Pour le premier responsable du secteur de l’Industrie, les privatisations dans les années 2000 ont été menées sans objectifs de résultat. Elles ont abouti pour certaines à une régression de la production des entreprises privatisées, à une forte dépendance en matière d’intrants importés et à des transgressions du code des marchés publics.

Le ministre de l’Industrie Ferhat Aït Ali a justifié dans ses réponses aux interrogations des journalistes, lors de la conférence de presse donnée samedi dernier au siège du quotidien arabophone Echaab, le choix du gouvernement de ne pas recourir aux privatisations majoritaires, mais d’opter pour l’ouverture du capital des entreprises publiques par le canal de la Bourse d’Alger. «Les privatisations ne sont pas prévues dans le programme du gouvernement ni dans la stratégie du ministère de l’Industrie», a-t-il indiqué. Il est prévu par contre l’ouverture du capital des entreprises publiques par le biais de la Bourse. «La Bourse est la meilleure solution pour refinancer l’outil de production industrielle, ce qui atténuera les pressions sur le Trésor public», a-t-il ajouté. Il a précisé que les entreprises publiques ne sont pas toutes en difficulté. Une partie des entreprises publiques en difficulté est susceptible d’être relancée via l’ouverture de leur capital grâce à la Bourse. Cette ouverture du capital s’effectuera selon des critères différents de ceux du passé. Cette opération sera en fait une recapitalisation de ces entreprises publiques dans le besoin d’augmenter leur capital. La source de financement de ces opérations est l’épargne privée mobilisée grâce à la Bourse. La finalité est de relancer, a-t-il rappelé, ces entreprises en difficultés et de les préserver. Le premier responsable du secteur a également indiqué que ses services sont sur le point d’élaborer une étude sur tout le secteur public industriel afin de déterminer les entreprises publiques qui feront l’objet d’ouverture du capital ainsi que les critères d’acquisition des actions de ces entreprises.
La Bourse est
le meilleur moyen
Il s’agit d’éviter les erreurs du passé. Le ministre de l’Industrie a révélé que lorsqu’il a pris ses fonctions à la tête du département, il a constaté que les privatisations au profit d’entreprises étrangères ou les opérateurs privés locaux dans les années 2000 étaient opérées sans objectifs de résultat puisque, a-t-il argué, ces entreprises privatisées ne sont pas arrivées à maintenir le niveau de production. «Les entreprises qui avaient un niveau d’intégration de 30% ont aujourd’hui un taux d’intégration quasi nul et 75% de leurs intrants sont importés. A cela s’ajoute le fait que des complexes de production ont été cédés aux entreprises étrangères avec des stocks importants, un capital humain et des équipements de production et elles ont été rendues à l’Algérie avec des hangars de stockage vides et des équipements à l’arrêt. Il est allé jusqu’à révéler que certaines entreprises privatisées dans le cadre de partenariat avec des entreprises étrangères ont été opérées dans le but de frauder, en transgressant le code des marchés publics, de permettre au partenaire étranger d’importer des équipements et marchandises qui devaient être produites sur place, ce qui a transformé un pan du secteur public industriel en comptoirs commerciaux destinés à la vente d’équipements 100 % importés.
Les révélations du ministre de l’Industrie sur les privatisations opérées dans les années 2000, qui ont été menées dans l’opacité, montrent que pour certaines d’entre elles, elles ont été effectuées au détriment du Trésor et des intérêts de l’Algérie. Ce qui est étonnant c’est qu’aucun bilan n’a été effectué jusqu’ici sur ces transferts de propriété. «La leçon à tirer est que désormais toute opération de privatisation doit s’effectuer en toute transparence. La Bourse est le meilleur moyen puisque ce marché d’actions et d’obligations est garant avec la Commission des opérations de Bourse (Cosob) de la transparence des opérations. C’est par ce souci de transparence que le gouvernement a donc opté pour l’ouverture du capital ou la recapitalisation des entreprises publiques par le biais de la Bourse. Mais ne nous emballons pas». D’autant que le ministre de l’Industrie a reconnu, lors de cette conférence de presse, que les conditions ne sont pas aujourd’hui favorables à ces opérations de recapitalisation avec les difficultés d’épargne en contexte, nous semble-t-il, de la Covid-19 caractérisé par le manque de liquidités et la frilosité de l’épargne des entreprises et des autres épargnants institutionnels. Il faudra réunir les conditions pour que ces opérations réussissent. Ce qui prendra du temps. Elles pourraient se mettre en place durant la période post Covid. Mais en attendant, il s’agit de convaincre en urgence les banques de la viabilité des plans de sauvetage des entreprises en difficultés financières. Ces dernières doivent démontrer qu’elles peuvent s’en sortir moyennant des mesures d’amélioration du management en contrepartie de l’argent frais destiné aux besoins de fonctionnement et surtout d’investissement. Sans quoi l’argent public continuera à être gaspillé dans des opérations d’assainissement sans fin et sans résultats probants en matière d’amélioration de la situation de ces entreprises. Enfin, notons que selon les institutions financières internationales, l’ouverture du capital est une forme de privatisation. <