La wilaya d’Oum El Bouaghi, promue au statut de wilaya, il y a plus de 44 ans
et comptabilisant ainsi plus de 80 000 habitants, a connu depuis plus d’une décennie pas moins de quatre crashs d’avions militaires sur son sol.

Cette région, habituée depuis longtemps à une réelle quiétude que même la décennie noire n’avait pas perturbée, a connu un essor de développement remarquable au plan socio-économique, notamment l’agriculture. Les nombreux habitants des zones rurales, en général, et ceux des régions qui ont comptabilisé les accidents d’avion, dont les esprits sont encore hantés par la tragédie des 77 morts suite au crash de l’Hercule C 130 en 2014 à Djebel Fortas (Aïn M’lila), se sont remémoré avant-hier les scènes effroyables des victimes.
D’où l’impact psychologique, notamment sur ceux qui se sont habitués depuis des années aux bruits assourdissants des avions de combat volant au-dessus de leur bourgade lors des séances d’exercices même nocturnes et qui ont assisté à un crash en direct. Devant le choc qui s’en est suivi, ils ne trouvent pas les mots pour décrire la situation. L’exemple du riverain sur le lieu du crash du SU 30 dans la nuit du lundi 27 janvier est édifiant. Il a affirmé : «C’était réellement effroyable, voire tragique. J’ai cru à un tremblement de terre tellement la terre a bougé sous nos pieds ainsi que les murs de ma maison.»
C’est le quatrième crash d’avion sur le territoire de la wilaya d’Oum El Bouaghi depuis la fin de l’année 2006. En effet, le 6 décembre 2006, le crash d’un avion militaire français de type Mirage F1, au lieudit Henchir Torkia, près la commune de Henchir Toumghani (ouest d’Oum El Bouaghi), n’a pas fait de victime puisque le pilote a réussi à s’éjecter. Cet accident fut suivi, en 2010, par le crash d’un Mig 29 à Berriche, non loin de la base aérienne d’Oum El Bouaghi (lieu de son décollage), a enregistré le décès du pilote.
Le 11 février 2014, la tragédie du crash de l’avion militaire de transport Hercule 130 à Djebel Fortas (nord-est de Aïn M’lila) faisant 77 morts et 1 blessé, auquel les riverains ont assisté stupéfaits et dont le bruit a été qualifié de tonnerre par un habitant de la région et dont la puissance a déchiré le ciel.
Aujourd’hui, six ans après, c’est un nouveau crash du SU 30 au lieudit Draâ Tafza, une zone rurale dépendant de la commune pastorale de Aïn Zitoun (40 kilomètres au sud-ouest du chef-lieu de wilaya), faisant partie de l’espace d’exercice des pilotes de la base aérienne, qui a causé la mort du pilote et de son navigateur sur le coup.
Comme à l’accoutumée, la solidarité des populations en pareil cas n’est plus à souligner, puisque défiant l’heure tardive de la nuit, le froid, le brouillard, des centaines de citoyens se sont rendus sur les lieux juste après le crash pour secourir et assister les victimes, tout en priant Dieu d’accorder sa miséricorde à ceux qu’ils qualifient de martyrs, morts en service commandé.
Trente-six heures après l’accident, le bruit et la scène du crash du Sukhoi 30 demeurent gravés dans les esprits des citoyens, à l’exemple d’un jeune riverain qui a tenu à préciser : «Tout en étant habitué aux bruits assourdissants résultant du passage des avions lors des exercices de jour et de nuit, mais assister à ce genre de crash et constater l’état des victimes sont une psychose, voire un choc terrible, sans oublier l’impact négatif que crée la répétition de ces crashs dans la région.»
Le même avis est partagé par Khiredine, un autre jeune : «C’est vraiment une situation dramatique avec ce quatrième crash d’avion militaire dans la wilaya d’Oum El Bouaghi en une décennie, d’où la nécessité d’élucider la nature, les causes et les circonstances de ces drames dans la région, voire prendre les dispositions préventives nécessaires pour les éviter ainsi que leur impact sur la région.»