A quelques jours de l’Aïd El Adha, les habitants de Ouargla sont effrayés à l’idée de se retrouver sans eau le jour du sacrifice. Après un été sec, ils ne croient plus aux promesses des responsables.

Nonobstant le plan d’urgence mis en place en janvier dernier par le ministère des Ressources en eau pour améliorer l’alimentation en eau potable distribuée à la population et de réduire sa salinité, rien n’a changé. Non seulement les robinets sont restés à sec durant cet été dans la plupart des quartiers de la wilaya, pire encore, l’eau distribuée est trop salée et trop sale. A quelques jours de l’Aïd, plusieurs avis de coupures d’eau ont été postés sur la page officielle de l’ADE Ouargla, concernant la plupart des quartiers populaires, à savoir le quartier des Khmegna, cités des 460 et 300 logements et environs, ainsi que la zone d’activités de Ziyayna. La cause est une panne de la pompe-forage. Sans oublier les quartiers de Boughoufala, la Celisse, Souk Sebt, Chorfa, Sidi Abdelkader, village du Som, Baâmeur et Bamendil, qui souffrent et depuis des mois des coupures d’eau quotidiennes allant dans quelques lieux jusqu’à plusieurs semaines.

A l’origine de la crise, la vétusté des forages et les travaux d’assainissement qui trainent

En plus de l’augmentation de la consommation, le directeur par intérim de l’ADE Ouargla, Djamel Maarif, dans un entretien avec «Reporters», a justifié les coupures d’eau dans la wilaya d’Ouargla, alimentée en eau potable exclusivement à partir des nappes aquifères (trois albiennes), par la vétusté des forages et les travaux de Cosider. Certains forages datent, selon lui, des années quarante comme celui de la cité Bahmid. Parmi les 34 forages dont dispose la wilaya, les plus récents ont été conçus durant les années 1990. Une opération menée par les services de l’hydraulique est en cours pour le renouvellement des châteaux-d’eau. On a déjà implanté un nouveau dans la cité des 460 logements, un autre au niveau de l’ancienne gare routière. Trois sont prévus à La Casbah (le ksar), à Hassi Miloud et un dans le quartier populaire Boughoufala, l’opération continue, informe-t-il. Ce responsable a évoqué également les coupures d’eau imposées par les travaux de réhabilitation des réseaux d’assainissement de Cosider, implantés surtout, et depuis l’automne dernier, au niveau du quartier Boughoufala jusqu’à Souk Sebt. Pourtant, de tels travaux, et qui avancent à pas de tortue, ne peuvent justifier des coupures qui s’étalent sur plusieurs jours et durant plusieurs mois, s’interrogent les habitants. Autre difficulté signalée par le directeur intérimaire, sur 100% d’eau traitée dans chacune des stations, 70% seulement est potable, les 30% sont rejetées en tant que déchets. C’est cette perte importante qui est la cause de la faiblesse et de la réduction du débit d’eau distribuée au consommateur. Pour combler ce déficit, dit-il, il faut construire de nouveaux forages. La quantité déminéralisée, au regard du nombre croissant de la population, reste très insuffisante pour alimenter la totalité des clients, notamment ceux des grands et populeux quartiers de Mekhadma, Gherbouz, Sidi Abdelkader, Cité des 400 Logements, Saïd Otba et Bamendil. Le problème, dit-il, se situe au niveau des trois stations de déminéralisation en service depuis 2016. Effectivement, un autre cadre de l’Algérienne des eaux, Mohamed Louzi, avait expliqué à «Reporters» dans un entretien, l’an dernier, que les stations de Gharbouz, Aïn El Kheir et d’Ifri-Gara ont été conçues à l’origine pour la population existante à l’époque, qui n’a pas pris en considération l’évolution démographique. Depuis quelques années, avait-il rappelé, et durant la réalisation des stations, « la population a triplé ». Le problème est donc plus compliqué et nécessite de nouvelles études qui consistent en la création de nouveaux forages et de nouveaux réseaux d’alimentation en prenant en considération le nombre de la population réelle et l’expansion de l’agglomération, expliquait-il.

A rappeler que l’an dernier, et afin de faire face à la crise de l’eau, qui avait donné lieu à de violentes protestations en mai 2017, le wali de Ouargla, Abdelkader Djalloui, avait pris la décision de désactiver «temporairement» les trois stations de déminéralisation «en service» et d’alimenter les foyers directement des forages (sans passer par la déminéralisation). L’eau est donc traitée par analyses microbiologiques et par désinfection à l’aide de produits chlorés. Les stations désactivées, qui devaient faire l’objet d’une nouvelle étude, ne sont toujours pas fonctionnelles.

Grand investissement et projet dans l’air

Une tension qui persiste malgré les investissements consentis pour éviter les problèmes vécus ces derniers mois. En effet, 600 milliards de centimes ont été consommés pour la réalisation de 10 stations de déminéralisation dont 9 dans la wilaya de Ouargla, implantées au niveau des complexes hydrauliques et réparties sur les quartiers de Gherbouz, Mekhadma, Aïn El Kheir, Hay Bouzid, Ifri-Gara, Zyayna, El Khafdji, Bamendil et El Hdeb, et une autre à Touggourt. Sur les 9 stations, 3 seulement, ont été mises en service à la fin de l’année 2016 et désactivées en mai 2017.  Les stations sont à l’arrêt depuis leur réalisation à ce jour. Des questions sur l’échec du projet qui ne répond pas aux normes ni aux attentes avant sa mise en service et sur l’argent dérobé tourmentent les habitants d’Ouargla mais qui restent sans réponses.

Ces stations devaient normalement assurer une production globale de 52 875 m3/jour d’eau à faible salinité, explique un responsable du secteur. Mais elles ne sont pas toutes fonctionnelles pour des raisons inexpliquées.