Le Pôle pénal, économique et financier du Tribunal de Sidi M’hamed a lancé, hier, le procès de l’ancien ministre de l’Industrie, Youcef Yousfi.

Par Nadir Kadi
Ce dernier poursuivi pour «corruption» et plus précisément «abus de fonction» et de «dilapidation de deniers publics» au cours de son mandat à la tête du secteur entre août 2017 et avril 2019, a comparu dans le box des accusés aux côtés des frères Kherbouche, propriétaires de plusieurs entreprises spécialisées dans l’agro-industrie. Des hommes d’affaires et investisseurs qui avaient, également, proposé un projet d’unité de montage de tracteurs agricoles, dont le financement a soulevé les doutes de la Justice. En ce sens, appelés à la barre l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia, mais également plusieurs anciens cadres et responsables des ministères de l’Industrie et de l’Agriculture.
Dossier relativement complexe, les questions de la justice se sont concentrées, hier après-midi, sur des demandes d’explications des conditions dans lesquelles les autorisations d’investissements et accords, les feux verts pour des «prêts bancaires» de la BNA, ont pu être accordés aux projets des frères Kherbouche. Et dans cette logique, les auditions d’anciens cadres et responsables de la commission centrale des prêts se sont rapidement transformées en une «bataille» sur l’interprétation des réglementations et textes de loi entre l’accusation et les avocats de la défense. Les témoins qui comparaissent libres ont tous déclaré qu’ils n’avaient «pas relevé d’irrégularités» dans les dossiers d’investissement ou que leurs «attributions étaient limitées». Et pourtant, le procureur de la République a relevé, hier, plusieurs incohérences dans les montants obtenus et les sommes engagées sur le terrain, ou encore à propos des noms de certaines entreprises qui ne concordent pas «avec les permis de construire»… Des accusations et des soupçons de malversations auxquels les ex-cadres de l’Etat ont argumenté leur défense en indiquant que « les entrepreneurs engagent parfois des fonds propres pour lancer le travail sans attendre l’arrivée des prêts (…) Ce qui crée des décalages entre les sommes» ; ou encore, «finalement, la BNA n’a subi aucun préjudice ». Des différences de versions que les juges devront démêler dans les prochains jours.
Par ailleurs, le procès de l’ex-ministre avait débuté dans la matinée par l’interrogatoire de Youcef Yousfi, lui-même. Ce dernier déjà condamné dans plusieurs affaires en lien avec les hommes d’affaires Ali Haddad et Mahieddine Tahkout, fait savoir que l’ensemble des accusations contre lui étaient infondées : «Je n’ai absolument rien à voir avec cette affaire (des frères Kherbouche) je ne les connais pas.» Quant à sa «connaissance» des dossiers d’investissements des anciens hommes d’affaires, inscrits entre 2015 et 2018, Youcef Yousfi précise : «Je n’ai eu les détails du dossier que le 22 novembre 2019.» Pour rappel, Youcef Yousfi avait été placé sous contrôle judiciaire dès le 14 juillet 2019 par le juge enquêteur près la Cour suprême, puis, placé en détention provisoire à la prison d’El-Harrach. Les principales condamnations auxquelles il est déjà soumis sont deux ans d’emprisonnement dans le cadre de l’affaire Tahkout et cinq ans dans le dossier de la politique des usines de montage automobile.