Il y a quelques années, les agences de voyage à Oum El Bouaghi se comptaient sur les doigts d’une main. Aujourd’hui, elles font partie du paysage urbain de cette moyenne ville de l’Est algérien. Pour une cité réputée provinciale, ces entreprises du tourisme offrent véritablement à ses habitants une fenêtre sur le monde.

La demande de leur clientèle, elle, fait apparaître une région pas si fermée qu’on le prétend et férue des grands horizons. Elle signale le goût affirmé de l’Algérien moyen pour les voyages et pour des destinations qui, si elles concernent la Tunisie en premier lieu suivie de la Turquie, s’étendent désormais vers le grand continent asiatique. Pour les destinations domestiques, pourtant riches et variées en raison de l’existence de zones humides, historiques et archéologiques, elles attendront de jours meilleurs.

Hadj Amar Merdaci, ancien chef d’agence d’Air Algérie à Oum El Bouaghi, directeur de l’agence de voyages « Wahiba Tours », affirme que « la destination Tunisie est devenue obligatoire pour tout opérateur voyagiste. « Nos clients ne peuvent plus s’en passer compte tenu de la proximité, de la qualité et du prix d’accueil ». Comment ? Il explique à titre d’exemple « qu’une nuitée dans un hôtel 5 étoiles avec un service «all Inclusif» revient à 11 000 DA, alors qu’un hôtel 5 étoiles à Annaba avec petit déjeuner uniquement est à 20 000 DA ». « Avec des différences pareilles, on ne peut que suivre la clientèle qui cherche le meilleur rapport qualité-prix ». Ce tour-opérateur ajoute que la popularité de la destination tunisienne fait que même les gens d’Oum El Bouaghi établis à l’étranger préfèrent passer leurs vacances là-bas après « quelques jours de halte » dans leur lieu d’origine. Pour lui, le marché bouleverse les anciens comportements et en crée d’autres. Les vacances l’été entier dans le pays pour ces Algériens de la diaspora, c’est du passé pour beaucoup d’entre eux.
Amira Bentahar manager commercial de l’agence « Hambli Travel Service » va plus loin en affirmant que même les responsables des œuvres sociales dans les entreprises et les administrations achètent les produits tunisiens pour leurs souscripteurs en raison de leur caractère fortement attractif : « été, hiver et vacances de fin d’année, la destination Tunisie reste aujourd’hui la plus demandée par la clientèle en dehors de la Omra (qui reste un produit du Ramadhan) et nous permet de travailler en dehors des autres activités que nous faisons comme la billetterie, la location pour l’organisation d’évènements, etc. ».
Autre fenêtre ouverte sur le monde par ces voyagistes, celle qui s’ouvre progressivement sur la Turquie. Pour Mme Bentahar, Istanbul commence à être très prisée ici à Oum El Bouaghi. «Il y a un engouement nouveau pour cette destination même si elle est plus chère», explique-t-elle. La fréquentation de la métropole turque par une clientèle algérienne n’est pas nouvelle. Elle date des années quatre-vingt-dix lorsque les commerçants de cabas comme on les appelle y allait pour toutes sortes de produits qu’ils revendaient sur le sol national. Ces importateurs d’une saison cèdent aujourd’hui la place à de vrais touristes pour qui la Turquie est devenue un « must ». « Une clientèle nouvelle frappe à nos portes et veut des produits turcs, en particulier Istanbul. On pensait qu’elle représentait un marché uniquement pour les mois d’été et les vacances scolaires, les fêtes de fin d’année ont prouvé le contraire ».
Pour cette cheffe d’entreprise, le marché des voyages est en train de s’installer dans la durée comme tous les autres et les prestataires du secteur sont de plus en plus sollicités pour les services offerts dans un environnement qui, lui, reste «contraint».
« La grande difficulté demeure le client final, les imprévus tels les retards des vols des compagnies aériennes, qui nous causent des désagréments, les visas qui ne sont pas délivrés en même temps que les délais de réservation, mais on arrive toujours à trouver des solutions même si parfois on perd de l’argent. »n