Une nouvelle page de l’histoire politique du Pakistan s’est ouverte. Hier, le nouveau Premier ministre Imran Khan a, en effet, prêté serment lors d’une cérémonie à Islamabad. M. Khan, 65 ans, avait été élu la veille chef du gouvernement par l’Assemblée nationale. La cérémonie s’est déroulée au palais présidentiel devant un large parterre de dignitaires pakistanais et étrangers dont des diplomates, artistes et militaires.

Toute l’équipe de cricket pakistanaise championne du monde en 1992 sous le capitanat d’Imran Khan, ainsi que quelques joueurs indiens, y avaient été conviés. Le parti de M. Khan, le Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI), avait largement remporté les législatives du 25 juillet dernier. Mais il n’avait pas obtenu assez de sièges pour pouvoir former à lui seul le gouvernement. Plusieurs semaines de négociations ont été nécessaires pour parvenir à bâtir un gouvernement de coalition qu’il dirigera en tant que 22e Premier ministre du pays depuis sa création il y a 71 ans après sa séparation de l’Inde à la fin de la colonisation britannique en 1947. L’ex-champion a promis l’avènement d’un « nouveau Pakistan » et s’est engagé à lutter contre la corruption et la pauvreté. Son gouvernement est composé de 15 ministres. Dans un discours prononcé avant-hier vendredi peu après son élection, M. Khan avait promis « d’apporter le changement dont cette nation avait tant besoin ». « Pour commencer, nous allons rendre les gens strictement responsables de leurs actes. Je m’engage devant Dieu à ce que quiconque a pillé ce pays en soit tenu responsable », a-t-il lancé. Il a aussi implicitement balayé les nombreuses accusations d’interférence de l’armée en sa faveur pendant la campagne électorale. « Je suis ici après 22 ans de combats, aucun dictateur ne m’a pris en charge », a-t-il affirmé. Il a promis de « coopérer » face aux accusations de fraudes aux élections de juillet avancées par une grande partie de l’opposition, à commencer par l’ancien parti au pouvoir, le PML-N. Son ancien leader, l’ex-Premier ministre Nawaz Sharif, a été emprisonné pour corruption deux semaines avant les élections. M. Khan est idolâtré par des millions de Pakistanais pour avoir mené l’équipe nationale de cricket, sport roi dans le pays, à sa seule victoire en Coupe du monde en 1992. Connu en Occident comme un ancien sportif d’exception aux nombreuses conquêtes, il présente aujourd’hui un visage beaucoup plus conservateur au Pakistan, où il s’affiche souvent un chapelet à la main. Parmi les principaux défis qui attendent le gouvernement Khan figurent la situation sécuritaire du pays et une population en plein boom alors que les ressources et les infrastructures du pays sont limitées. Illustrant ces difficultés, une énorme coupure de courant a frappé dans la nuit de vendredi à samedi de vastes pans du sud du pays, affectant pendant plusieurs heures des millions de personnes. Elle a été mise sur le compte de la pluie. M. Khan fera aussi face à une situation économique dégradée, qui pourrait le contraindre à requérir très rapidement un prêt du Fonds monétaire international (FMI). Enfin, et bien que M. Khan semble actuellement entretenir de bonnes relations avec les généraux, il pourrait comme nombre de ses prédécesseurs se retrouver à terme en conflit avec eux sur les questions de défense et de politique étrangère, qu’ils sont réputés contrôler.