Revenant sur la privatisation évoquée par le président Abdelmadjid Tebboune, lors de sa dernière rencontre avec la presse nationale, l’expert en économie et président du Conseil national des privatisations de 1996/1999, Abderrahmane Mebtoul, a rappelé que le chef de l’Etat a fait part de sa volonté d’ouvrir le capital des entreprises publiques, y compris les banques, au secteur privé, pour booster l’instauration d’une économie de marché productive à finalité sociale, loin de tout monopole qu’il soit public ou privé et afin d’éviter ainsi les erreurs du passé et du bradage du patrimoine public.

Par Fazil Asmar
«Mais ces orientations seront-elles appliquées dans un contexte économique difficile et dont la transition bute encore contre l’administration, la bureaucratie qui perdurent depuis plus de 60 années ? Pourrons-nous réellement transiter vers une économie de marché à finalité sociale, dans le respect d’un Etat de droit et qui supposent de nouvelles forces sociales réformistes, sachant que ces dernières se heurteront toujours à la résistance des conservateurs rentiers», se demande-t-il.
Signalant que, certains, pour fuir leurs responsabilités, ont accusé le Conseil national de privatisation de «brader le patrimoine national», il a rappelé que ce Conseil a procédé, en 1998, à l’évaluation de certaines petites entreprises publiques, y compris certains hôtels, avec l’assistance de bureaux d’études publiques. «A la fin de cette année-là, un avis d’appel d’offres a été réalisé dans une totale transparence en présence des soumissionnaires et de la presse nationale y compris l’ENTV. Cependant, le Conseil de privatisation n’a pu réaliser aucune de ces petites cessions sous l’effet de la pression et a été même dissous plus tard, quand l’ancien président de la République Abdelaziz Bouteflika a pris les rênes du pays», rapporte-t-il. C’est seulement face aux scandales financiers récents de certains hauts responsables qu’on s’est rendu compte que « cette transparence» a dérangé maints rentiers « sous le couvert, non de l’idéologie, mais de gains personnels ». C’est ce qui explique, remarque-t-il, cette dissolution.
Par ailleurs, selon lui, toutes les dissolutions d’entreprises, notamment locales, avec des centaines de milliers de mètres carrés localisés en zones urbaines et semi urbaines et les cessions d’actifs, au moment où le dollar sur le marché parallèle était d’environ 100 dinars, au profit de certains privés entre 1995/1999, ont été réalisées directement par les services du Premier ministère de l’époque et sans consulter le Conseil de privatisation. «Il sera d’ailleurs utile de réaliser un audit pour évaluer les préjudices financiers de ces dissolutions sur le Trésor public.
En outre, durant la période 2000/2019, plusieurs cessions ont eu lieu et là aussi, un audit doit être réalisé. Dans ce cas-là, il ne faut pas confondre acte de gestion et corruption», soutient-il. Comme on ne doit pas confondre entre processus de privatisation, qui est une cession partielle ou totale d’actifs, avec la démonopolisation qui consiste à favoriser la création d’unités privées nouvelles. « Privatisation et démonopolisation sont des actes éminemment politiques car ils stipulent un déplacement d’importants segments de pouvoir liés à la rente, d’où des résistances naturelles de ceux qui en bénéficient, les gagnants de demain n’étant pas forcément ceux d’aujourd’hui», fait-il savoir.