Le procès des deux ex-Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, hier, restera indubitablement longtemps dans les annales tant par le contenu de ses auditions que pour l’intérêt qu’il a suscité parmi la population.

En rapport avec le dossier du montage de véhicules mettant en cause tant Ouyahia que Sellal, accusés d’avoir accordé d’indus privilèges à des hommes d’affaires à l’instar entre autres de Baïri, Tahkout et Oulmi, le procès a également concerné d’autres hauts responsables. C’est notamment le cas de Abdelghani Zaâlane, ancien ministre des Transports, Youcef Yousfi et Mahdjoub Bedda ex-ministres de l’Industrie, ainsi que l’ex-wali de Tipasa, Mounia Zerhouni. 8H tapante, un impressionnant dispositif de sécurité a littéralement quadrillé les alentours du tribunal de Sidi-M’hamed en vue de la sécurisation du périmètre. Ce n’est qu’une heure après, que le fourgon transportant Ouyahia et Sellal est arrivé au tribunal de Sidi-M’hamed. Vers 9h45, ce sont les autres prévenus qui sont arrivés au tribunal. Et ce n’est que 5 minutes après que les journalistes ainsi que les familles des accusés sont entrés dans la salle d’audience.
Bousculades et bagarres pour occuper les places de devant, seules à même de permettre un suivi minutieux et attentif des auditions. Si une sérénité relative régnait à l’intérieur de la salle d’audience avant l’ouverture du procès, à l’extérieur, c’était la grande effervescence. Une foule nombreuse aux abords du tribunal rendait difficile la circulation automobile et piétonnière dans les différentes ruelles avoisinantes. Des slogans chers au Hirak étaient scandés, notamment un en particulier : « klitou labled ya sarakine (voleurs, vous avez bouffé le pays). La défense, qui s’est réunie vers 10h pour prendre une décision par rapport à sa participation au procès, est revenu 20 minutes après pour annoncer son verdict : « On a décidé de boycotter le procès. » Mais, le juge est resté stoïque et a maintenu l’audience.
Ouyahia : «Je demande l’application de l’article 177 de la Constitution »
Ahmed Ouyahia a été le premier à être entendu par le juge d’instruction. 10h40. Les premiers mots de l’ex-Premier ministre ont été de réclamer l’application de l’article 177 de la Constitution. Celui-ci stipule qu’« il est institué une Haute Cour de l’Etat pour connaître des actes pouvant être qualifiés de haute trahison du président de la République, des crimes et délits du Premier ministre, commis dans l’exercice de leurs fonctions ». Mais face au refus du magistrat, Ouayahia a accepté de répondre aux questions. « Mon épouse n’a jamais eu d’entreprise en son nom », a d’entrée lancé Ouyahia, avant d’évoquer son fils qui possédait une PME issue de l’Ansej. « C’est une toute petite entreprise issue de cette formule», a-t-il précisé.
Aussi et à propos de la provenance de l’argent et de ses comptes sur lequel le juge a insisté, Ouyahia a indiqué que « mon compte au CPA a un avoir de 15 000 DA ». Et au juge de noter qu’il y avait un mouvement de 30 milliards de centimes en trois ans. «Cela n’avait rien à voir avec mon activité de commis de l’Etat, c’est pour cela que je ne les ai pas déclarés », a plaidé Ouyahia. Questionné en outre à propos des indus avantages donnés à certains concessionnaires dans le cadre de l’industrie de montage automobile, Ouyahia a expliqué que ladécision a été prise par le Conseil national de l’investissement qui compte 11 ministres. Sur cette question précisément Ouyahia a expliqué que « ce n’est pas une décision individuelle». Le juge rétorquera que «les privilèges que vous avez accordé aux investisseurs ont coûté 11 milliards de dinars au Trésor public. Achaïbou a déposé un dossier, mais vous avez accordé la décision technique du montage de véhicules Hyundai à une autre personne ». La réponse d’Ouyahia a été que « la marque Arbaoui a été accordée pour un autre opérateur en 2016, et je n’étais pas encore été au gouvernement ». Le Procureur de la République questionne «selon quels critères vous aviez choisi les opérateurs ? Et qui étaient-ils ? » Ouyahia répond : « Les opérateurs étaient Renault, qui était là après l’accord avec Peugeot, et Tahkout Sovac qui était là avant 2016, et nous avons aussi accordé un agrément à Kia. Et tous ces opérateurs ont commencé avant que je ne sois là. »

Sellal : « Je n’avais aucune autorité sur Bouchouareb »
Abdelmalek Sellal a été entendu, tout de suite après Ouyahia. Soit à 12H50. Il est accusé d’avoir octroyé des privilèges illégaux, financé une campagne électorale et accordé un cahier des charges non conforme à la loi. La défense de Sellal a été de reporter la responsabilité sur son ex-ministre de l’Industrie, en l’occurrence Abdessalem Bouchouareb. «C’est lui qui a élaboré le cahier des charges. Nous avions constaté qu’il n’était pas conforme, on lui a demandé de le refaire, ce qu’il n’a jamais fait », a-t-il indiqué. Et à Sellal de surprendre par une révélation des plus innatendues : « Je n’avais aucune autorité sur Abdessalem Bouchouareb.
Je n’avais absolument aucune autorité sur lui », à l’étonnement général. Le juge n’a pas manqué de le questionner en outre à propos des avantages accordés au groupe Mazouz. De même qu’il l’a interrogé par rapport à son fils associé dans cette entreprise à hauteur de 23%. La plaidoirie de Sellal a été de dire que « je n’ai traité aucun dossier du groupe Mazouz quand j’étais à la tête du gouvernement ». Et à propos de son fils, il a expliqué qu’il « était entré en association pour ses compétences dans la gestion ». « Il a fait ses études à l’étranger, il était très compétent dans son domaine, ce qui lui a permis de rentrer en tant qu’associé», a-t-il fait remarquer. Quid du financement illicite de la campagne électorale de Bouteflika ? « J’ai participé à la campagne, puis on m’a écarté », a-t-il lancé, avant de préciser « je suis parti avant le lancement officiel de la campagne ». Toute la responsabilité revient au candidat, nous n’avons été que des bénévoles», a-it-enchaîné. Avant de préciser dans le même temps « j’ai signé les papiers d’ouverture des comptes et je ne savais pas sur quoi j’ai signé. Ensuite, j’ai fermé les comptes après avoir été écarté de la campagne ».

Cinq entreprises ont financé la campagne de Bouteflika
Par ailleurs, d’autres hauts responsables sont passés après Sellal, à l’instar de Bedda, Yousfi, l’ancien P-DG de la BNA, et de Mme Zerhouni, l’ex-wali de Boumerdès. C’est ainsi que l’ancien P-DG de la BNA auquel le juge a reproché d’avoir octroyé des prêts astronomiques, il a rétorqué que ces prêts ont été accordés contre des garanties. S’agissant de la wali de Boumerdès, auquel le juge a reproché d’avoir donné une assiette de terrain au concessionnaire et homme d’affaires Bairi, Mme Nouria Zerhouni a expliqué que ce n’est pas elle qui lui a accordé l’assiette de terrain mais c’est bien l’ex-wali. Bedda, quant à lui, a expliqué au juge qu’il n’a été ministre de l’Industrie que durant trois mois, il est donc innocent de toutes les dérives commises dans ce dossier. De son côté, Abdelghani Zaâlane, ancien directeur de campagne d’Abdelaziz Bouteflika pour les élections annulées d’avril 2019, a été interrogé par le juge au sujet des sources de financement de cette campagne. Zaâlane a répondu que la campagne de l’ancien président avait été financée par les entreprises Kia Algérie, Bellat, les groupes Mazouz, Condor SPA Metidji en plus d’une personne dont il n’a pas cité le nom. Il a précisé, néanmoins, cette dernière avait accordé à l’ancien président 10 millions de dinars pour sa campagne électorale. A l’heure où nous mettions sous presse d’autres responsables défilaient devant le juge. A suivre