Nos agriculteurs utilisent-ils trop de pesticides ? A résumer rapidement les interventions du 1er séminaire maghrébin sur l’eau et l’environnement dans les zones arides, on est tenté de répondre par l’affirmative.  Cette rencontre scientifique qui s’est déroulée à l’université Kasdi Merbah à Ouargla, mardi et mercredi derniers, a permis, en effet, de relever que de plus en plus de travailleurs de la  terre  ont massivement recours aux produits phytosanitaires pour leurs besoins de rentabilité, mais sans se préoccuper de leur impact néfaste sur la biodiversité.

Ce phénomène a été particulièrement mis en avant par Nabiha Aloui, doctorante et chercheuse à l’université Kasdi Merbah, selon laquelle les pesticides sont utilisés en quantités considérables dans l’agriculture intensive dans tout le pays. Et que des traces de résidus de pesticides sont désormais détectées partout, dans l’eau, dans l’air et dans l’environnement, longtemps après leur utilisation.
Le travail de Mme Aloui a cependant porté tout particulièrement sur le territoire d’Ouargla et a concerné deux zones agricoles désignées par la direction saharienne de l’agriculture DSA, a expliqué la chercheuse. Ces zones sont celles de Ramtha, nouvellement créée à 40 km  au sud-ouest du chef-lieu de wilaya, et d’El Hadjira, daïra située à 80 km.
« Selon les données collectées à travers des questionnaires, des interviews et des visites sur le terrain, on observe que les agriculteurs dans ces deux zones agricoles  utilisent excessivement et d’une façon non sécurisante, abusive et aléatoire des produits phytosanitaires, dans leurs champs»,  constate Nabiha Aloui. Elle affirme que cette utilisation massive de pesticides n’est pas sans effet sur la santé du consommateur. Selon  elle,  les pesticides sont tellement utilisés qu’ils sont présents dans tous nos aliments, « la majorité des fruits et des légumes en contiennent », a-t-elle souligné.
Ces produits toxiques, a-t-elle poursuivi,  finissent dans nos organismes, apportés également par l’eau : « Nos organismes hébergent ainsi des centaines de molécules toxiques dont de très nombreux pesticides ». Plus inquiétant, a-t-elle relevé,  nos agriculteurs n’ont aucune notion sur la législation et les conditions d’utilisation des pesticides. « Les agriculteurs sont beaucoup plus intéressés par  l’aspect socioéconomique qu’environnemental. Leur premier souci est donc celui de la production et de la rentabilité quelles que soient les conséquences », a-t-elle déclaré.
Face à cette situation, et outre les problèmes de santé qu’engendrel’utilisation à grande échelle de produits chimiques de lutte contre les parasites,   deux autres  risques majeurs : l’agriculteur, lui-même,  n’est pas protégé parce qu’il n’utilise pas d’équipement adéquat et ne porte ni masque ni gants, a expliqué Nabiha Aloui. Les emballages des produits pesticides sont rejetés n’importe où dans la nature multipliant les atteintes au milieu naturel déjà fortement impacté par les opérations d’épandage et de pulvérisation de produits toxiques qui vont se disséminer dans l’atmosphère et sont transportés d’une région à une autre par le vent et les pluies, a fait remarquer la chercheuse.
La menace sur la «faune utile» et sur les abeilles,  «principal auxiliaire de pollinisation», est directe et fragilise tout un écosystème, a encore longuement expliqué l’universitaire, appelant à une prise de conscience des responsables de l’encadrement de l’activité agricole pour qu’ils sensibilisent davantage les agriculteurs et les fellahs sur le caractère nocif des produits phytosanitaires, «s’ils sont trop et mal et utilisés». Des rapports de recherche effectués au niveau de Tipaza et d’autres zones agricoles, a-t-elle fait remarquer, mettent avant le même phénomène et ses dangers.
Les recommandations à l’issue du séminaire portent essentiellement  sur la sensibilisation d’une population d’agriculteurs dont  le niveau d’instruction est très bas et ne leur permet pas de comprendre les risques et les enjeux d’une utilisation industrielle des pesticides.
Elles appellent à une intervention plus importante des organismes spécialisés  au niveau de la DSA et des CCLS (coopératives des céréales et de Légumes secs) pour mieux encadrer et mieux contrôler la  distribution et  l’utilisation des produits. n