Hiba 7 ans, Nour El-houda 11 ans, Feras 6 ans, Fadoua, Hayet, Manal, Haythem, Yanis et une trentaine d’autres enfants du même âge atteints d’infirmité motrice d’origine cérébrale habitant Ouargla, Touggourt, Ghardaïa et d’autres villes du sud-est,

ont été privés d’une chance d’être pris en charge par de grands chirurgiens-spécialistes internationaux qui devaient participer aux journées médico-chirurgicales, consacrées à la prise en charge multidisciplinaire des IMC dans la région de Ouargla et ses environs.

Cette activité que devait mener une équipe française supervisée par le Pr George Thuilleux, chirurgien orthoptique, pédiatrique et générale au niveau des hôpitaux de Saint-Maurice (France) en plus du docteur Maniek Chamberon, spécialiste en rééducation, a été annulée contre toute attente. Des parents indignés accompagnés de leurs enfants handicapés en larmes avec le soutien de médecins et citoyens, ont organisé, jeudi dans la matinée, un sit-in devant l’entrée du siège de la wilaya de Ouargla, afin de dénoncer l’indifférence et le laxisme des responsables locaux envers leur souffrance et celle de leurs enfants. D’autant plus qu’il a fallu plusieurs mois d’efforts et de coordination pour mettre en place ce rendez-vous important. Un véritable parcours du combattant pour des médecins, des parents de malades, des associations qui se sont démenés pour organiser ces journées prenant en charge tous les frais de séjour de l’équipe médicale. « Il fallait absolument permettre aux enfants atteints d’avoir une chance de se faire traiter par une équipe hautement compétente et leur donner, peut-être une chance de marcher et guérir de leur handicap », s’est indigné le Dr Imoune, spécialiste à l’Hôpital de Touggourt. « Aujourd’hui on n’arrive plus à affronter les parents ni nos patients », s’est-il désolé. « On leur a donné un espoir qui leur a été interdit et confisqué par des irresponsables et des sans conscience », ajoute le Dr Mokar chirurgien en orthopédie. Ce rendez-vous « aurait permis également aux chirurgiens locaux d’acquérir de l’expérience », a ajouté un autre médecin spécialiste indigné. Contacté, le directeur de la santé de Ouargla Fadhel Mossadek a imputé cette annulation au fait que le dossier et la liste des médecins étrangers invités ne lui ont pas été remis à temps. Le délai de réception de la demande ayant expiré, ce qui a mené à l’annulation de ces journées, tant attendues. En réponse au mouvement de protestation, ce même responsable a publié les courriers échangés entre les parties sur sa page Facebook, pour justifier sa décision. Dans un des courriers postés, on peut voir que la date de la demande d’approbation de la DSP a été émise le 13 novembre 2017 par l’organisation nationale de la société civile bureau de Ouargla, sollicitant l’accord du directeur pour l’organisation de journées médicales chirurgicales en faveur des enfants malades d’IMC. Comme aucune suite ne lui a été fournie, l’organisateur a été obligé d’annuler les journées par un communiqué officiel daté du 10/12/2017, adressé au directeur de la santé.

Pouvoir marcher, un rêve évaporé
Une autre date n’étant pas facile à fixer ultérieurement vu les engagements du Pr George Thuilleux et dans le but de ne pas laisser échapper une telle occasion, la même organisation est revenue à la charge en adressant une demande le 10 décembre sollicitant à nouveau l’accord pour les mêmes journées dans l’hôpital de Touggourt. Mais là encore aucune suite. Le DSP qui devait prendre attache avec le ministère de la Santé pour avoir l’accord ne l’a tout simplement pas fait, accusent les indignés. Le courrier destiné au ministère, publié par ce responsable sur Facebook pour se disculper, ne porte aucune date, font remarquer les parents et médecins. Le rêve de plus de 35 enfants de pouvoir marcher et se lever s’est évaporé en raison du laxisme, voire de l’indifférence des responsables du secteur de la santé au niveau local. Il faut rappeler que ces journées médico-chirurgicales prévues initialement du 13 au 16 décembre avaient pour programme plus d’une centaine de consultation et 32 interventions chirurgicale concernant des enfants atteints d’infirmité motrice cérébrale IMC, souffrant notamment de déformation de membres inférieurs et de luxation des hanches. Les organiseurs affirment que le même professeur français a réalisé des dizaines d’interventions similaires à Batna et dans d’autres villes du pays. Face aux difficultés de la prise en charge de ces maladies les parents se trouvent obligés de se déplacer aux hôpitaux de Djelfa et d’Alger et aussi vers d’autres établissements publics et privés du pays. Certains se trouvent contraints de vendre des biens pour pouvoir payer des interventions qui peuvent coûter un 500 000 DA, précise le Dr Mokar. Ces déplacements pénibles et ces soins très coûteux pour des familles précaires auraient été un tant soit peu atténués, le groupe de spécialistes attendus effectuant des interventions sans contreparties financières. Certains indignés iront jusqu’à dénoncer une réelle discrimination envers les habitants du Sud.