La réouverture des frontières et des routes vers le pays voisin annonce un grand mouvement de migration estivale des vacanciers algériens vers les plages tunisiennes. Ce moment prochain, sans doute profitable au tourisme bilatéral, fera peut-être date dans l’histoire des échanges humains algéro-tunisiens.

La réouverture prochaine des frontières terrestres algéro-tunisiennes est considérée comme une bouffée d’oxygène des deux côtés des frontières, particulièrement pour le secteur du tourisme en cette saison estivale. Ce sera donc à la mi-juillet que l’Algérie, dont quelque 3 million de touristes ont visité la Tunisie en 2019, ouvrira les passages terrestres après la fermeture des frontières depuis 2020, en raison de la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19.
L’annonce de cette nouvelle a été faite par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, avant-hier, mardi 5 juillet. «Nous avons pris une décision conjointe de rouvrir les frontières terrestres à compter du 15 juillet pour les véhicules particuliers», a-t-il déclaré à l’aéroport international d’Alger, aux côtés du président tunisien, Kaïs Saïed, qui s’apprêtait à quitter le pays après avoir assisté aux festivités marquant le 60e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie. Le Chef de l’Etat a, par la même occasion, rappelé que «jusque-là, les frontières n’étaient pas complètement fermées puisque le trafic routier entre les deux pays était ouvert pour le transport de marchandises». «Maintenant, ce sera ouvert pour tous les voyageurs», a-t-il ajouté.
Cette annonce a été bien accueillie aussi bien par les Algériens que par les Tunisiens, surtout que c’est l’été, synonyme de grand déplacement d’Algériens allant passer leurs vacances dans ce pays voisin. Les frontières terrestres entre les deux pays ont été fermées en mars 2020, en pleine ascension de la pandémie du nouveau coronavirus dans la région. L’été suivant, en 2021, leur ouverture était absolument impossible en raison de la forte propagation du Covid-19, la pandémie ayant été à son apogée et ses conséquences désastreuses, non seulement dans les deux pays mais dans le monde entier.
L’été 2022, le secteur du tourisme commence, enfin, à respirer. Et c’est dans ce contexte que les frontières terrestres algéro-tunisiennes sont ouvertes pour tous les citoyens des deux pays, après l’ouverture du secteur aérien l’année dernière, en juin 2021. Néanmoins, l’aérien n’est pas comme le terrestre qui facilite le déplacement et à moindre coût. La période creuse du tourisme des Algériens en Tunisie a été mise à profit pour faire la promotion du tourisme interne algérien, mais force est de constater que nombreux sont ceux qui ont l’habitude de passer leurs vacances dans ce pays voisin, notamment durant l’été et la période du nouvel an, et qui ont tant attendu la décision de réouverture. Mais pas seulement, puisque nombreux sont également les habitants des wilayas de l’Algérie qui effectuent plusieurs fois par an un voyage vers la destination Tunisie. C’est ce qui explique que l’ouverture des frontières terrestres est considérée comme un véritable bol d’air des deux côtés de la frontière, cela d’autant que la Tunisie enregistrait un flux de près de 3 millions de touristes avant la pandémie.

Une perte de 3 millions de touristes algériens par an pour la Tunisie

En considérant ce chiffre de 3 millions des autorités officielles tunisiennes, la Tunisie aurait, ainsi, subi une perte sèche de plus de 7 millions de touristes algériens depuis mars 2020. Ce qui est énorme pour un pays dont le secteur du tourisme représentait plus de 14% du PIB (Produit national brut) avant la crise sanitaire mondiale, et l’ouverture du seul secteur aérien avec l’Algérie n’a pas permis à la Tunisie de récupérer les millions de touristes algériens. Le secteur du tourisme en Tunisie a, en effet, sérieusement pâti de cette fermeture, l’Algérie étant une grande pourvoyeuse de touristes dans ce pays, notamment durant la saison estivale. La Tunisie a enregistré plus de 2,9 millions de touristes algériens en 2019, contre 2,72 millions en 2018 et 2,5 millions en 2017.
Les chiffres présentés récemment par le directeur de l’Office national du tourisme tunisien démontrent la nette régression du marché algérien. «La Tunisie a accueilli environ 54.572 touristes algériens au 30 juin 2022, contre 6.563 ayant visité le pays en 2021, malgré la fermeture des frontières terrestres entre les deux pays pour les non-résidents», a-t-il déclaré, vendredi dernier à l’Agence tunisienne TAP, en présentant le bilan du secteur touristique au premier semestre de l’année en cours. Il a fait savoir que «la Tunisie a accueilli plus de 2.102 321 touristes de différentes nationalités», dont 815.083 touristes libyens, 302 293 français, 57 000 allemands et 29.290 tchèques. Cela met en lumière que les touristes algériens n’ont représenté qu’une partie minime de l’ensemble des nationalités qui l’ont visité et que l’ouverture des frontières terrestres, que l’ensemble des voyagistes tunisiens n’ont cessé de réclamer, sera une véritable aubaine pour la Tunisie qui table sur «4.750.000 touristes au cours de l’année 2022».
Les agences de voyage algériennes ont également pâti de cette fermeture de plus de deux ans et ont, elles aussi, appelé à ouvrir les frontières à maintes reprises, surtout lorsqu’on sait que leur activité a été réduite à néant suite à la crise sanitaire de la pandémie de Covid-19. Reprendre les voyages organisés vers la Tunisie contribuera, à coup sûr, à leur faire reprendre vie après une disette qui n’a que trop duré.