Entre mauvaise gestion de la crise pandémique et l’insouciance des citoyens, la situation dans la wilaya d’Ouargla empire jour après jour. Le dernier bilan, publié par le ministère de la Santé le 25 mai, fait état de 18 morts et plus de 220 cas confirmés à Ouargla.

Ce chiffre ne reflète pas le nombre des cas réels puisque beaucoup n’ont pas été dépistés. La situation s’est aggravée dans la wilaya d’Ouargla et ses environs avec l’enregistrement d’une accélération alarmante de la propagation du virus Covid19. La wilaya a été classée, lundi, en deuxième position après Alger avec 35 nouveaux cas confirmés, enregistrés les 24 et 25 mai 2020. Les raisons de cette hausse alarmante sont multiples et la responsabilité est collective. Mauvaise gestion de la crise, manque de moyens de dépistage et de prise en charge des personnes atteintes et celles suspectées, absence de sensibilisation citoyenne au niveau local et d’autres causes qui ont fortement contribué à la propagation du Coronavirus.
Surcharge !
Alors que le nombre des cas de la Covid19 approche des 250 dans la wilaya d’Ouargla et ses environs, la gestion anarchique de la situation épidémiologique au niveau local règne et risque d’emporter la région vers une catastrophe sanitaire qui peut échapper à tout contrôle. Le nombre des cas atteints a dépassé largement la capacité d’accueil du nouveau service des urgences, aménagé pour recevoir les malades de la Covid-19. Ce service implanté au niveau de l’EPH Mohamed-Boudiaf n’est pas encore mis en exploitation et dispose d’une capacité de 25 lits environ. Le Directeur de l’hôpital d’Ouargla a décidé donc de répartir les malades sur les autres services hospitaliers de l’établissement. Une démarche imprudente et dangereuse, selon beaucoup de médecins et de paramédicaux. Les conséquences de cette décision n’ont pas tardé à se manifester. Les malades ont été transférés d’abord vers le service ORL, puis le service chirurgie pédiatrique et celui de pédiatrie. Quelques jours après, plusieurs personnes atteintes de la Covid-19 ont été découverts dans le service médecine femme, service d’hémodialyse et d’autres. Les malades qui se trouvaient dans les services de chirurgie pédiatrique et chirurgie femmes ont été rassemblés dans le même service tandis que les patients admis dans les services ORL, médecine femme et service de la pédiatrie ont été placés dans le service des maladies pulmonaires. Avec l’augmentation des cas, les responsables comptent vider d’autres services pour y placer les malades. Une procédure risquée selon certains, rendant le milieu hospitalier zone à risque de contamination. En plus que les citoyens en cas de maladie ou d’incident ne peuvent plus se rendre à l’hôpital pour manque de moyens de prise en charge. Des médecins avec qui on s’est entretenus s’interrogent sur le sort des malades hospitalisés notamment les malades des services de chirurgie.
Certains ont été forcés de rentrer chez eux avant d’être rétablis. Le Docteur Mohammedi Fouad, infectiologue et chef de service d’épidémiologie, a exprimé sa colère et ses craintes concernant la gestion de la situation épidémiologique de la Covid-19. Selon ce dernier, mis à l’écart par les responsables du secteur au niveau local, l’erreur a été commise au début de la pandémie. « J’ai été le premier à m’opposer à cette mesure », dit-il. « Au début de l’épidémie et lors d’une réunion avec le DSP, en mars dernier, lorsque les cas étaient minimes, j’ai proposé de choisir une structure indépendante qui serait uniquement destinée à la prise en charge des cas positifs au coronavirus et une deuxième structure pour accueillir les personnes suspectées, durant la période d’isolement, qui s’étale sur 14 jours, en leur assurant toutes les conditions nécessaires.
Puisqu’on était certains que les proches et ceux qui étaient en contact avec les cas positifs n’allaient pas respecter les mesures d’isolement. C’est d’ailleurs une des causes de la propagation du virus à Ouargla », a-t-il déclaré. « Lorsqu’on confie la gestion d’une crise sanitaire à des administratifs et non à des médecins, on s’attend à ce genre de conséquences», a-t-il fulminé ajoutant qu’il était au départ « nécessaire d’intensifier les campagnes de sensibilisation et les émissions interactives, dont avait besoin la population ». « Au début de la crise et dès l’apparition des premiers cas suspects, le service d’épidémiologie avait dressé un programme intensif sur terrain et à travers les ondes de la radio locale pour sensibiliser et informer la population sur le virus et les moyens et les mesures de protection afin de freiner la propagation de ce virus, l’ex-DSP, mis à la retraite à la fin de la semaine dernière, a donné des instructions pour m’interdire de parler du coronavirus et de la situation épidémiologique de la région.
Les émissions prévues sur la radio locale ont été donc suspendues et je me suis retrouvé blacklisté. » « Le service d’épidémiologie et la médecine préventive dont l’équipe d’enquêteurs et d’investigateurs d’épidémiologie, et dans cette conjoncture difficile, n’ont bénéficié d’aucun soutien de la part des autorités locales. Même pas une simple visite du DSP ou du wali, durant toute la période de crise », s’est-il désolé. En attendant l’installation du nouveau Directeur de la DSP d’Ouargla, la situation qui règne reste grave et alarmante. n