Plus de 13 ans après sa mise en application, le Dispositif d’aide à l’insertion professionnelle (DAIP) géré par l’Agence nationale de l’emploi (Anem) a eu peu d’effet sur l’emploi et l’absorption du chômage dans la région.

de Ouargla, Ghellab Chahinez
Selon les données de la direction de l’emploi, le nombre de contractuels du DAIP fixés dans les postes qu’ils occupent reste très modeste par rapport au total des jeunes disposant d’un contrat dans le cadre du DAIP estimés, selon les statistiques de la direction de l’emploi, à 4 962 contractuels. En effet, seuls 562 ont été titularisés dans le secteur administratif, aucun dans le secteur économique. Rappelons que le cadre du dispositif d’aide à l’insertion professionnelle DAIP a été institué par le décret exécutif n°08-126 du 19 avril 2008, appuyé par le Décret exécutif n° 19-336 du 8 décembre 2019 portant intégration de tous les bénéficiaires des dispositifs d’aide à l’insertion professionnelle et à l’insertion sociale des diplômés.
Dans le même contexte, environ 365 contractuels ont bénéficié de la titularisation durant l’année 2020, sur 691 contractuels concernés dans la première étape qui comprend les bénéficiaires ayant une activité effective de huit ans dans le poste occupé, soit un taux de titularisation de 52,82 %. L’opération est en cours et dépend de la disponibilité des postes budgétaires, selon la direction de l’emploi. La deuxième étape touchera les primo-demandeurs d’emploi disposant de 3 à 6 ans d’ancienneté.
Le nombre total des concernés par l’intégration est estimé, selon la même source, à environ 2 602 contractuels dont 298 ont déjà bénéficié de l’intégration dans des postes permanents, soit un taux de 11,45%. Dans le cadre de l’exécution de la circulaire interministérielle du 11 janvier 2017 relative à la sélection, l’emploi de la main-d’œuvre et la promotion de la formation par l’apprentissage dans le Sud, près de 2 430 inscrits ont été recrutés en 2020 du total des primo demandeurs d’emploi pour un nombre égal de postes déposés.

15 776 demandeurs d’emploi en 2020
Le bilan annuel dressé par la direction de l’emploi d’Ouargla révèle le nombre de chômeurs inscrits jusqu’au 31/12/2020, estimé à 15 776 demandeurs d’emploi dont 4 928 filles. Les diplômés de l’université sont les plus nombreux, 6 487 inscrits. Outre 5 369 diplômés de la formation professionnelle et 3 903 jeunes sans diplôme également inscrits au niveau des différentes agences locales de l’emploi.
Le taux de chômage dans la wilaya d’Ouargla est estimé, selon une approximation des responsables du secteur à 9,80%. Un taux plus élevé a été remis au ministère de l’Emploi par certains députés et cadres locaux en mettant en doute les chiffres de la direction de l’emploi d’Ouargla. Le taux de recrutement dans le cadre des mécanismes de soutien à l’emploi des jeunes ne dépasse pas 8 à 10%, et ce malgré le nombre considérable d’offres d’emploi, provenant quotidiennement des différentes entreprises publiques, privées et étrangères frôlant les 2 000 postes par an, révèle le rapport annuel de la direction de l’emploi.
Cnac et Anade
Dans le cadre des mécanismes d’aide et de soutien à l’emploi, le bilan d’activités de la Cnac et l’Anade (ex-Ansej) fait état de 628 dossiers déposés durant l’année écoulée (232 dossiers à l’Anade et 396 dossiers à la Cnac). Au total, 463 dossiers ont été retenus dont 296 à la Cnac, pas moins de 135 projets financés et 63 en cours d’activité. Selon le même bilan, ces projets ont créé près de 203 postes de travail.
Dans le cadre de l’Anade, 232 dossiers ont été déposés en 2020 dont 167 dossiers retenus et 42 financés, 25 projets sont en cours d’activité créant pas moins de 75 emplois. En 2020, le nombre de projets financés a augmenté de 93 par rapport à 2019 (57 dossiers), tandis que le nombre de dossiers déposés à largement baissé atteignant 396 dossiers face à 454 dossiers en 2019. Les causes, selon la direction de l’emploi, sont les mesures de confinement imposées par les pouvoirs publics pour lutter contre la Covid-19.
En ce qui concerne les projets financés en fonction du domaine, ils se sont concentrés dans un pourcentage plus élevé dans l’activité des services, avec 29 établissements qui ont créé 85 emplois, soit 28% du total des activités créées. Pour l’année 2020, 26 établissements spécialisés dans la construction ont été enregistrés en parallèle, avec 61 emplois créés, soit 25,24% pour les deux activités sur le total des activités de l’année 2020. Il est à noter que la tendance vers ces activités est plus forte que les autres activités. Selon la même source, pas moins de 122 sociétés étrangères multinationales s’activent sur le territoire de la wilaya. La majorité exercent dans le domaine des hydrocarbures et embauchent environ 2 122 employés étrangers de 68 nationalités. Environ 9 194 employés algériens travaillent dans ces sociétés, selon les données de la direction de l’emploi.
Absence de coordination entre les agences d’emploi et les organismes recruteurs
Le secteur de l’emploi notamment les agences locales sont confrontées à un certain nombre de problèmes qui ont eu un impact négatif sur le fonctionnement de l’institution, selon le rapport. Les agences ne correspondent pas aux tâches qui leur sont assignées en matière d’accueil et d’orientation des jeunes demandeurs d’emploi. On mentionne, entre autres, la fermeture fréquente des sièges des agences locales surtout lors de la publication des offres des grandes sociétés publiques, la violence et les menaces que subissent les responsables et fonctionnaires des bureaux d’emploi par les chômeurs, le manque de contrôle de la distribution des offres sur les communes, notamment le contrôle et l’activation sur le système Al wassit. Outre, le manque de communication avec les chômeurs et la non-prise en charge de leurs préoccupations, l’implication des associations étrangères au secteur dans les prérogatives de la direction de l’emploi ainsi que les conditions impossibles imposées aux demandeurs d’emploi locaux et qui est derrière le rejet de la majorité des bulletins d’embauche au niveau des organismes employeurs.
La direction de l’emploi évoque également l’absence de coordination entre les agences d’emploi et les organismes recruteurs en matière d’échange d’informations concernant la procédure de recrutement et d’installation des jeunes chômeurs. C’est d’ailleurs le problème qui épuise les demandeurs d’emploi, notamment ceux qui détiennent les bulletins d’embauche et ayant franchi avec succès l’étape des tests de recrutement mais qui, pour des raisons non connues, ont été renvoyés et rejetés de la liste.
Effectivement, cette procédure de recrutement portant sur la prise en charge de l’Etat de la rémunération mensuelle brut ainsi que les charges sociales des bénéficiaires du DAIP ont ouvert les portes à toute forme d’exploitation, puisque le contrat n’oblige en aucun cas les organismes employeurs à recruter ces jeunes, les recruteurs profitent donc des lacunes de cette procédure pour mettre fin au contrat initial et faire appel de nouveau à l’Anem pour engager de nouveaux primo travailleurs gratuitement. Afin de faire face à ces problèmes contraignant le fonctionnement du secteur, la direction de l’emploi suggère, en première étape, l’assainissement, à travers les agences locales, des listes des inscrits en tant que chômeurs, notamment les commerçants, les étudiants universitaires, les fonctionnaires, les bénéficiaires de l’ex-Ansej et de la Cnac et les stagiaires des centres de formation professionnelle. Outre l’établissement d’une liste spéciale pour l’inscription dans les offres concernant les grandes sociétés publiques, notamment l’ENSP, Enafor et ENTP, séparées des autres offres. Elle réclame aussi l’obligation des sociétés publiques à prendre en charge entièrement les stagiaires et les universitaires et leurs spécialités. Elle propose entre autres de créer un accord déterminant les normes et la manière de distribuer les offres d’emploi sur les communes de la wilaya d’Ouargla.
La direction de l’emploi propose également de ne pas déterminer une autorité unique au niveau de l’APC qui attribue les attestations de résidence. Ceci dans le but de maîtriser l’octroi de ce document qui facilite l’inscription à l’Anem.