Depuis Blida, où il s’est rendu, mardi, pour une visite de travail, le ministre des Finances, Aymen Benabderrahmane, a exclu clairement et sans détours l’idée de voir des accréditations accordées à des bureaux de change privés dans les mois à venir.

Par Hakim Ould Mohamed
Interrogé sur la possibilité d’ouverture de bureaux de change, Aymen Benabderrahmane, a répondu que ce type de bureaux «sont disponibles au niveau des pays comptant un grand nombre de touristes vu que ces établissements sont destinés à couvrir leurs besoins et non pas pour les citoyens résidants». Ses propos sonnent comme une remise en cause d’un règlement qu’il avait lui-même signé en avril 2020, alors gouverneur de la Banque d’Algérie, qui autorisait les banques et les établissements financiers (non bancaires) à intervenir sur le marché des changes officiel. En effet, le règlement n°20-04, publié au Journal Officiel n°16 du précédent exercice, stipule que les intermédiaires parmi les banques et les établissements financiers non-bancaires peuvent effectuer des opérations de change avec des banques non résidentes, ou réaliser des opérations de trésorerie en devises fortes entre eux, pour leur propre compte ou pour le compte de leurs clients. Mieux, ledit règlement explique que les intermédiaires accrédités sont autorisés à utiliser leur propre trésorerie en devises, tout en respectant les règles de gestion que celles déterminant la trésorerie en dinar. Ils peuvent également accorder des prêts en devises à leur clientèle et collecter leurs dépôts. Selon les dispositions du même règlement, la banque centrale met à disposition des agents agréés des ressources en devises destinées à couvrir les engagements envers l’extérieur, acquis pour leur propre compte ou celui de leurs clients. Ces ressources assurent la liquidité du marché des changes. Il est clair que ce règlement ne concerne nullement les cambistes du Square Port Said, étant donné qu’il s’adressait aux établissements financiers connus du régulateur et des banques de la place, mais il avait ouvert la voie, en tout cas, à une réglementation du marché des changes qui continue à opérer jusqu’ici dans l’informel et à l’ombre de la loi. Réduite jusqu’ici aux seules banques de la place, l’activité de change devait s’ouvrir à des intermédiaires que la Banque d’Algérie devait agréer à la faveur de ce règlement. Cependant, force est de constater que depuis la publication du décret en question les intermédiaires dont il est question ne se bousculent pas au portillon de la banque centrale pour l’obtention du fameux quitus. L’activité de change est restée comme figée, scindée en deux marchés, l’officiel et le parallèle qui ne cesse de gagner en ampleur et en sophistication, de l’avis même du Fonds monétaire international (FMI). Alors que le règlement n°20-04 était censé réglementer l’activité, réduire l’écart entre les deux cours, l’officiel et le parallèle et aboutir à terme à la neutralisation du marché informel, ce dernier évolue à vive allure compliquant davantage la gestion macroéconomique, en contribuant à la hausse de l’inflation et en affaiblissant les canaux de transmission de la politique monétaire. Face à ce fléau économique, l’Etat semble vouloir y aller avec le dos de la cuillère. En témoignent les propos tenus, mardi, par le ministre des Finances qui a invité, à nouveau, les opérateurs en possession de grandes sommes d’argent à les «déposer au niveau des banques». Il a signalé que ces fonds seront destinés au «financement de projets économiques qui permettront une relance effective de l’économie nationale et de rétablir la valeur de la monnaie nationale», car «la valeur de la monnaie d’un pays est tributaire de la force de son économie, et la préservation de cette valeur est un défi national à relever, avec les efforts concertés de tous les opérateurs économiques». Quoi qu’il en soit, Aymen Benabderrahmane semble depuis toujours privilégier l’option d’une adhésion volontaire des opérateurs de l’informel à l’appel du gouvernement en faveur de la bancarisation des fortunes évoluant dans les circuits invisibles de l’économie. n