L’écrire en latin, en arabe ou en tifinagh, l’essentiel est bien d’enseigner la langue amazighe à la nouvelle génération et préserver cet élément fondamental de notre identité nationale, estime d’emblée Mohamed Khaled Fertouni, psychologue de formation et chercheur en patrimoine traditionnel et culturel local, notamment en linguistique amazighe.

L’officialisation de la langue amazighe a relancé la discussion sur l’alphabet qui « conviendrait » à cette langue. Entre ceux qui réclament la transcription de tamazight en caractères arabes, ceux qui tentent d’étayer leur position pour l’utilisation du latin et ceux qui défendent le choix exclusif de tifinagh, le débat s’intensifie sur l’alphabet à adopter et à officialiser pour l’écriture de la langue.
Certains chercheurs affirment que tamazight s’est écrit, depuis des siècles, en alphabet arabe ou latin et que seuls les Touareg ont utilisé l’alphabet tifinagh pour écrire leur langue maternelle, reconnue comme langue nationale au Mali et au Niger.
En raison de l’absence de statistiques récentes et fiables, on estime le nombre de berbérophones à environ 10 millions, soit un tiers de la population algérienne totale (en 2013). Certaines associations parlent de 25 à 30% de la population qui sont concentrés dans cinq grandes régions. Ces locuteurs recourent à un usage strictement oral, à l’exception du tifinagh traditionnel,  utilisé encore par les Touareg. Ces dialectes, bien que vecteurs d’une tradition vivace et très ancienne, n’ont été soumis que dernièrement à des tentatives de codification et d’uniformisation avec un objectif fixé, à terme, celui de parvenir à une langue commune et unifiée, l’amazigh standard. Les variantes sont des langues dérivées du « berbère ancien ». On compte actuellement 23 dialectes (certains évoquent 14 variantes), qui partagent les règles linguistiques et les règles amazighes.

« Awal Nna »
C’est une nouvelle édition qui vient renforcer et accompagner les efforts de promotion de tamazight et de préservation de ce patrimoine culturel national commun. Un livre, intitulé «Awal-Nna» (notre langue), est la deuxième publication de l’auteur ouargli, Khaled Ahmed Fertouni, édité en 2017 en taguergrant (variante amazighe de la région de Ouargla), destinée aux premières classes, notamment aux cours d’initiation à la langue. Composé de 32 pages de moyen format, c’est un livre illustré qui comprend  l’alphabet amazigh, étayé d’images et de dessins explicatifs en tifinagh, en caractères latins et en arabes pour  faciliter et aider  l’apprenant à s’initier à la lecture et à la vocalisation. « J’ai écrit ce livre dans le but d’inculquer aux enfants la langue locale. J’ai constaté un recul de cette variante qui risque de disparaître avec la disparition de nos grands-parents. J’ai donc ciblé la nouvelle génération pour répandre le taguergrant », a souligné l’interlocuteur. M. Fertouni est aussi le concepteur du premier dictionnaire de taguergrant, publié en 2016 en latin, arabe et tifiragh.
Passionné par la langue amazighe, allant d’une simple conversation avec sa grand-mère à une véritable chasse aux mots dans son entourage, proche et lointain, qui lui a permis d’enrichir son vocabulaire en atteignant plus de 2 000 mots, attestés dans sa région natale à travers une comparaison entre les variantes mozabite et chaouie. Le dictionnaire de 156 pages comprend environ 2 000 mots amazighs de la variante dialectale locale. Il comporte également des règles de lecture, de la transcription de tamazight en caractères latins, quelques règles syntaxiques, des pronoms, de la ponctuation et des notions linguistiques.
Ce dictionnariste s’est efforcé de revivifier de nombreux termes disparus et d’autres en voie de disparition de l’usage communicatif, en vue de leur restauration et utilisation dans le quotidien des Ouarglis. Ses efforts se sont orientés également vers l’établissement d’une approche linguistique comparative entre les différents dialectes amazigh,  taguergrant, chaoui, mozabite, zénète et kabyle. Partant de cette étude linguistique diachronique, il a tenté également d’apporter une approche des autres variantes amazighes maghrébines. Les « dialectes berbères » sont pratiquement les mêmes.  Les règles de la conjugaison et de la grammaire sont aussi identiques, mais la différence est dans la prononciation, le son et la façon de parler, a expliqué ce dernier. La variante taguergrant se diffère des autres dialectes dans le pluriel et la pluralité, par l’utilisation de « id ». Ceci caractérise la variante locale des autres variantes sinon elles se ressemblent toutes. Toutefois, à ses yeux, l’alphabet latin dans l’écriture de tamazight reste la meilleure codification qui permet l’apprentissage de la langue facilement et rapidement, indique M. Fartouni. Cet alphabet, selon lui, utilise une transcription phonétique simplifiée,  permettant à chacun d’apprendre et à prononcer tamazight seul sans appui. Il ajoute ensuite que  les caractères latins ont toujours existé chez nous et partout dans le monde. Le plus important est donc de maintenir la langue et de l’inculquer au plus grand nombre afin de préserver son usage, quels que soient les alphabets. « Si nous utilisons les lettres  de l’alphabet tifinagh, nous allons perdre du temps à enseigner aux enfants de nouveaux symboles et codes et ceci nécessite un vrai travail académique», dit-il. Pour ce jeune chercheur, les lettres arabes ou latines suffisent pour écrire la langue amazighe et l’exploiter. Et pourtant, cette question de l’alphabet continue d’être l’axe des plus grands débats relatifs à l’enseignement de tamazight, a-t-il souligné.