L’Etablissement public hospitalier d’Ouargla s’est doté d’un nouvel appareil scanner, alors que l’hôpital de la wilaya déléguée de Touggourt a bénéficié en même temps d’une opération de réparation de leur appareil de tomodensitométrie, en panne depuis plusieurs années.

Après la vague d’indignation, ces dernières semaines, contre les autorités locales et la Direction de la santé d’Ouargla, l’EPH Mohamed-Boudiaf se dote d’un nouveau scanner. L’appareil de marque Toshiba Aquilion multi-coupes (16 et 32 CT) a été réceptionné lundi 11 mai et sera opérationnel d’ici une semaine, selon les déclarations du wali d’Ouargla. C’est le deuxième scanner après celui du centre de lutte contre le cancer (CAC), qui a servi jusqu’à maintenant, au dépistage du Covid-19 à Ouargla. Dans le même contexte, l’hôpital Slimane-Amirat de Touggourt (160 km au nord d’Ouargla) a bénéficié, mardi, après la réception d’un générateur à rayon x, cause de la panne, d’une opération de réparation du seul scanner dont il dispose et qui était à l’arrêt depuis plusieurs années. Il rentrera en service les jours à venir, affirme le wali d’Ouargla dans une déclaration aux médias.
Dans l’impossibilité de se faire dépister à l’EPH Mohamed-Boudiaf d’Ouargla par manque de moyens de diagnostic et l’absence d’appareil de scanner, les habitants étaient obligés de payer de leur poche les frais de dépistage.
Le seul scanner en service est celui du Centre anti-cancer (CAC), un appareil de traçage sophistiqué pour les cancéreux, utilisé également dans la recherche du virus Covid-19 pour les patients suspectés. Pour éviter la contamination des malades atteints du cancer, les citoyens étaient donc orientés vers la seule clinique privée qui proposait ce service, mais à quel prix ? 10 000 DA le test. Quand il s’agit d’une famille suspectée, le prix double, voire triple. Le recours au privé ne concernait pas la majorité des gens qui n’avaient pas les moyens de payer ces examens et qui s’abstiendront de se faire dépister. Devant cette situation, les habitants ont manifesté leur colère et leur désarroi sur les réseaux sociaux. Les citoyens contaminés et leurs familles se sont retrouvés livrés à eux-mêmes sans la moindre prise en charge ni par l’hôpital ni par les autorités locales. Des appels ont été largement lancés sur la toile pour porter aide et assistance aux personnes et familles contaminées, en les aidant à payer les tarifs du scanner.
Le député de la wilaya de Djelfa, Tahar Chaoui, a adressé, le 3 mai, une lettre au ministre de la Santé sollicitant son intervention urgente afin de résoudre les problèmes liés au manque de moyens de dépistage du Covid-19 dans les hôpitaux d’Ouargla et de la wilaya déléguée de Touggourt. Cette action provenant d’un député non-local a provoqué un très vif mécontentement populaire.
Les autorités sont intervenues après les déclarations du Dr. Salim Abadou, médecin généraliste et président de la Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche, membre chargé de la formation au bureau de wilaya de l’Union nationale des journalistes et des professionnels de l’information, sur la mauvaise gestion de la crise épidémiologique par les responsables locaux de la santé.
La mauvaise gestion de la situation et la hausse des personnes contaminées et décédées par le Covid-19 avaient poussé ce médecin à sortir de son silence à travers Facebook, accusant le directeur de la santé de mauvaise gestion et de minimiser les données concernant les cas du coronavirus.
Suite à ses déclarations, une plainte a été déposée contre lui par le directeur de la santé d’Ouargla pour ce qu’il considère comme insultes et diffamation. Il a ainsi été auditionné par les services de sécurité, dimanche dernier, mais on a appris, mardi, que le directeur de la santé a retiré sa plainte.
Une gestion de crise décriée La direction de la santé s’est retrouvée, depuis le début de la crise sanitaire, seule confrontée à des problèmes liés au manque de moyens de dépistage, de protection et de capacités de réanimation.
L’hôpital d’Ouargla a souffert d’abord du manque de kits de prélèvements et des réactifs au début de l’épidémie rendant impossible tout test de dépistage du Covid-19. Un quota de 30 kits seulement pour plus de 600 000 habitants a été attribué à l’hôpital Mohamed-Boudiaf, ce qui a rendu impossible d’effectuer les tests et de découvrir les personnes atteintes et donc de freiner la propagation de l’épidémie. Les chiffres du nombre des cas déclarés les premières semaines de l’épidémie, par la direction de la Santé, appuyés par des déclarations rassurantes ont fait par ailleurs croire aux habitants de la wilaya d’Ouargla à l’inexistence du virus sur leur territoire. Conséquence, aucun respect des consignes et mesures de sécurité imposées dans cette conjoncture pandémique conduisant à une hausse flagrante des cas positifs de Covid-19 (+ 150) et de décès (+12). Selon les données du wali d’Ouargla, dans une conférence de presse en avril dernier, la wilaya d’Ouargla dispose uniquement de 8 lits de réanimation : 4 lits dans le chef-lieu de wilaya, 2 à Hassi Messaoud et 2 autres à Touggourt. Le nombre de patients contaminés par le Covid-19 dépasse, selon le dernier bilan officiel, les 150 cas. Un taux dépassant les capacités d’accueil du nouveau service des urgences de l’EPH Mohamed-Boudiaf, aménagé pour accueillir les malades de Covid19 dont la capacité ne dépasse pas les 30 lits (4 lits de réanimation). Le reste des malades est réparti sur le service ORL (environ 15 lits) et le service pédiatrique (environ 18 lits) de la même structure.n