Niché au cœur des palmeraies bordant la Route nationale 49, Chott Aïn Beïda, l’un des plus beaux lacs de la région, est dans un état dégradé. Ce site écologique demeure délaissé et sans entretien.

Depuis notre reportage publié en février 2017 sur l’état détérioré du lac Chott, rien n’a été fait depuis. Se trouvant malheureusement dans un état de dégradation avancé, ce milieu humide a besoin d’être entretenu afin de préserver son microclimat et sa biodiversité. Chott Aïn Beïda, c’est ce que l’on voit en premier à droite à l’entrée Est de la ville de Ouargla. Ce magnifique écrin naturel est bordé par la Route nationale 49, à 6 km de la ville d’Ouargla. Des flamands roses et des oiseaux de différentes espèces peuplant le bord de l’eau vous accueillent dès l’entrée de la ville. Ce grand plan d’eau s’étend vers les palmeraies de la localité du chott, divisé en deux par une piste goudronnée qui mène vers le lieudit Adjaja, l’extrémité de la localité du Chott. Le déversement des eaux usées était et demeure l’un des principaux facteurs de pollution du site, qui servait déjà depuis longtemps de dépotoir pour toutes sortes d’ordures. Réseau d’assainissement défaillant et incivisme ont fait de ce biotope un marécage boueux et nauséabond. Malgré sa beauté et sa biodiversité, ce lac est donc fortement menacé par l’effet anthropique. Le drainage urbain et la pollution du site sont des réelles menaces pour la flore et les oiseaux nicheurs du site. Certaines espèces qui prennent comme habitat la végétation qui entoure le chott sont devenues très rares au vu de la dégradation extrême de leur environnement. Représentée surtout par des halophytes et de plantes susceptibles de supporter la salure, cette prolifération est le refuge et la source alimentaire pour ces oiseaux qui migrent vers ces zones humides pour la reproduction où ils construisent leurs nids sur les rives sableuses et argileuses. Le déversement des eaux usées et les rejets des déchets énergétiques polluants ainsi que la destruction des nids représentent une réelle menace pour cette faune par l’appauvrissement du milieu en ressources alimentaires et les problèmes de toxicité qui peuvent en résulter. Les décharges éparpillées sur les rives devenant une source de maladies pour le peuplement d’oiseaux avoisinants.

On n’y peut rien !
Face à ces atteintes au site, la Direction de l’environnement se dit impuissante, ne disposant pas de moyens pour y faire face. La Directrice de l’environnement d’Ouargla, Mme Fatiha Bazine, dans un entretien avec Reporters, mardi dernier, a affirmé que sa direction est chargée seulement de l’inspection, la préservation et le contrôle des pollutions et nuisances. Elle a déclaré que ses services ont relevé plusieurs infractions qui témoignent de négligences à l’égard du site. Mais faute de moyens humains, financiers et d’équipements, elle ne peut intervenir sur terrain. Pour cette responsable, la direction est impuissante face à l’incivisme du citoyen, premier responsable, selon elle, de la détérioration de ce milieu naturel. Elle affirme également que des rapports de constat sont transmis régulièrement aux wali, chef de daïra, au P/APC et aux parties concernées. Plusieurs plaintes ont été également déposées, dit-elle, mais souvent contre X, puisque les responsables des infractions n’ont jamais été identifiés. « Les citoyens choisissent le temps en dehors des heures de travail pour déverser leurs déchets. Et comme la police urbaine n’existe pas, on ne peut identifier ni poursuivre les coupables », a-t-elle lancé. Une étude est actuellement menée par la Direction de l’hydraulique pour la réhabilitation du lac, a-t-elle ajouté. « Nous ne disposons pas de moyens pour intervenir », s’est justifiée la responsable de l’environnement, qui ajoute : « Nos inspecteurs travaillent sur terrain pour constater tout comportement attentatoire à l’environnement et tout type d’infraction aux lois et règlements relatifs à la protection de l’environnement. Actuellement, nous disposons seulement d’une seule inspectrice qui assure cette tâche », a indiqué la directrice.

Constat amer
Sur les lieux, des ordures, des pneus et des huiles de vidange envahissent le pourtour du lac ainsi que des odeurs nauséabondes, semblables à des remontées d’égout se dégagent des canaux, polluent l’atmosphère et rendent le passage très désagréable. Ces eaux, souvent acheminées via des canaux à ciel ouvert qui traversent la zone vers la station d’épuration, sont jetées ensuite dans les lacs, notamment le Chott Aïn Beïda et Lac Oum Raneb (commune de Sidi Khouiled). La couleur des eaux et les fortes mauvaises odeurs qui s’y dégagent prouvent que les rejets ne sont pas traités ni propres. La responsable de l’environnement, en réponse à cette question, affirme que les eaux déversées dans ces plans d’eau sont épurées au niveau des stations de traitement avant tout rejet. Ce lac, entouré de longs roseaux et d’herbes hautes qui voguent sur l’eau, s’étend sur une superficie dépassant les 6 800 hectares, sa surface a été nettement réduite suite au pillage anarchique d’une grande partie du lac.

Richesse et Réhabilitation
Dans le chott Aïn Beïda, le flamand rose est sans doute l’espèce la plus facilement observable. Il est l’un des plus beaux oiseaux que nous puissions voir dans ce milieu humide. Avec son plumage flamboyant et sa longue et élégante silhouette, il nage majestueusement pendant des heures dans l’étang. Les peuplements sont aussi dominés par le beau butor étoilé qui se raréfie, selon les spécialistes en ornithologie, vu la dégradation du milieu de vie. Les alentours du lac bénéficient d’une faune et d’une flore très riche et très diversifiée. Les dernières statistiques des ornithologistes font état de plus de 10 935 oiseaux migrateurs recensés à travers les 10 zones humides, classées et non classées dont dispose la wilaya d’Ouargla. Les autorités locales, face à l’importance que revêt cet écrin naturel, ont consacré, depuis des années, d’énormes sommes d’argent pour la réhabilitation de ce site. En 2015, une enveloppe de 4 millions de dinars, a été attribuée dans le cadre d’un budget supplémentaire pour la réhabilitation du chott Aïn Beïda, mais jusqu’en 2016, rien n’a été concrètement fait. Le dossier de la réhabilitation du chott Aïn Beïda a été transféré en novembre 2016 du secteur du tourisme vers le secteur de l’hydraulique, dans le but de restituer ce milieu aquatique de prédilection pour les milliers d’oiseaux hivernants migrateurs. A ce jour, l’étude du dossier stagne et on ignore encore les causes. « Une nouvelle étude est actuellement en cours », révèle la directrice de l’environnement. Plusieurs études menées par des spécialistes à l’université Kasdi-Merbah d’Ouargla et d’Alger ont prouvé que les richesses de ce chott en sels permettent de créer des unités de production qui peuvent avoir un impact socio-économique très positif dans la région par l’extraction des différents types de sels tel que les sulfates, le lithium, le potassium et l’halite, le magnésium, le sodium. La formation du lithium et des minéralisations d’uranium a été confirmée par des études menées en 2011 et 2012. Désignée officiellement comme zone humide d’importance internationale par le site Ramstar, en décembre 2004, ce milieu naturel n’a réellement jamais été protégé ni entretenu. Nonobstant l’importance bioécologique que représente ce dernier, il a été pendant longtemps considéré comme zone exutoire des eaux usées charriées à travers les réseaux d’assainissement. Le lieu a également été utilisé comme décharge publique où des tonnes d’ordures ménagères et des débris de construction sont déversés tous les jours. Pire encore, les déchets et résidus de l’ONA et de Cosider sont souvent déversés dans ce site. Cosider a déjà fait l’objet d’une plainte par la direction de l’environnement, affirme Fatiha Bazine.
Pour l’ONA, et lors d’une tournée sur les lieux, un camion-citerne, appartenant à cette entreprise a été surpris dernièrement alors qu’il vidait le contenu de son réservoir sur le chemin traversant le lac à l’entrée même d’une palmeraie. En l’absence d’une réelle action sur terrain, les violations s’accentuent.