Les habitants du K’sar de Ouargla, ou la Casbah, ont décidé de passer à l’offensive contre les commerçants «informels», après qu’une femme de 47 ans ait trouvé la mort, écrasée par un bus contre un mur à Sahat Echouhada. Cinq jours après le drame, l’émotion est toujours vive.

Depuis le mercredi 29 janvier, les habitants du K’sar de Ouargla ne dorment plus et la chasse aux commerçants informels se poursuit du matin au soir. Soutenus par les forces de la Sûreté nationale, ils ont réussi à chasser ces commerçants, qui viennent des quatre coins du pays, et restituer une partie de la beauté de Sahet Echouhada, un lieu emblématique qui détient encore beaucoup de l’histoire de la Casbah de Ouargla et des gens qui y ont vécu. C’est un patrimoine historique de haute valeur que les habitants tentent de récupérer depuis plus d’une décennie, mais leurs combats ont été vains. Les routes et trottoirs de cet espace public ont été squattés par les étals et les véhicules et autres Renault G5 et Herbine des commerçants de légumes et fruits, de vaisselles, de vêtements et tout ce qui peut se vendre. Ces envahisseurs informels ont rendu ce lieu un véritable enfer pour les automobilistes et les piétons, notamment les enfants scolarisés dans et les personnes se rendant au marché de la Casbah. Ce lieu, en plein centre-ville (l’entrée principale du K’sar et du marché de la Casbah (Souk El-Had)), qui génère le plus de déplacements quotidiens pour les travailleurs et les citoyens qui se retrouvent de fait dans un véritable entonnoir, notamment sur l’axe souk
Lahdjar/Sahet Echouhada, dont l’état de saturation s’est aggravé depuis la délocalisation, début de l’an 2000, de l’ancien marché de Souk Sebt (marché du samedi). Les commerçants, refusant de s’installer dans le nouvel espace qui leur a été réservé dans la zone d’équipements, ont préféré dresser leurs étals à Souk Lahdjar mais beaucoup plus à Sahet Echouhada, faisant de ce lieu historique un marché à ciel ouvert. Les déchets résultant de ces commerces déforment le paysage et polluent l’atmosphère. Cette situation devenant insupportable a poussé les habitants à réagir. « Nous devons nous prendre en main », a lancé Hamid Zerouki, président de la Coordination des associations de l’antique K’sar de Ouargla, dans un entretien avec Reporters. « On a tout fait pour attirer l’attention des responsables sur l’ampleur de la situation. On a adressé des courriers à tous les responsables locaux, à l’ancien et au présent wali, aux directeurs de commerce et de la Sûreté, à l’APC, mais on n’a jamais eu de réponse », déclare ce dernier. Il ajoute avec amertume : « Ils doivent toujours attendre qu’il y ait des victimes pour intervenir. On vient de perdre une femme qui a laissé une fille de 10 ans et toute une famille en deuil. » Les faits se sont produits mercredi matin vers 8H30. Badra, pas tout à fait la cinquantaine, attendait à un arrêt le bus pour se rendre à son lieu de travail, lorsqu’un bus l’a écrasé contre le mur. La scène s’est passée à Sahet Echouhada en plein centre-ville. La femme n’a pas survécu à ses blessures. Le chauffeur de bus, qui effectuait une marche arrière dangereuse dans une ruelle fortement fréquentée, est monté sur le trottoir sans même s’assurer s’il y avait quelqu’un derrière. Le soir même, les habitants de la Casbah, soutenus par la police, ont procédé au démontage des étals et des baraques des vendeurs informels. Après l’épuisement de tous les moyens au niveau local et l’inertie des responsables concernés, dans la prise en charge des préoccupations des habitants de la Casbah, notamment l’état catastrophique du marché du K’sar, de Sahet Echouhada) et des alentours du K’sar, une délégation composée de cadres et d’intellectuels et représentants d’associations se rendra prochainement à Alger pour présenter, à la présidence du gouvernement et au chef d’Etat, un état des lieux de K’sar de Ouargla et un dossier portant plus de 70 signatures d’associations locales, dans le but d’attirer l’attention des autorités supérieures sur le calvaire qu’ils vivent depuis plus d’une décennie déjà. n