Après deux années d’attente, l’Exécutif a décidé de mettre en application la disposition autorisant les entreprises de l’Etat à s’ouvrir au privé. Cette mesure a été décidée, rappelons-le, en 2015, contenue dans la loi de finances de l’année d’après (2016), mais qui n’a jamais été sortie du frigo réglementaire.

En effet, la loi de finances 2016, dans son article 62, stipule que «les entreprises publiques économiques, qui réalisent des opérations de partenariat à travers l’ouverture du capital social en direction de l’actionnariat national résident, conformément à la législation en vigueur, doivent conserver, au moins 34% du total des actions ou des parts sociales ». Cet article de loi est resté deux années durant au stade d’une simple mesure réglementaire sans que les textes d’application et/ou une volonté politique ne viennent permettre sa concrétisation. Si les précédents gouvernements tentaient de conserver une attitude passive face aux déficits, dont la nature corrosive a fini par avoir raison d’une partie des réserves de change, l’actuel Exécutif tente d’inverser la tendance au profit d’une lutte sans merci contre les déficits. Assurément, la décision d’ouvrir le capital des entreprises publiques à l’actionnariat privé répond à une stratégie de céder certains actifs devenus pour le moins encombrants et coûteux. D’ailleurs, le Premier ministre ne s’est point gêné pour l’annoncer : « Il était plus judicieux que l’Etat gère la question du logement et du soutien aux petites bourses plutôt que de gérer des briqueteries et des minoteries. » Cette décision est motivée aussi par les difficultés financières que connaît le pays et qui font que l’Etat devient incapable de garder sous perfusion une multitude de petites et moyennes entreprises et EPE. Certains présentent cette ouverture au privé comme un cadeau de noël aux patrons, mais certains économistes diront qu’il était plutôt temps que l’Etat rende à César ce qui appartient à César. Dans une économie qui fonctionne normalement, l’Etat, tout en gardant la main sur des entreprises et des secteurs stratégiques, doit muscler ses dispositifs de régulation et de soutien à l’investissement. D’ailleurs, l’idée d’ouvrir le capital des entreprises publiques à l’actionnariat privé fait partie d’un packaging de réformes structurelles suggérées par les institutions de Brettons Woods. «Les administrateurs sont généralement d’avis que recourir à un éventail plus large de possibilités de financement, y compris un recours prudent à l’endettement extérieur et la cession d’actifs publics, et donner plus de flexibilité du taux de change, pourraient fournir une marge de manœuvre budgétaire pour opérer un ajustement plus progressif et plus propice à la croissance que celui prévu actuellement et diminuer ainsi son impact sur l’activité économique », lit-on dans le dernier rapport du FMI sur l’Algérie.

Pour une évaluation et un contrôle périodiques
Cependant, pour éviter que cette mesure ne connaisse le même sort que la précédente opération de privatisations, nombre d’économistes suggèrent qu’il y ait de la transparence, de l’équité, du contrôle et du suivi sur l’ensemble des maillons de la chaîne. Un couac de procédure et un déficit de transparence ont gâché la précédente opération de privatisations. Les pouvoirs publics le reconnaissent d’ailleurs dans le dernier rapport publié par le Fonds monétaire international (FMI) : « Les autorités algériennes ont indiqué qu’elles ne prévoyaient pas d’assouplir la règle des 51 %/49 % à ce stade, et que les précédentes tentatives de cession d’actifs publics n’avaient pas donné de bons résultats. Elles n’étaient pas convaincues que leur plan de rééquilibrage budgétaire pourrait nuire gravement à la croissance et ont souligné le rôle des grands projets industriels actuellement en cours de préparation qui accompagneraient l’activité du secteur hors hydrocarbures », lit-on dans le rapport en question publié au mois de juin dernier.
Ainsi, s’il est vrai que la décision d’ouvrir le capital des entreprises publiques à l’actionnariat privé pourrait être une solution structurelle à un patrimoine en quête d’efficacité, de rentabilité et de bonne gouvernance, les économistes recommandent néanmoins que cette privatisation soit évaluée périodiquement et que les projets de partenariat fassent l’objet d’un contrôle minutieux pour lutter contre la corruption et la surfacturation. Sous d’autres cieux, des gouvernements impliquent la Banque mondiale dans le suivi et l’évaluation des Partenariats public-privé pour éviter qu’il y ait de mauvaises surprises.