Selon une hypothèse citée par Total, la consommation mondiale de pétrole chutera de 100 millions de barils/jour, actuellement, à 25 millions de barils/jour en 2025. Cette évolution constituerait un danger pour les pays producteurs de pétrole.

Par Khaled Remouche
L’empreinte zéro carbone à l’horizon 2050, c’est-à-dire zéro émissions à effet de serre, objectif à atteindre fixé par de nombreux pays occidentaux et de grandes compagnies pétrolières internationales et qui suppose une diminution progressive de l’utilisation des énergies fossiles, pétrole et gaz, sur les marchés internationaux, a marqué les interventions de responsables et d’experts au cours de la séance d’ouverture de «North Africa Petroleum Exhibition and Conférence», Napec 2021, la plus grande rencontre dédiée aux hydrocarbures en Afrique du Nord.
Un danger en somme sur la rente pétrolière algérienne, mais, également, une opportunité pour le pays de diversifier son mode de production énergétique dominé par les énergies fossiles via, en particulier, le développement des énergies renouvelables. Le Secrétaire général du ministère de l’Energie, Abdelkrim Aouissi, qui a ouvert la conférence, a évoqué la Cop 26. Les regards sont tournés aujourd’hui vers Glasgow où se tient la Cop 26 pour discuter de nouvelles initiatives mondiales en matière de réduction des gaz à effet de serre, atténuer le réchauffement climatique et atteindre zéro carbone en 2050. Il a souligné que les stratégies qui visent à moins investir dans les énergies fossiles impacteront à moyen et long termes l’industrie pétrolière mondiale. Le Secrétaire général du ministère de l’Energie a présenté, en outre, les grandes lignes de la feuille de route du secteur, notamment atteindre l’objectif de transformer 50% des ressources hydrocarbures produites en Algérie. Il a déploré le rythme avec lequel s’applique le programme des énergies renouvelables dans le pays.
D’autres responsables ont abordé cette problématique. En effet, tour à tour, les PDG de Sonatrach et de Sonelgaz ont évoqué la question. Le PDG de Sonatrach, Toufik Hakkar, a indiqué dans son intervention que dans la feuille de route de la compagnie pétrolière, il est visé la production en ce sens de plus de 1 000 MW d’énergie solaire à travers la réalisation de centrales photovoltaïques. Sonatrach compte devenir un acteur important, à l’instar de Sonelgaz, dans le marché des énergies renouvelables en Algérie. Des discussions sont en cours, a-t-il indiqué, avec plusieurs compagnies internationales en ce sens. Sonatrach discute également avec plusieurs compagnies pour produire à moyen terme l’hydrogène vert. Tout cela permettra de réduire les gaz à effet de serre et de contribuer à respecter les engagements de l’Algérie dans le cadre de l’accord Cop 19. Le PDG de Sonelgaz a noté, lui aussi, que la conférence se déroule au moment où se tient la COP 26 qui doit prendre de nouvelles initiatives en matière de changement climatique. Il a indiqué qu’en tant que président de l’Association des électriciens méditerranéens, il a émis des propositions à ce forum mondial qui reprennent les préoccupations de ce groupe d’électriciens. Par ailleurs, le président d’Alnaft a rapporté, dans son intervention au cours de la séance de la matinée, qu’en mai 2021, avant la Cop 2026, l’AIE, dans sa quête de décarboner le secteur de l’énergie, proposait une approche radicale, celle d’éviter le pétrole et le gaz. «Les politiques appelant à éviter les énergies fossiles ont généré des baisses de réserves de pétrole et de gaz. Des investisseurs ont tourné le dos aux combustibles fossiles et ont surinvesti dans les énergies renouvelables.
Le bon sens commande aujourd’hui d’adopter une trajectoire mitigée», a-t-il ajouté. L’économie est encore trop dépendante des énergies fossiles et n’est pas au point de satisfaire efficacement les besoins des industries à forte consommation énergétique. «Ce qui veut que pour l’Algérie, elle devra continuer à développer son secteur pétrolier tout en accélérant le développement des énergies renouvelables. Le panel sur les tendances futures du marché mondial de l’énergie apporte des éclaircissements en ce sens. Le responsable de Total Algérie, Samir Oumer, a dans son intervention, hier, présenté à cet égard les grandes lignes de la stratégie du groupe français à travers sa vision 2050 qui s’appuie sur des études sur la consommation mondiale de l’énergie à long terme. L’hypothèse retenue par Total est que la consommation mondiale de pétrole chutera de 100 millions de barils aujourd’hui à 25 millions de barils à l’horizon 2025. Il soulignera en revanche que le gaz a un bel avenir. Il assurera la transition vers un mix énergétique pauvre en carbone.

L’Algérie a des atouts en matière de transition énergétique
Fort des conclusions de ces études, Total met le cap sur le développement des énergies renouvelables, les programmes d’efficacité énergétique dans les gisements exploités en partenariat et les projets de séquestration de carbone, en vue de réduire les émissions des gaz à effet de serre dans sa production de pétrole et de gaz. L’Algérie a des atouts en matière de transition énergétique à faire valoir à l’avenir, a-t-il relevé. Elle a des ressources importantes en gaz, un taux d’ensoleillement parmi les plus importants au monde, beaucoup de surfaces pour réaliser les centrales photovoltaïques. Farouk Benabdoun, le président de Siemens Algérie, a observé, lui, qu’il existe une volonté au plus haut niveau de développer les énergies renouvelables en Algérie mais que l’acte manque. Pour preuve, l’appel d’offres en matière de réalisation de centrales photovoltaïques au total de 1 000 MW n’a pas été encore lancé. Ahmed Mechraoui, consultant pétrolier, a souligné, d’autre part, que chaque pays a sa propre voie en matière de transition énergétique. Il a cité la Norvège qui, à 98 %, satisfait ses besoins à partir de l’hydroélectricité, et la Chine qui s’est lancée dans le nucléaire pour satisfaire l’essentiel de ses besoins en énergie.
Il a rappelé que le programme national de développement des énergies renouvelables à l’horizon 2030 n’économisera que 300 à 400 milliards de mètres cubes de gaz, ce qui est modeste par rapport aux besoins du pays en énergie. L’Algérie sera donc appelée à développer ses ressources et sa production hydrocarbures tout en effectuant des efforts significatifs en matière de développement des énergies renouvelables.

ils ont dit

Propos recueillis par K. Remouche

Mahmoud Djidjelli, Directeur à Alnaft, à propos des opportunités d’investissement en Algérie
« De très importantes richesses hydrocarbures découvertes et non développées »

« Nous sommes le premier producteur de gaz en Afrique avec un volume de production de 120 milliards de mètres cubes/an et le troisième producteur de pétrole sur le continent, avec une production de 1 million de barils/jour. Le potentiel en gaz de schiste est parmi les plus importants au monde, 91 TCG en gaz. Le développement des découvertes réalisées et non exploitées, une centaine au cours des cinq dernières années, permettra d’augmenter les réserves hydrocarbures, 8,7 milliards de barils en huile et 128 TEF en gaz. L’amélioration du taux de récupération uniquement pour les gisements du bassin de Berkine permettra de récupérer plus de 1 milliard de barils de pétrole. L’amélioration du taux de récupération de Hassi Messaoud permettra de récupérer plusieurs milliards de barils de pétrole. »

Chaher Boulakhras, PDG de Sonelgaz
« Vers une interconnexion électrique avec la Libye »
« Nous avons en projet l’inter connexion électrique avec la Libye. Nous comptons exporter des turbines à gaz vers les pays arabes d’une capacité au total de 500 MW. Nous avons formé plus de 1 000 stagiaires africains et nous comptons exporter notre expertise, notre savoir-faire en matière de formation en Afrique. Nous allons avec Sonatrach annoncer notre implication plus forte dans le développement des énergies renouvelables en Algérie.»

Samir Oumer, président de Total Algérie
« Total intéressé par l’appel d’offres de 1 000 MW »

« Nous sommes intéressés, à l’instar d’autres compagnies internationales, par l’appel d’offres de 1 000 MW en centrales photovoltaïques qui sera lancé par le ministère de la Transition énergétique, sans doute, fin 2021, voire en 2022. Nous comptons soumissionner et nous espérons remporter quelques contrats.