etats-Unis, des Etats de l’UE et l’Ukraine, avaient marqué un point important face au cybercrime avec le coup de filet qui a permis de démanteler le logiciel malveillant Emotet, jugé «le plus dangereux du monde». Aussi bien la fraude financière que l’exploitation sexuelle de mineurs sont devenues des problèmes majeurs sur le front de la criminalité virtuelle. L’agence européenne de police s’inquiète notamment du risque d’«attaques sophistiquées et de grande ampleur contre des infrastructures essentielles pour y accéder et voler des données sensibles».
(Source AFP)