Après différentes expériences réussies, menées dans le but de développer la filière agroalimentaire dans la wilaya d’Ouargla, l’Institut technique de développement de l’agronomie saharienne (ITDAS) adopte plusieurs variétés de plantes à forte rendement dans l’objectif de développer le revenu des exploitations agricoles, ainsi que l’activité économique des zones rurales, mais surtout satisfaire le marché national et réduire la facture des importations qui épuise les réserves en devise.

Après les cultures du quinoa, du moringa et du jojoba, l’ITDAS, situé dans la zone agricole de Hassi Benabdallah (20 km du chef-lieu de wilaya), se lance dans l’introduction de nouvelles cultures stratégiques adaptables au climat et au sol de la région et destinées à la transformation comme le colza.
Ce qui ouvre de nouvelles opportunités à l’investissement agricole au niveau de la région qui recèle d’importantes ressources hydriques et d’immenses superficies de terre, susceptibles de donner un nouvel essor au secteur de l’agriculture, partenaire privilégié pour l’agroalimentaire, a indiqué la Directrice de la ferme de démonstration et d’expérimentation des semences d’Ouargla, « El Barhana », Mme Wafa Moussi, dans un entretien avec Reporters.
Le colza, adaptable
au Sahara
Avec le colza, c’est une nouvelle culture qui s’installe bel et bien dans le sol de la région d’Ouargla. Les premiers essais menés par les cadres de la ferme d’El-Barhana sont suffisamment probants et ont prouvé l’excellente adaptation de cette plante au climat et aux conditions environnementales du Sud. Une campagne de sensibilisation est en cours dans le but d’étendre l’aire de culture de cette plante au niveau régional, explique Mme Moussi. Elle précise que cette initiative entre dans le cadre d’un programme ministériel visant le développement des cultures industrielles stratégiques, à forte rentabilité, dans le but de réduire les charges de l’importation.
Le colza, qui se sème en automne à partir d’octobre, et dont les plantules ont déjà fait leur apparition au niveau de la pépinière pilote, semble bien s’adapter aux contraintes climatiques et environnementales de la région. La phase actuelle consiste à encourager la culture de cette plante oléagineuse sur notre territoire, en raison de sa bonne adaptation au milieu aride, prouvée lors des premiers essais entrepris en 2019, a fait savoir la Directrice de la ferme « El Barhana ».
Les graines de colza sont caractérisées par leur grande richesse en huile, elle est donc une source importante de lipides, souligne Mme Moussi, justifiant le choix de cette plante par l’Institut technologique des grandes cultures (ITGC). Dans le même contexte, Barghouti Farouk, ingénieur en agronomie à la ferme El-Barhana et spécialiste en plantes fourragères, affirme que les résultats obtenus durant la saison dernière, lors des essais préliminaires de plantation, sont, très encourageants. Cette expérience, dit-il, s’inscrit dans le cadre des efforts déployés par l’Etat pour l’amélioration et le développement des cultures industrielles stratégiques sur le sol du Sud dans le but d’alimenter en matières premières des industries de transformations agricoles, notamment les plantes oléagineuses, comme le colza.
« Pour exécuter le programme du gouvernement, on a mis en place des champs d’illustration au niveau de la ferme El-Barhana, dont la culture du colza. La culture de cette espèce a déjà été testée et les résultats obtenus sont excellents. Cette année, le projet est relancé suite à un programme du gouvernement visant à encourager et développer les cultures industrielles qui seront par la suite transformés en industrie, notamment le caroubier, la betterave sucrière, utilisée principalement pour la production de sucre, mais aussi les cultures céréalières comme le triticale et les fourragères comme le panicum dont les essais sont en cours et dont les résultats enregistrés jusqu’ici s’avèrent très motivants », a ajouté l’ingénieur.
La gérante de la ferme a également souligné que ces nouveaux végétaux ont été introduits après la réussite des expériences de plantation du quinoa, du moringa et du jojoba qui ont prouvé l’adaptation de ces dernières aux conditions climatiques locales.
Un potentiel agricole inexploité à remettre en valeur
Les cultures destinées à l’industrie de transformation des produits agricoles sont devenues une priorité pour le gouvernement, qui a dressé une collection de plantes stratégiques pouvant être exploitées au niveau économique, notamment les cultures industrielles des huiles et du sucre pour arrêter l’importation de ces produits et encourager la production locale, ajoute Mme Moussi.
Le président Abdelmadjid Teboune, avait, rappelons-le, ordonné en juin dernier l’interdiction totale de l’importation des produits agricoles pendant la saison de cueillette afin de protéger la production nationale. Une démarche d’encouragement aux agriculteurs afin de les inciter à se lancer dans les industries de transformation agricole dans le but de réduire la facture des importations, notamment en cette conjoncture économique et financière fortement détériorée suite à la crise sanitaire mondiale. L’Algérie dispose de 2,5 millions d’hectares susceptibles d’être consacrés à la culture du colza, a indiqué Mohamed El-Hadi Sakhri, Directeur général l’ITGC, le 1er octobre, lors d’une séance de sensibilisation à la culture du colza au profit des agriculteurs de la wilaya de Souk Ahras. L’ITGC à travers ce programme escompte faire économiser au pays les charges d’importations annuelles d’huiles alimentaires et de tourteaux, qui s’élèvent, selon les estimations du ministère, à 1,3 milliard de dollars, avait-il souligné.
Selon ce dernier, l’ITGC dispose de quantités importantes de semences de colza, issues des expériences de culture de cette dernière, effectuées en 2008 et 2017. La culture de cette plante, destinée à produire de l’huile, de l’engrais bio et du biocarburant, est simple à cultiver et peu coûteuse, avait-il indiqué.
Il a affirmé que l’Algérie a déployé d’énormes moyens, afin de cultiver du colza sur 500 000 ha dans les quatre prochaines années. Le responsable de l’ITGC précise dans le même contexte que la première phase de ce programme sera réservée à la multiplication des semences sur 1 000 ha en prévision des prochaines saisons, expliquant que chaque hectare permettra d’obtenir 10 q de semences et dont chaque quintal permettra à son tour de cultiver 20 ha. Afin de rassurer les investisseurs, ce dernier affirme que les agriculteurs voulant se lancer dans la production du colza bénéficieront d’un suivi technique qui sera assuré par l’ITGC durant toutes les phases de culture.
Le colza, culture simplissime et grand rendement
Le colza est largement cultivé pour la production d’huile et d’agrocarburant (biocarburant) caractérisé par son adaptation à un climat sec et à un sol salé. Cette espèce végétale se sème à l’automne et la collecte des graines aura lieu cinq mois après la plantation. En avril, les champs de colza se recouvrent d’une multitude de petites fleurs jaunes très odorantes. La récolte du colza se fait généralement en juillet, explique l’ingénieur. Il est cultivé surtout pour ses graines, riches en huile précieuse de bonne qualité nutritive (environ 50% d’acides gras insaturés). Elles font l’objet d’utilisation comme alimentation pour les hommes comme pour les animaux, en phytothérapie ou encore comme source d’énergie renouvelable (biocarburant), poursuit-il.
Les tourteaux de colza ou la partie restante de la graine après l’extraction de l’huile, appelé tourteau, riche en protéine, est un excellent aliment pour les animaux d’élevage, notamment les bovins, ce qui rend cette plante plus attractive, dit l’interlocuteur.
Selon les données fournies, une graine de colza se compose de 43% de matières grasses environ, 19% de protéines, 9% de cellulose, 4% de minéraux et 3% d’amidon en plus de l’eau et d’autres matières. Tandis que l’huile de colza extraite contient entre 8 et 9 % d’acide aphalinoleniques (oméga3), 22% d’acide linoléique (omega6), 58% d’acide oléique et 6% d’acide palmitique. Pas moins de 20 000 ha sont mis à la disposition des investisseurs dans la wilaya d’Ouargla. La priorité est donnée, selon le ministère de l’Agriculture, aux cultures ayant un impact prépondérant sur la substitution des importations.
Ceci entre dans le cadre de la mise en œuvre d’un programme prioritaire pour le développement des filières stratégiques dans le Sud et l’extrême Sud du pays, notamment la culture du maïs, de la betterave sucrière et des cultures oléagineuses. n