Cinquante-huit ans après les manifestations du
27 février 1962, la maison de la culture Moufdi-Zakaria, à quelques mètres seulement du lieu des affrontements survenus lors du soulèvement, a abrité, jeudi, et en présence du ministre des Moudjahidine, la cérémonie de commémoration du 58e anniversaire de cette manifestation monstre
et décisive.

A cette occasion, le ministre des Moudjahidine et des Ayant-droits, Tayeb Zitouni, a affirmé, que les manifestations populaires du 27 février 1962 vont être décrétées journée nationale. Le Sud algérien a connu durant les deux dernières années de la Révolution des événements importants qui ont contribué directement à accélérer la signature des accords d’Evian et la mise en place d’un cessez-le-feu immédiat, marquant ainsi le début du processus de sortie de guerre. Les manifestations du Ramadhan 1962, un 27 février, sont sans équivoque, les plus importantes. Voulant convaincre l’opinion internationale que le Sahara d’Algérie « non peuplé » est une propriété française, le projet colonial est vite tombé à l’eau. De Gaulle, et quelques jours avant l’ouverture de la phase finale des négociations d’Evian, a confié à Louis Joxe, ministre chargé des Affaires algériennes, la mission de convaincre les habitants du Sud de l’Algérie de rester sous la gouvernance de la France. En réplique, l’ALN (Armée de libération nationale) et bras droit du FLN, a donné l’ordre d’organiser à Ouargla une manifestation populaire grandiose dans le but d’apporter une démonstration aux négociateurs d’Evian de la volonté du peuple de rejeter « les visées de la France coloniale » de séparer le Sahara du reste de l’Algérie. Ces manifestations historiques sont l’expression claire du rejet de la population de Ouargla et de la région entière des desseins de la France coloniale visant à séparer le pays en deux, en gardant la main sur le Grand Sahara de manière à conserver un contrôle direct sur les ressources en hydrocarbures mais encore pour la poursuite des essais nucléaires qui se déroulaient sur les bases de Reggane et d’In Ekker, à l’époque, centres d’essais nucléaires aériens et souterrains et de lancement de fusées de l’armée française.

Non à la séparation du Sahara du nord de l’Algérie
En réponse au manœuvre de De Gaulle pour la promotion de son projet de séparation du Sahara du reste de l’Algérie, l’envoi d’une délégation comprenant des responsables français conduite par Max Lejeune, des représentants onusiens et des journalistes à Ouargla, et la tenue d’une réunion urgente avec les collaborateurs locaux, présidée par Hamza Boubakeur dans le but de prendre le pouls de la situation et stimuler la population à accepter l’idée de la constitution d’une république sahraouie indépendante. C’est ainsi que le commandement de la Révolution algérienne de la 4e Région du sixième territoire (FLN attribuait au Sahara le chiffre VI) ont décidé d’agir afin de faire face aux plans coloniaux visant à séparer le Sahara du Nord de l’Algérie. Cette contre-attaque s’est vite concrétisée par des soulèvements populaires le 27 février 1962 à Ouargla, constituant une réponse claire à l’intransigeance du gouvernement français et à son attachement au principe de la division de l’Algérie en deux parties, un Nord indépendant et un Grand-Sud maintenu sous son contrôle pour son importance stratégique et économique.

Démonstration de force populaire
Les habitants de Ouargla, conscients des velléités du colonisateur, ont conduit ces soulèvements massifs qui ont mis en échec ce plan ourdi contre l’intégrité territoriale algérienne et l’unité du peuple. Une contre-propagande offensive et efficace mettant à nu les véritables intentions concernant le Sahara algérien. Un jour avant la tenue de la réunion prévue à Ouargla, le lundi 26 février 1962, des instructions strictes, verbales et écrites ont été données par le Commandement de la région militaire RM4 relevant du Sahara 6e région, à l’Armée de libération nationale (ALN, le bras armé du FLN) et au Front de libération nationale (FLN), signées par le chef de la région Mohamed Chenoufi. Le même jour, ces instructions ont été diffusées sur tous les Ayane et Chouyoukh des communes réglementaires, affiliées au FLN à Ouargla, qui compte 14 conseils, leur demandant d’organiser des manifestations le mardi 27 février 1962 à partir de 8H du matin, exprimant que le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) est le seul représentant du peuple algérien et scandant que le désert algérien fait partie de l’Algérie, en hissant le drapeau national, nous raconte Mohamed Sayeh, un ancien moudjahid chargé des finances et de l’organisations au FLN dans la région d’Ouargla. Au même moment, l’instruction a été diffusée et toutes les mesures pour la mobilisation du peuple pour la participation massive ont été mises en place. Des contacts ont été aussitôt établis avec les superviseurs de tous les villages et localités de Ouargla sur l’heure et l’endroit. Les habitants ont passé une nuit blanche à confectionner des drapeaux et à préparer des banderoles, poursuit M. Sayeh. Selon les instructions données, les manifestants quitteraient les oasis et les villages tôt le matin pour se retrouver, avant 8H au marché hebdomadaire du Ksar, Souk El Had, (marché du dimanche), en plein centre de Ouargla. Tous les moyens de transport autocars, camionnettes, charrettes, sont mis à la disposition des citoyens pour se rendre sur les lieux, précise notre interlocuteur. Dans cette journée du mardi 27 février 1962 et sous un ciel couvert et doux, les manifestations, qui devaient avoir lieu à 8H du matin, ont été reportées à 13H du même jour, l’heure d’arrivée prévue de la délégation française. Le rassemblement qui devait avoir lieu dans le vieux marché « souk El-had » en plein cœur du K’sar (la Casbah) a été momentanément retardé suite aux instructions des organisateurs FLNistes des 14 communes concernées et n’a eu lieu que l’après-midi. Le soulèvement n’a été donc déclenché que lorsque l’avion transportant la délégation a atterri à Ouargla, assure Sayeh Mohamed. Pour que les autorités coloniales et leurs séides ne s’aperçoivent pas de l’existence de mouvements populaires qui leur sont opposés ainsi qu’à la mission de la délégation française officielle, les citoyens ont été appelés à garder leur calme et d’exécuter les orientations qui leur seront donnés par les organisateurs du FLN. Immédiatement les magasins ont été rouverts, les étals installés et le mouvement du marché a repris instantanément de façon normale, raconte le moudjahid et le témoin des faits, Mohamed Sayeh, chargé des finances et de l’organisation au FLN dans la région d’Ouargla dans un entretien avec Reporters. Dès que la nouvelle de l’atterrissage à l’aéroport de Ouargla de l’avion transportant la délégation gouvernementale française et des membres onusiens fut confirmée, les habitants se sont rassemblés derrière les partisans chargés de la gestion de l’opération, avant de se diriger vers la préfecture, lieu où devait se tenir la réunion, portant des banderoles sur lesquelles on pouvait lire des slogans hostiles à la France et dénonçant la politique de la France en Algérie et revendiquant l’indépendance pour l’ensemble du territoire algérien, poursuit Mohamed Sayeh. D’un coup, les manifestants sont sortis massivement des sept portes du K’sar vers Souk El-had, le point de rassemblement en scandant «Allahou Akbar» (Dieu est grand), criant les noms du FLN et de l’ALN, unique représentant du peuple algérien, « le Sahara est algérien », ajoute-t-il. Les manifestants se mirent également à scander des chants patriotiques « Chaâbou al jazairi moslim » (le peuple algérien est musulman) et « Qassaman » (hymne national algérien). A peine franchi Souk Lahtab (actuellement appelé Souk Lahdjar), à 500 m environ du siège de la préfecture, où se trouvait la délégation onusienne, une force imposante d’unités de l’armée française, appuyée par des blindés, des chars, des fantassins, des gendarmes, est intervenue avec une extrême violence, tentant à tout prix de stopper l’avancée des manifestants. Devant le nombre important et la détermination des manifestants, les autorités françaises ont déployé des mercenaires et des gendarmes qui se sont regroupés derrière les remparts des espaces donnant sur le marché, entourant le vieux Ksar puis se mirent à tirer à coups de mitraillettes sur la foule de citoyens et à les pourchasser à travers les rues et les places publiques.
Les manifestants s’accrochèrent aux troupes françaises en utilisant des armes blanches, des bâtons, des barres de fer et des pierres. Il en fut ainsi jusque très tard la nuit.
Les affrontements qui se sont déroulés jusqu’au 28 février, on fait 5 morts, selon des témoins, d’autres disent 8 et d’autres 13, dont le célèbre Chotti El Ouakal, et des dizaines de blessés. Ce jour-là, on ignore encore les pertes mais quel que soit le nombre des victimes, ces manifestations constituèrent un soutien fort aux négociateurs algériens à la veille de la signature des Accords d’Evian. Elles furent une démonstration pour l’opinion publique internationale du degré d’attachement des habitants du Sahara à l’unité du territoire algérien. Loin des cérémonies protocolaires et ordinaires et en quête de valorisation de cette date emblématique du Sud de l’Algérie, célébrant le soulèvement populaire des habitants de la région de Ouargla le 27 février 1962, contre le projet colonial de division du pays, les citoyens se mobilisent pour réclamer la promulgation de cette date comme Journée de l’union nationale, une doléance qui vient de recevoir donc un écho favorable.