La nécessité de créer un centre de fabrication de sérum antiscorpionique (SAS) à Ouargla a poussé les autorités locales à appeler à la création d’une unité relevant de l’institut Pasteur dans la région. Le projet a fait l’objet d’une discussion, lors d’une rencontre, mercredi dernier, entre le wali, les autorités locales et des représentants du ministère de la Santé et de l’institut Pasteur.

Le projet, encore à l’étude, concerne l’implantation d’une unité devant assurer, en première étape, l’accueil des scorpions récoltés, l’extraction et la préparation du venin qui sera transféré ensuite vers l’institut Pasteur pour la production du sérum en attendant d’installer respectivement les autres étapes qui nécessitent des moyens et des compétences spécifiques jusqu’à la production finale du Sérum antiscorpionique (SAS) au niveau local, a précisé la représentante de l’institut Pasteur, Docteur Selma Djilani, lors de cette rencontre. Un site non encore révélé a été désigné, jeudi matin lors d’une réunion qui a été supervisée par des experts du ministère de la Santé et de la Commission nationale de lutte contre l’envenimation scorpionique pour accueillir la future unité. Le phénomène de l’envenimation scorpionique dans la région d’Ouargla a pris de l’ampleur ces derniers jours et a fait, depuis le début de l’année, six victimes et plusieurs centaines de personnes envenimées. « On compte environ 30 000 et 40 000 scorpions capturés par an et qui sont transmis à l’institut Pasteur d’Alger. La création de l’unité d’Ouargla va permettre de collecter le venin et le préparer au niveau local. On envoie à l’Institut le venin extrait et traité, ce qui va permettre de gagner beaucoup de temps dans la préparation du SAS », explique le Docteur Djilani. La récolte nécessite une connaissance des espèces. On choisit surtout l’espèce la plus dangereuse qui permet de couvrir d’autres espèces, c’est pourquoi une formation du personnel s’avère indispensable, précise-t-elle. Seuls les venins des espèces dangereuses sont utilisés dans la production d’antidote. En Algérie, il s’agit surtout de l’espèce androctonus australis, a-t-elle encore indiquée.
A ne surtout pas faire
Le Dr Mohamed Lamine Saïdani, membre de la commission nationale de lutte contre l’envenimation scorpionique, a appelé, dans une déclaration à «Reporters», d’éviter certaines pratiques en cas de piqure. Inspiré des croyances de la population locale, la ruqya et le traitement traditionnel restent, selon lui, sans effet, voire même dangereux. Il faut impérativement bannir l’incision, la scarification, la succion qui risque d’entraîner l’envenimation de la personne qui la pratique. La pose du garrot, la cryothérapie et le recours aux moyens traditionnels comme le gaz, les glaçons et brûlures sont également à éviter. Le ministère de la Santé continuera de fournir le sérum SAS et de former les médecins travaillant dans ce domaine, a assuré le Docteur Farida Aliane. L’Algérie a relevé, en 2016, plus de 43 000 cas et en 2017, 46 000 ont été consignés, 58 personnes n’ont pas pu être sauvées. Des chiffres toutefois en baisse par rapport à l’an 2000, où 150 personnes avaient perdu la vie par piqure de scorpion. La situation peut être qualifiée de stable mais le travail continue jusqu’à n’obtenir aucune victime, dit-elle. L’intervenante a mis également l’accent sur la nécessité d’impliquer les différents secteurs ainsi que le citoyen pour une prévention efficiente afin de réduire les cas de décès enregistrés annuellement. Pour le Dr Saïdani, la défaillance en matière de lutte contre l’envenimation scorpionique s’explique par le fait que dans cette wilaya, on ne fait plus de ramassage des scorpions comme cela se fait dans d’autres wilaya, comme El Oued, où le nombre de piqûres a diminué substantiellement. Selon ce médecin spécialiste, la toxicité du venin varie selon la taille, l’âge et les conditions climatiques du scorpion. Les venins des scorpions contiennent un certain nombre de principes actifs de structure polypeptidique, comme les enzymes, les sérotonines, les histamines et d’autres. Ils ont tous une action neurotoxique et cardiotoxique. Les piqûres de scorpion peuvent donc être redoutables, surtout pour les enfants et les personnes vulnérables. Pour le wali de Ouargla, Abdelkader Djallaoui, la solution est d’organiser des opérations de collecte de scorpions avec l’aide des associations et d’experts, à l’instar d’El Oued, d’El Bayed et de M’sila. Il est allé jusqu’à proposer l’organisation d’une campagne nationale de ramassage de scorpions par des associations et de récompenser celles qui en collectent le plus. Un budget spécial a été débloqué chaque année en faveur de ces associations afin qu’elles puissent acheter l’équipement et le matériel nécessaires. Les « chasseurs de scorpions » sont récompensés 100 dinars pour chaque scorpion capturé, donc 50 DA de plus offert par le wali afin d’encourager la collecte de cet insecte fatal en milieu rural. A rappeler que le sérum antiscorpionique a été découvert, en 1936, après plusieurs années de recherches par le docteur français, né en Algérie, M. Etienne Sergent et qui a fait toute sa carrière à l’institut Pasteur.