Même si l’usage des cartes de paiement électronique éprouve des difficultés à s’installer dans les mœurs commerciales des Algériens, les responsables chargés de le généraliser ne désespèrent pas d’atteindre les objectifs tracés en la matière. Pour l’intervenant incontournable dans cette démarche, en l’occurrence le Groupement d’intérêt économique monétique (GIE Monétique), ces objectifs portent sur la dotation, d’ici 2024, de 50% de la population adulte de cartes bancaires, entre CIB et Dahabia. Pour ce faire, le GIE devra ajouter 6 millions de cartes aux 10 millions actuellement en circulation, explique son administrateur.

Par Feriel Nourine
En plus d’être loin du compte en matière de nombre, comparé à ce qui se réalise ailleurs, ces 10 millions de cartes ne sont, par ailleurs, pas exploitées à leur juste valeur ni à leur total rendement dans les transactions commerciales, faut-il le rappeler une énième fois.
En effet, si la CIB ou la carte Dahabia sont régulièrement utilisées au niveau des distributeurs de billets de banque pour le retrait d’argent, leur présence demeure exagérément timide au niveau de la sphère commerciale où le Terminal de paiement électronique (TPE) ne trouve place que chez une minorité de commerçants. Or, il est bien entendu que la généralisation du paiement par carte bancaire ne pourrait se réaliser si elle peut compter sur un parc de TPE assez fourni pour mener convenablement ce type d’opération. Et ce n’est sans doute pas M. Messaoudène qui contredira cette vérité. Bien au contraire, l’administrateur du GIE Monétique ne manquera pas de souligner que la stratégie nationale dans ce domaine «repose également sur la poursuite de la généralisation des terminaux de paiement électronique (TPE). Il précisera que plus de «39 000 TPE sont aujourd’hui opérationnels à travers le territoire national».
Un chiffre dérisoire pour un pays dont les autorités veulent rendre la généralisation des TPE une réalité depuis l’introduction d’un article dans ce sens dans la loi de finances, sans pour autant y arriver, et optant pour des reports d’année en année, dont le dernier est intervenu par voie de LF 2022 qui accorde aux commerçants un nouveau délai jusqu’au 31 décembre de l’année prochaine.
«Avec un peu plus d’un million et demi de commerçants susceptibles d’accepter les paiements par carte, de fait, l’obligation de les équiper en TPE implique une opération gigantesque, tant sur l’aspect coût que sur l’aspect logistique. Car il s’agit de développer plusieurs millions de TPE, étant donné qu’un seul commerçant peut avoir plusieurs points de vente dotés de plusieurs caisses, tels que les supermarchés, les opérateurs téléphoniques…)», est-il expliqué dans l’exposé des motifs ayant poussé à ce nouveau report d’une opération qui pâtit de l’absence de l’outil principal pour lui donner un sens, à savoir le TPE, dont la généralisation, à travers l’ensemble du réseau national de commerçants, avance au ralenti. Pis, elle n’avance carrément pas au vu du nombre exagérément timide de commerces qui se sont équipés de ce type de matériel.
Certes, le GIE Monétique ne désespère pas pour autant et tente de mettre régulièrement en avant les quelques progrès réalisés dans la cadre de l’installation de cet type d’équipement. Mais ces progrès n’ont, cependant, aucune valeur ajoutée en matière de satisfaction, sachant que le nombre global de commerçants enregistré au niveau du Centre national du registre de commerce (CNRC) a atteint, fin février dernier, 2 145 067. Du coup, le total des terminaux installés à travers le territoire national devient plutôt insignifiant, donnant à constater que la réalité chez les commerçants est loin de suivre les objectifs tracés par le gouvernement qui l’avait déjà inclus dans la loi de finances 2018.
Concernant le e-paiement, qui a tiré profit de la situation sanitaire pour inscrire des points ces deux dernières années, «après avoir commencé timidement en Algérie, en novembre 2016, avec 10 web marchands, notamment les grandes sociétés (Air Algérie, Sonelgaz, Seaal), ce type de paiement s’est développé rapidement ces dernières années», fait remarquer l’un des responsables de la Société d’automatisation des transactions interbancaires et de monétique (Satim).
L’arrivée du cadre réglementaire (loi sur le e-commerce) en 2018, puis le portail digital du e-paiement début 2021, permettant aux opérateurs et aux commerçants d’intégrer ce mode de paiement, a fait passer le nombre des web marchands de 30, en 2018, à 120 actuellement, tandis que 200 web marchands sont en cours de certification, a-t-il précisé. Avant de souligner que l’objectif est d’atteindre au moins 500 web marchands d’ici la fin de l’année en cours et plus de 1 000 web marchands à partir de 2022.
Il ajoutera que la mise en place prochaine de l’interopérabilité entre les cartes CIB et Dahabia sera d’un grand apport sur le développement du paiement électronique, web et mobile en Algérie. n