L’huilerie traditionnelle de Khemis, anciennement appelée Saint-Gabriel, fonctionnelle et en bon état, risque de stopper son activité. L’héritage Ghezouti (depuis 1951) est partie intégrante du patrimoine matériel (moulin à huile artisanal) et immatériel (savoir-faire ancestral) de la région de Beni Snous. Son intérêt ne réside pas qu’en son bon fonctionnement et la qualité du produit, mais aussi en son histoire et son lien avec la Révolution. Son destin est lié à une loi algérienne qui interdit l’importation de pièces de rechange traditionnelles de l’étranger. Il faut signaler que le gérant de cette huilerie traditionnelle, en l’occurrence Abdellatif Ghezouti, a participé au dernier Salon international de l’olive (1er Sioliva) qui s’est tenu en mars 2016 au Carex de Koudia (Tlemcen). Citons au passage les anciennes huileries, aujourd’hui désaffectées, de Tlemcen, Hadj Eddine (haï Louz), Boudjakdji (Riat el Hammar), Lachachi (El Qalaâ), Benkalfat (Sidi Boudjemaâ)… En 1850, on comptait à Tlemcen cinq fabricants d’huile dits indigènes (arabes). Quant aux colons européens, ils exploitaient six moulins à huile à Tlemcen ou dans les environs. C’étaient les Facio, Pons, Pédra et Ducros à El Qalaâ, Masson à Tlemcen et Imbert à Saf Saf. Les moulins à huile, dont certains se trouvaient à l’intérieur même de la ville, rue de l’Huilerie, du nom d’un ancien moulin qui fonctionnait encore au moment de l’arrivée des Français, trouvaient une matière abondante dans les champs d’oliviers qui entouraient la ville et en faisaient une véritable oasis. Dès 1842, presque aussitôt après l’entrée des troupes françaises à Tlemcen, l’Administration fit réparer un ancien moulin indigène à El Qalaâ. Ce moulin, dont la concession avait été accordée à Beauprêtre le 2 novembre 1842, était situé au pied de la montagne, à 700 m environ de la porte de la Poterne du Mechouar, au lieudit Rohat Ben Boumediène Bendi Hacène. Quelques statistiques de l’époque relatives à l’état des marchandises apportées par les exploitants sur les marchés, en l’occurrence l’huile d’olive : 57 160 ha en 1844, 45 994 ha en 1845, 56 094 ha en 1849. Quant à l’huile d’olive apportée sur le marché de Tlemcen et provenant des « M’asra’ » indigènes, il ressort des statistiques 46 500 litres au titre de l’année 1845 alors que de janvier à mai 1846, il est fait état de 32 070 litres, aux 3e et 4e trimestres de 1847 : 12 000 litres et au 3e trimestre 1848 : 1 000 litres.
E. H. T.