Le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, a exprimé vendredi ses regrets quant à la décision des Etats-Unis de cesser leur financement à l’UNRWA, l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient.

Faisant remarquer que l’Unrwa était une agence importante fournissant des services essentiels aux réfugiés de Palestine et contribuait à la stabilité de la région, le chef de l’ONU a indiqué qu’elle «bénéficiait de sa pleine confiance», selon un communiqué publié par Stéphane Dujarric, porte-parole d’Antonio Guterres. «Les Etats-Unis ont toujours été le principal contributeur de l’UNRWA. Nous sommes reconnaissants envers son soutien au fil des ans », a déclaré M. Guterres. « Le Commissaire général (de l’Unrwa) Pierre Krahenbuhl a accompli des efforts rapides, novateurs et acharnés pour surmonter la crise financière inattendue à laquelle l’Unrwa a dû faire face cette année», a indiqué le secrétaire général, ajoutant que ces efforts « avaient élargi la base de donateurs, levé de nouveaux financements considérables et exploré de nouvelles pistes de soutien. En outre, l’Unrwa a pris des mesures de gestion internes extraordinaires pour accroître son efficacité et réduire ses coûts». «l’Unrwa dispose d’un solide bilan en matière de services de qualité dans les domaines de l’éducation, de la santé et d’autres services essentiels, souvent dans des conditions extrêmement difficiles, aux réfugiés de Palestine qui en ont grand besoin », a noté M. Guterres. Le secrétaire général a appelé les autres pays à aider à combler le déficit financier restant de l’Unrwa afin que l’agence onusienne puisse continuer à fournir cette aide vitale, ainsi qu’un sentiment d’espoir pour cette population vulnérable. Les déclarations diplomatiques et fortement policés du secrétaire général des Nations unies contrastent avec celles tenues par les responsables de l’Unrwa. Le porte-parole de l’agence, Chris Gunness a exprimé, via Twitter, ses «profond regrets» et sa «déception».
«Nous rejetons dans les termes les plus forts possibles la critique (estimant) que les écoles de l’UNRWA, les centres de santé et les programmes d’assistance d’urgence sont « irrémédiablement imparfaits », a-t-il également tweeté.

Rejet de l’Autorité palestinienne

Pour rappel, le Département d’Etat américain a annoncé durant cette même journée de vendredi que Washington ne verserait plus de contributions financières supplémentaires à l’Unrwa. Après avoir «attentivement examiné la question», l’administration de Donald Trump «a décidé que les Etats-Unis ne feraient pas de contribution supplémentaire à l’Unrwa», une «opération irrémédiablement biaisée», a indiqué la porte-parole du département d’Etat Heather Nauert dans un communiqué. Peu après, l’autorité palestinienne a
« rejeté » et « condamné » la décision des Etats-Unis. « Nous rejetons et condamnons cette décision américaine dans son intégralité », a réagi, dans un communiqué, le négociateur en chef palestinien et secrétaire général de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP). Saëb Erakat a lancé un appel « à rejeter cette décision et à fournir tout l’appui possible » à l’Unrwa. La décision américaine de suspendre le financement de l’agence onusienne pour les réfugiés palestiniens marque une nouvelle dégradation de la relation entre Washington et l’Autorité palestinienne. Elle constitue un nouveau développement après le choix du président Donald Trump de reconnaître unilatéralement Jérusalem (Al Qods) comme capitale d’Israël, fin 2017. Les dirigeants de l’Autorité ont immédiatement coupé tout contact avec Washington, lui déniant désormais tout rôle de médiateur dans le processus de paix avec Israël. En réponse, le président américain a annoncé fin janvier qu’il allait conditionner le versement de l’aide aux Palestiniens à leur retour à la table des négociations. Et son administration est progressivement passée à l’acte.
D’abord en ne versant, début 2018, que 60 millions de dollars à l’Unrwa, contre 350 millions l’année précédente. Cette décision, assortie d’un « examen » de toute éventuelle contribution supplémentaire, avait déjà plongé dans la crise cette agence de l’ONU, qui assiste plus de trois millions de Palestiniens sur les cinq millions enregistrés comme réfugiés, mais est accusée de « biais anti-Israéliens» par le gouvernement américain. Avant l’annonce de vendredi, les responsables palestiniens avaient accusé les Etats-Unis de « renier leurs engagements internationaux et leur responsabilité». «En faisant siennes les positions israéliennes les plus extrêmes sur tous les sujets, y compris sur les droits de plus de cinq millions de réfugiés palestiniens, l’administration américaine a perdu son statut de médiateur et nuit non seulement à une situation déjà instable, mais aussi aux chances d’une paix future au Moyen-Orient», a dénoncé l’émissaire palestinien à Washington Hossam Zomlot.

Dans le viseur américain…

Ensuite, en annonçant il y a une semaine l’annulation de plus de 200 millions de dollars d’aide bilatérale aux Palestiniens — soit la quasi-totalité de l’assistance américaine hors coopération en matière de sécurité. L’annonce de vendredi devrait donc aggraver la crise diplomatique. «Lorsque nous avons fait une contribution américaine de 60 millions de dollars en janvier, nous avions dit clairement que les Etats-Unis n’avaient pas l’intention de supporter la part très disproportionnée du fardeau des coûts de l’Unrwa, que nous avions pris en charge pendant de nombreuses années», a rappelé la porte-parole du Département d’Etat Heather Nauert. Quelques initiatives ont émergé pour tenter de pallier le retrait américain. Berlin a annoncé vendredi une hausse « substantielle » de la contribution allemande à l’agence de l’ONU et a appelé ses partenaires européens à en faire autant. La Jordanie a de son côté annoncé l’organisation d’une conférence le 27 septembre à New York afin de la soutenir. D’ici fin septembre, «l’Unrwa n’aura plus un sou», avait averti mercredi son porte-parole, Chris Gunness. L’agence a besoin de 200 millions de dollars d’ici la fin de l’année pour remplir sa mission et financer ses écoles et ses centres de santé.
Heather Nauert a assuré que les autorités américaines étaient «conscientes et profondément préoccupées par l’impact» de cette situation «sur les Palestiniens innocents, notamment les élèves», alors que les conditions de vie dans la bande de Gaza, contrôlée par le mouvement islamiste Hamas et soumise à un strict blocus israélien, se détériorent rapidement.
La porte-parole de la diplomatie américaine a par ailleurs mis en cause le «modèle» même de l’Unrwa, promettant d’ «intensifier le dialogue avec les Nations unies» pour trouver «de nouvelles approches». Surtout, elle a accusé l’agence d’augmenter «sans fin et de manière exponentielle» le nombre de Palestiniens éligibles au statut de réfugié: «Ce n’est simplement pas viable». Selon le «Washington Post» et le «New York Times», l’administration Trump entend plaider pour une réduction drastique du nombre de Palestiniens éligibles au statut de réfugié auprès de l’ONU, afin de rendre moins complexes les négociations, en vue d’un éventuel accord de paix, sur le « droit au retour » dans des territoires disputés entre l’Autorité palestinienne et Israël. « Je pense que nous devons examiner le droit au retour », a dit cette semaine l’ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU Nikki Haley. Pour Hossam Zomlot, « ce n’est pas à l’administration américaine de définir le statut des réfugiés palestiniens». «Aucun Etat membre ne peut changer notre mandat de manière unilatérale », a renchéri le porte-parole de l’Unrwa, dénonçant une « attaque politique sur les droits des réfugiés palestiniens ». Israël a salué hier samedi la décision américaine de ne plus financer l’Unrwa.