Si l’annonce d’un déconfinement progressif notamment avec l’ouverture annoncée des plages, parcs de loisirs, mosquées et autres lieux est considéré comme une bouffée d’oxygène, il n’en demeure pas moins que l’appel à observer la plus haute vigilance reste de mise au regard de la situation épidémique actuelle.

L’Algérie continue de compter plus de 500 cas par jour de nouvelles contaminations, et même si c’est une baisse après les records qui se sont enchainés tout le long de juillet dernier, cela ne diminue en rien l’appréhension de revenir en arrière et de revoir les chiffres repartir à la hausse, et peut-être même atteindre de nouveaux pics. C’est ce qui explique le scepticisme exprimé, parfois à demi-mot et parfois ouvertement, aussi bien par les autorités sanitaires que par d’autres médecins, spécialistes et professeurs. Ils mettent tous en garde contre un éventuel relâchement.
«Si les mesures de précaution ne sont pas respectées, rien n’empêche de reconfiner à nouveau», a déjà prévenu le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, le Pr Abderrahmane Benbouzid. Il a également signalé que «le pays vient de subir sa seconde phase de contamination au virus, puisque des 200 cas quotidiens diagnostiqués positifs quelque temps après le début de la pandémie, nous avons frôlé les 700 cas par jour, ce qui a eu pour conséquence une saturation du nombre de lits».
Mais depuis, a-t-il assuré, «nous avons constaté que les chiffres baissent, il y a moins de sujets atteints et moins de décès». En parlant de reconfinement, il y a l’exemple de la wilaya de Tizi Ouzou qui, après avoir bénéficié d’un déconfinement total, a annoncé hier le reconfinement partiel de deux communes après le constat d’un certain nombre de décès et de nouvelles contaminations.
«Le virus est toujours parmi nous»
Le Pr Ketfi Abdelbasset, chef de l’unité Covid à l’hôpital de Rouiba, a, lui aussi, mis en garde contre un éventuel relâchement de la part de la population après l’annonce de l’ouverture progressive des mosquées, plages et autres lieux de loisirs. Tout en considérant que ce sont des mesures «acceptables», il a ajouté que cela ne doit «nullement signifier un relâchement en matière de respect des mesures préventives».
«Ce qui ressort dans la décision du gouvernement, c’est que nous allons vers une ouverture graduelle mais sur laquelle le gouvernement peut aussi revenir dans le cas où il y a constat de situations pouvant représenter un danger» en termes de nouvelles contaminations et de décès, puisque le «virus est toujours parmi nous». «C’est pourquoi, la décision du gouvernement est acceptable», a-t-il dit.
Les protocoles sanitaires étant établis et les mesures préventives étant connus, il reste bien sûr que ceux-ci doivent être respectés, selon le Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins et membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus.
Il insiste que l’ouverture graduelle des plages et mosquées qui révèle que «l’Etat se soucie aussi bien du bien-être physique que psychologique de la population» est aussi «conditionnée, aussi bien au niveau des mosquées que des plages et ailleurs, par «le respect des gestes barrières que tout le monde connaît, porter un masque et garder la distanciation physique, afin d’éviter la propagation du coronavirus».
Il ne faut pas crier victoire
Pour sa part, le Pr Rachid Belhadj, directeur des activités médicales et paramédicales au Centre hospitalo-universitaire (CHU) Mustapha-Bacha, a déclaré à propos de l’ouverture des plages et mosquées : «Nous sommes dans l’observationnel. Nous sommes des médecins d’abord. Notre tâche est de prendre en charge la population. Nous avons déjà dit que tout ce qui est collectivité et gestes barrières doit être respecté». Il alerte ouvertement quant risque d’un nouveau record en termes de contaminations s’il y a non-respect de ces mesures. «Si on ouvre les plages et les mosquées et que les gens ne respectent pas les mesures préventives, c’est sûr qu’on aura un autre pic», a-t-il dit.
Il rappellera, néanmoins, que l’annonce de la décision d’ouvrir les lieux de loisirs et des mosquées est accompagnée par une autre annonce, celle de procéder à leur «fermeture si les cas de contaminations venaient à augmenter». En d’autres termes, rien n’est encore complètement acquis et il ne faut pas crier victoire avant de voir les comportements et le résultat sur le terrain.
Le Pr Belhadj affirme que «nous ne sommes pas encore sortis de l’auberge. Si pour l’Aïd El Adha cela s’est bien passé alors qu’il y avait une inquiétude, notre grande inquiétude actuellement ce sont les grandes chaleurs. Nous avons remarqué qu’il y a un déplacement de la population à cause de l’Aïd et des grandes chaleurs, ce qui a fait que les grandes villes se sont vidées de leur population». C’est ce qui explique peut-être, selon lui, qu’il y ait moins de pression au niveau de l’hôpital où il exerce puisqu’ils reçoivent «la moitié des cas Covid» qu’ils ont eu l’habitude de recevoir les derniers temps.
Inquiétude sur la rentrée sociale
L’autre inquiétude sur laquelle s’est exprimé le Pr Belhadi, c’est la rentrée sociale au début de septembre prochain, qui va être précédée par la rentrée universitaire le 23 août courant. Dans ce cadre, il lance encore un énième appel à la vigilance. «En prévision de cette rentrée sociale, je demande aux citoyens de rester toujours vigilants, calmes et de respecter les gestes barrières». Il demande, également, aux «gestionnaires des structures universitaires ou autres structures sanitaires, d’être tout près de leur personnel pour qu’il puisse faire face à une éventuelle hausse des cas de contaminations», sachant que le corps médical en charge de malades atteints par le Covid-19 n’a pas eu de répit depuis l’apparition du nouveau coronavirus dans le pays, soit depuis près de six mois. «Nous, médecins et autres personnels, nous n’avons pas pris de congé depuis six mois, nous sommes au bord de l’épuisement», a conclu le directeur des activités médicales et paramédicales au CHU Mustapha-Bacha.<