Le film de guerre historique « 1917 », de Sam Mendes, a triomphé dans la soirée de dimanche dernier, à Londres, au cours de la cérémonie des Bafta, les récompenses britanniques du cinéma, battant les grands favoris « Joker » et « Once Upon a Time in Hollywood ». Déjà récompensé aux Golden Globes, nommé dix fois pour les Oscars qui se dérouleront dans moins d’une semaine, le film de guerre a remporté sept Bafta, notamment ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur. Dans ces deux catégories reines, il s’est imposé face à « The Irishman » de Martin Scorsese, « Joker » de Todd Phillips, « Once Upon a Time in Hollywood », de Quentin Tarantino et « Parasite » de Bong Joon-Ho.
Le « Joker », donné grand favori avec onze nominations, se contente au final de trois prix. Joaquin Phoenix, impressionnant dans son inquiétante incarnation du futur ennemi de Batman, a tout de même été couronné du titre du meilleur acteur par la British Academy of Film and Television Arts (Bafta), face à Leonardo DiCaprio, Adam Driver, Taron Egerton et Jonathan Pryce.
Récompensé aux Golden Globes et nommé aux Oscars pour ce rôle, l’acteur américain de 45 ans a utilisé son discours de remerciements pour évoquer l’absence criante de nommés de couleur lors de la cérémonie qui, tout comme les Oscars, a été très critiquée pour son manque de diversité.
Joaquim Phoenix dénonce les « BaftaSoWhite »
L’interprète de « Joker » s’est tout d’abord dit « reconnaissant » mais a rapidement expliqué qu’il était gêné d’accepter ce trophée alors que certains de ses confrères et consoeurs ne sont pas aussi privilégiés que lui. « Nous envoyons un message très clair aux personnes de couleur, à savoir que vous n’êtes pas les bienvenus ici », a-t-il dénoncé, appelant à « faire le travail difficile pour vraiment comprendre le racisme systémique ». «Personne ne veut de traitement de faveur. Je pense que tout le monde veut être apprécié et respecté pour le travail qu’il fournit. Je ne vous fais pas un discours moralisateur. J’ai honte de dire que je fais partie du problème. Je n’ai pas tout fait pour que les tournages sur lesquels j’ai travaillé soient aussi diversifiés que possible ». « Je pense que c’est à ceux qui ont créé, perpétué et profité d’un système d’oppression de le démonter. C’est à nous de le faire », a terminé Joaquin Phoenix sous les applaudissements qui sont venus rompre le calme plat qui régnait dans la salle.
Avant la cérémonie, la présidente des Bafta, Pippa Harris, a elle-même déploré l’absence de nominations de femmes dans la catégorie meilleur réalisateur, alors qu’elles « représentent l’avenir de l’industrie », jugeant par ailleurs « exaspérant » et « décevant » qu’aucun acteur noir n’ait été nommé au sein des principales catégories. Elle a promis un « examen de grande envergure », qui se « penchera sur tout ce qui concerne le processus d’attribution des prix », jugeant toutefois qu’il s’agissait d’un « problème à l’échelle de toute l’industrie » du cinéma, dont les récompenses ne sont que le dernier échelon.
Les critiques avaient commencé à fleurir début janvier sur les réseaux sociaux, en partie sous le hashtag #BaftaSoWhite (Bafta tellement blancs). Elles ont ensuite trouvé un porte-parole d’importance en la personne du réalisateur oscarisé Steve McQueen, dénonçant des « talents noirs beaucoup trop négligés » dans le journal The Guardian.
Du côté des femmes, Renée Zellweger a remporté le Bafta de la meilleure actrice pour son interprétation de la légendaire comédienne Judy Garland dans le biopic « Judy ». Elle s’est imposée face à Jessie Buckley, Scarlett Johansson, Saoirse Ronan et Charlize Theron. Partie avec dix nominations, l’ode à l’Hollywood des années 1960 « Once Upon a Time… in Hollywood », de Quentin Tarantino, ne remporte finalement qu’un seul prix, celui du meilleur second rôle masculin pour Brad Pitt. Le Sud-Coréen Bong Joon-Ho tire quant à lui son épingle du jeu, remportant le Bafta du meilleur film en langue étrangère et du meilleur scénario pour « Parasite», drame familial et social mâtiné de thriller racontant l’engrenage tragique d’une famille pauvre s’invitant dans une famille riche. K. A.