PAR INES DALI
L’annonce de la réouverture partielle des frontières aériennes et terrestres a apporté un grand soulagement pour les Algériens qui n’ont pas pu être rapatriés pendant cette longue période de pandémie de Covid-19 et ceux installés à l’étranger qui n’ont pas pu rentrer en Algérie ne serait-ce que pour des vacances auprès de leurs familles. Cette décision saluée par tous, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, n’est pas sans soulever des questionnements, voire des appréhensions sur un double plan : le premier ayant trait à l’organisation notamment pour les vols aériens dont les précisions seront annoncées dans une semaine, et le second au volet sanitaire pour ce qui est du respect du protocole aux frontières.
Le Conseil des ministres, après avoir «approuvé les propositions d’une ouverture partielle avec, pour un début, cinq vols quotidiens de et vers les aéroports d’Alger, Constantine et Oran à compter du 1er juin prochain, dans le strict respect des mesures préventives», a annoncé que le «programme organisationnel sera communiqué à ce sujet dans une semaine». C’est donc une ouverture partielle et progressive, et au-delà du fait que les frontières maritimes ne sont pas concernées, il faudra attendre encore une semaine pour avoir des précisions. Et c’est ce qu’appréhendent les ressortissants algériens à l’étranger en raison des questions qu’ils se posent actuellement et auxquelles ils n’ont pas de réponses, notamment pour les vols aériens.
Ces derniers sont programmés à raison de cinq vols quotidiens, et même si c’est un premier pas, cela reste insuffisant et augure de grands encombrements. En effet, cette nette diminution est de nature à inquiéter ceux qui veulent voyager lorsqu’on sait qu’en temps normal on était à vingt vols par jour et que même avec cette fréquence des dessertes, il arrivait souvent que nos ressortissants trouvaient difficilement, et parfois pas du tout, de place de réservation durant la période des trois mois d’été. Ceux qui se sont exprimés sur l’ouverture des frontières, notamment via les réseaux sociaux, disent vouloir des réponses claires et précises le plus tôt possible pour une question d’organisation et de programmation qu’ils veulent entamer dès que possible afin de ne pas rater leur voyage tant attendu.
Les précisions officielles seront communiquées dans une semaine et, dans ce cas, le temps qui restera pour ceux qui veulent organiser leur voyage, du moins pour les premiers jours de juin, serait-il suffisant ? Même si les réservations ont déjà commencé pour certains, la majorité des ressortissants estiment que le temps qui leur reste est très réduit, cela d’autant qu’ils doivent réserver et qu’ils ne savent même pas auprès de quelles autres compagnies, à part Air Algérie, et à partir de quand ? Quels sont les pays concernés et y a-t-il des exclusions de certains comme le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Inde, etc., en raison des variants qui s’y trouvent ? Quelles sont les autres conditions d’entrée en Algérie à part le test PCR de 36 heures ?
Ce sont donc autant de questionnements qui doivent attendre une semaine pour y voir plus clair et dont les réponses ne peuvent provenir que d’une source «officielle» et n’admettent aucune approximation ou omission. Car cela engage les futurs voyageurs sur pas mal de plans, que ce soit en matière de gestion du temps et du budget qu’ils doivent réserver à leur déplacement. D’ailleurs, pas moins de 23 organisations de la communauté algérienne installée à l’étranger l’ont clairement soulevé dans un communiqué diffusé la semaine dernière où ont été expliquées les raisons objectives de leur «demande de précisions officielles» pour pouvoir «programmer leurs congés et leurs vacances».
Veiller à un «contrôle strict» aux frontières
Le deuxième motif d’appréhension de la réouverture des frontières est, selon des observateurs, lié à «la peur épidémique», du fait qu’il y aura une autre pression, sur le plan sanitaire celle-là, notamment en ce qui concerne le respect du protocole aux frontières. Des frontières par lesquelles sont entrés les variants qui sont en train de se propager en Algérie, en plus de la souche initiale de Covid-19.
A ce propos, le président du Conseil national de l’Ordre des médecins, le Dr Mohamed Bekkat Berkani, a estimé qu’il était temps qu’on passe à cette étape d’ouverture des frontières. «Nous ne sommes pas plus faibles que les autres pays qui ont ouvert leurs frontières et qui ont une circulation normale des voyageurs. C’est une bonne décision que d’avoir ouvert les frontières progressivement», a-t-il affirmé dans une déclaration à Reporters. Cependant, les conditions d’entrée en Algérie et le protocole sanitaire mis en place par le Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus doivent impérativement être suivis avec rigueur. «Il faut maintenant veiller à ce que le contrôle soit strict et rigoureux aux frontières, et je pense que ce que propose l’Algérie, à savoir les deux tests, antigéniques et PCR, sont suffisants. Nous n’avons rien inventé, c’est ce qui est fait dans tous les autres pays», a ajouté notre interlocuteur.
C’est le même avis qui est émis par le Dr Lyès Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), selon lequel l’ouverture des frontières est «une bonne décision». «J’ai déjà dit qu’on ne pouvait pas rester indéfiniment avec toutes les frontières. La fermeture prolongée n’obéit à aucune logique. C’est vrai qu’on ferme au début d’une pandémie, mais après il faut ouvrir en prenant les mesures adéquates et, d’ailleurs, beaucoup de pays ont ouvert leurs frontières depuis des mois. On est resté fermé pendant quatorze mois et je pense que cela suffit, c’est le moment de laisser les gens voyager, surtout lorsqu’on sait qu’il y avait quelques privilégiés qui allaient et venaient…». Le plus important maintenant, c’est qu’il y ait un contrôle strict aux frontières et j’estime que les équipes qui y travaillent, que ce soit celle de la PAF ou autres, sont en mesure de veiller à cela», a ajouté Dr Merabet, estimant lui aussi que «le test sérologique antigénique, en plus du test PCR de 36 heures sont suffisants pour le contrôle des voyageurs».
Par ailleurs, le Dr Bekkat Berkani a précisé que la priorité au début des voyages sera accordée aux personnes malades et celles qui sont restées bloquées à l’étranger pendant des mois, soulignant que tous les voyageurs subiront un examen rapide de 15 minutes à leur entrée en Algérie. <