Au procès des frères Benhamadi, propriétaires du groupe Condor, ouvert hier au Tribunal Sidi M’hamed (Alger), les deux anciens Premiers ministres Abdelmalek Sellal et Ahmed Ouyahia, impliqués dans cette affaire, ont renvoyé la balle à l’ancien wali d’Alger et à l’Agence nationale du développement industriel (ANDI), qui seraient plus responsables dans les faits qui leurs sont reprochés dans ce dossier.

Interrogé par le juge, Abdelmalek Sellal a nié en bloc tous les faits retenus contre lui, affirmant qu’il n’avait «aucun lien, ni de près ni de loin», avec l’affaire de la Spa GP Pharma spécialisée dans l’industrie pharmaceutique, objet du procès dans ses volets relatifs à la réalisation d’une usine dans la zone industrielle de Sidi Abdallah (Ouest d’Alger) et à l’importation de médicaments. Sellal a construit son discours sur l’idée selon laquelle cette société «a conclu un contrat de concession et obtenu un espace pour la réalisation d’une unité d’industrie pharmaceutique dans la nouvelle ville de Sidi Abdallah, alors qu’il n’était pas encore à la tête du gouvernement». Il a ajouté qu’un «Premier ministre, même s’il préside le Conseil national d’investissement (CNI), n’a pas les prérogatives d’octroi, de contrôle ou de suivi d’un projet d’investissement», expliquant que cela «relève des prérogatives et de la responsabilité de l’Agence nationale du développement industriel (ANDI) et de la partie ayant octroyé le contrat de concession». Raison pour lui de soutenir que cette affaire «concerne l’ancien wali d’Alger et la société concernée».
Même argumentation développée par Ahmed Ouyahia, qui répondait aux questions du juge par visioconférence depuis la prison d’El-Abadla (Béchar), lequel a estimé que «ces questions concernent directement les collectivités locales, à leur tête la wilaya, et non pas la Chefferie du gouvernement».
Comme Sellal, Ouyahia a rejeté les faits qui lui ont été reprochés dans cette affaire, réitérant qu’un Premier ministre «n’est pas responsable des retards enregistrés dans la réalisation de projets d’investissement». Pour lui, «le non-respect d’un cahier des charges relève des responsabilités de l’autorité ayant signé l’octroi de la concession foncière et non du chef du gouvernement».
Parmi les accusés figurent également Abderrahmane Benhamadi, gérant et actionnaire du groupe Condor, ses frères, Smaïl, Abdelkrim, Amar et Moussa, ancien ministre des Télécommunications, récemment décédé par contamination à la Covid-19. Les anciens ministres des Travaux publics, Abdelghani Zaalane, et de l’Industrie, Abdessalem Bouchouareb (en fuite à l’étranger), sont aussi impliqués dans l’affaire. Les principaux accusés sont jugés, entre autres, pour «indus avantages» dont aurait bénéficié le groupe Condor à travers des marchés publics que ses filiales auraient obtenus. Le même dossier concerne une quarantaine de personnes et six sociétés appartenant à la famille Benhamadi, présentées lors du procès comme personnes morales poursuivies pour «blanchiment d’argent», «dilapidation et utilisation de fonds de banque» et «financement occulte de partis politiques et de la campagne électorale de Abdelaziz Bouteflika pour un 5e mandat présidentiel».
Le procès, faut-il le rappeler, devait se dérouler le 9 novembre, mais il a été reporté à la demande de la défense du Trésor public pour examen du dossier et du juge d’audience en raison de l’absence de plusieurs témoins principaux, notamment l’ancien wali d’Alger, Abdelkader Zoukh, l’ancienne ministre de la Poste et des Technologies de l’information et de la communication, Houda Faraoun, et l’ancien ministre de la Jeunesse et des Sports, Mohamed Hattab. <