Les habitants du quartier limitrophe Bamendil continuent leur combat pour récupérer l’assiette foncière, qui devait abriter le projet du «seul» lycée, qui leur a été confisquée. Ils accusent l’ex-responsable de l’agence foncière, certains responsables de la direction des Domaines et des fonctionnaires d’avoir pris la décision de vendre le terrain et d’encaisser l’argent pendant que leurs enfants font des kilomètres pour aller étudier.

Choqués d’apprendre que le terrain qui devait abriter le futur lycée a été vendu par l’agence foncière, les habitants du quartier populaire de Bamendil, ou village de Bamendil, situé à environ 8 km du centre-ville de Ouargla, ont organisé un mouvement de protestation pacifique, dimanche 19 janvier 2019. Ils ont bloqué le chemin d’accès au centre d’enfouissement technique et interdit à leurs enfants de rejoindre leurs établissements scolaires. Ils dénoncent la politique de discrimination dont ils se disent victimes et réclament l’intervention personnelle du Président de la République et du ministre de la Justice.
Le calvaire que vivent les habitants du village Bamendil ne semble pas avoir de fin. Après le problème des eaux usées qui envahissent encore une partie des habitations et des lotissements, un autre souci vient bouleverser ce village, laissé complètement à l’abandon. L’assiette qui devait contenir le projet du lycée a été octroyée, de façon illégale et dans des conditions louches, à 40 personnes dont des hommes d’affaires et des élus. Le projet attendu depuis plus de 20 ans est donc en suspens, nous informe le président de l’Association des parents d’élèves du palier moyen, Aouarib El-Hadj Larbi.
Après un parcours du combattant, les habitants ont réussi à avoir le projet de construction d’un lycée dans leur village. Le 25 mai 2011, le P-V de choix de terrain devant servir d’assiette à l’installation de ce projet a été établi par une commission de choix de terrain. Selon le document dont nous disposons d’une copie, la commission était composée ce jour-là, outre le vice-président chargé de l’aménagement et l’urbanisme, de 9 représentants des différents secteurs concernés, la direction des Domaines d’Etat, l’agence foncière de Ouargla, la direction de l’urbanisme et de construction ainsi que le chef de service du contrôle et du suivi des travaux dans la commune de Ouargla. Une superficie de 8 000 m2, dans le lotissement Bamendil (3), a été réservée au projet de réalisation du lycée «1000/100», ce qui a fortement rassuré les habitants, qui voyaient déjà leur rêve se concrétiser.
Le nouveau wali de Ouargla, qui a hérité d’un amas de problèmes, tente par tous les moyens de contenir les protestations et trouver des solutions depuis son installation à la tête de cette wilaya, lourdement gangrenée par la corruption et le laisser-aller. Jamais un wali n’a enregistré autant de sorties sur terrain et ne s’est rapproché de si près des citoyens. Plus de 14 visites rendues, en une semaine, à Bamendil.
Le nouveau wali de Ouargla, et dans un entretien avec Reporters dimanche matin au siège de la wilaya, a avoué que la situation est très compliquée mais elle peut être résolue. «Des solutions existent, a-t-il rassuré. «Le problème c’est que les habitants refusent les lots proposés par nos services pour lancer les travaux de réalisation de l’établissement. Il affirme que six acquéreurs du lotissement «8 000 m2» ont déjà obtenus leurs actes, ils sont donc propriétaires officiellement, on ne peut plus les expulser», explique le wali.
Les autorités locales intensifient leurs efforts afin de trouver une issue au problème. Les habitants ont refusé la proposition de la nouvelle assiette sous prétexte qu’elle se situe à plus de 3 km du village, prévu donc sur le territoire de hay Ennasr (la nouvelle ville) limitrophe de Bamendil et qui contient déjà deux lycées.
«Le plus proche lycée est à plus de 2 kilomètres. Nos enfants sont répartis sur sept établissements ou plus à travers le territoire de la commune de Ouargla», lance un quinquagénaire. « Le lycée est un droit. Nos enfants se réveillent à 5H et sortent de la maison vers 6H du matin, alors qu’il fait encore noir pour rejoindre leurs lycées à hay Ennasr ou en ville», ajoute Boudouaya Abdelbasset, citoyen de Bamendil.
« On vit dans les eaux usées. Des familles entières ont quitté leurs foyers, submergés par les eaux usées et les matières fécales, malgré les visites répétitives du wali, la situation est la même. Les responsables de Ouargla, l’ONA, la direction des hydrauliques et les autorités locales en eau sont quasi absents. Un autre citoyen et père de famille, Zeroual Kahoul, indique, indigné : «Mes enfants ne peuvent même pas prendre une douche où l’eau a atteint 50 cm dans les toilettes et les douches pendant que ces responsables dorment tranquillement chez eux.»
Un terrain… et le rêve s’envole
Il a fallu attendre 8 ans après, jusqu’en 2019, pour que les autorités locales débloquent le budget nécessaire pour construire le lycée. Une joie qui n’a, malheureusement, pas duré longtemps, puisque les habitants ont découvert aussitôt que l’assiette foncière litigieuse a été répartie en lots et vendus à 40 acquéreurs dont 6 détiennent déjà leurs actes de propriété, selon les déclarations des différentes associations et des militants de la société civile de Bamendil.
Deux lettres ont été adressées respectivement au Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, et au ministre de la Justice Belkacem Zeghmati, le 9 janvier 2020. Les cinq associations signataires souhaitent attirer l’attention des hauts responsables sur les agissements louches, qualifiées de procédures mafieuses des responsables de l’agence foncière et la direction des Domaines de Ouargla et l’établissement du cadastre d’avoir entravé la réalisation du projet du lycée, tant attendu par la population. Ils leur demandent d’ouvrir une enquête approfondie sur l’assiette foncière, désignée officiellement en 2011, pour contenir le projet du lycée, mais qui a été détournée et vendue par les responsables à l’agence foncière dans une discrétion totale.
Les habitants exigent l’ouverture urgente d’une enquête sur le pillage du foncier de cette localité, surtout que la plupart des bénéficiaires de ces lots sont connus au niveau local, dont des hommes d’affaires, des élus et des employés de l’agence foncière.
«Vous réclamez un lycée, comme si vous allez nous sortir des pilotes et des médecins !»
C’est la réponse du directeur des Domaines de Ouargla en réponse aux réclamations des habitants de cette localité. Les habitants l’ont considéré comme une injure grave provenant d’un responsable. Les habitants de Bamendil continuent leur combat pour récupérer l’assiette foncière confisquée. Ils accusent l’ex-responsable de l’agence foncière et certains fonctionnaires d’avoir pris la décision.
A rappeler que les habitants ont déjà interpelé les autorités supérieures et l’ancien wali, en octobre 2017, à travers des courriers respectivement à l’ex-wali de Ouargla et au ministre de la Justice, les alertant du pillage systématique des ressources foncières de leur village. Les signataires dudit courrier ont dénoncé la mainmise de certaines personnes dénommées la «mafia du foncier sur des réserves foncières» de la localité.
Les lotissements de Bamendil (6) et Bamendil (5), vendus durant les années 90 et début des années 2000 par l’agence foncière, ne cessent de susciter des interrogations. Une agence gérée, à cette époque, par un fonctionnaire occupant actuellement un poste de responsabilité dans un ministère et qui a été pointé du doigt dans presque toutes les affaires de pillage du foncier. Son nom a été largement évoqué par les habitants et la société civile de Bamendil lors de la couverture de ces protestations. Outre l’affaire du parc «Wahaland» ou «le projet-scandale» qui a bouffé pas moins de 44 milliards de centimes mais qui n’a jamais été finalisé. Pire encore, il n’a ouvert que quelques mois avant d’être fermé définitivement. L’agence foncière a été également pointée du doigt dans l’affaires des villas des cadres de la wilaya, hay Ennasr, et les mêmes lots et mêmes habitations ont été vendus à plusieurs acquéreurs en même temps dont certains ont eu recours à la justice.
Le quartier limitrophe Bamendil, situé à environ 8 km du centre-ville de Ouargla, manque de tout. Ses habitants menacent d’escalade si les autorités supérieures n’interviennent pas.