Avec un sursaut en 2016 à environ 10% par rapport à 15% en 2008, l’analphabétisme enregistre une diminution remarquable, et ce, grâce à la stratégie nationale d’alphabétisation (SNA) mise en place en 2007, a déclaré Mme Leïla Aouam, directrice de l’annexe locale de l’Office national d’alphabétisation et d’enseignement pour adultes (ONAEA) à Reporters. 

Une stratégie, selon elle, marquée par d’intenses activités visant à atteindre les objectifs d’alphabétisation avec tous les moyens humains et matériels nécessaires. Jusqu’au mois de décembre écoulé, Ouargla a enregistré, dans le cadre de la stratégie nationale de lutte contre l’analphabétisme, près de 1200 nouvelles inscriptions, portant à 3 906 le nombre d’inscrits pour les trois niveaux d’éducation. Un premier niveau qui s’étale sur une année scolaire complète, puis le deuxième niveau qui se déroule de septembre à février, soit 9 mois d’étude, pour transiter ensuite vers le troisième niveau, qui s’étale jusqu’à la fin du mois de juin. Ce dernier niveau se conclut par un examen pour l’obtention d’une attestation d’études de base, l’équivalent de la 5e année primaire, donnant la possibilité de suivre des études à distance, a expliqué la responsable.

Majorité féminine

Sur 3 906 inscrits en 2016, 3 770 sont des femmes, soit un taux dépassant les 90% d’apprenants, qui traduit l’imbattable volonté des femmes, âgées la plupart de plus de 47 ans, de sortir de l’illettrisme. Pour des motifs personnels et d’ordre social, les femmes éprouvent le désir d’apprendre à lire et écrire beaucoup plus que les hommes. Mais les deux principales raisons demeurent le suivi de la scolarité de leurs enfants et de pouvoir lire le saint Coran seules, a expliqué la directrice.
136 hommes seulement sont inscrits, la plupart sont des jeunes détenus du centre de rééducation, a encore précisé Mme Leïla Aouam.
Dans la wilaya de Ouargla, on compte 178 sections à travers le territoire, dont 33 classes rurales, 128 urbaines et 17 sections semi-urbaines. 132 encadreurs contractuels assurent les formations des apprenantes, mais l’effectif reste largement insuffisant par rapport à l’immensité du territoire et la densité de la population, a déploré la responsable. Ne disposant pas de structures, l’ONAEA a signé plusieurs conventions avec des institutions publiques, notamment avec les secteurs de l’éducation, de la culture, des affaires religieuses et la DAS.
Les sections, sous le contrôle d’agents de l’ONAEA, se dérouleront donc dans des mosquées, des écoles coraniques, des écoles primaires, des Maisons de jeunes et Maisons de la culture ainsi que les centres d’activités sociales appartenant à la Direction des affaires sociale (DAS), précise encore cette dernière.

Apprendre pour tous !

L’alphabétisation s’adresse à toute personne adulte, sans distinction d’âge, de sexe, de culture ou d’origine sociale, a précisé notre interlocutrice. Apprendre à lire et écrire, c’est acquérir des outils pour comprendre le monde, pour s’y situer et pour y agir socialement, économiquement, culturellement et politiquement.
L’alphabétisation n’est pas une fin en soi. Il s’agit toujours d’apprendre à lire pour sortir de chez soi et entrer dans la société, pour aider ses enfants, pouvoir faire des formations et trouver du travail, mais surtout pour se débrouiller seule, être indépendante et mieux comprendre le monde, comme nous le disent les apprenantes. L’annexe de Ouargla a réalisé, ces deux dernières années un sursaut qualitatif en matière de lutte contre l’analphabétisation, en ciblant notamment les localités et points reculés de la wilaya, à l’instar de la commune de Chaouachine, dans la daïra frontalière d’El Borma (420 km à l’est de Ouargla), marquée par l’ouverture de six sections d’alphabétisation, dont cinq pour les femmes.

Un gros problème de mentalité dans la région

« En 2016 encore, on trouve en ville des familles aisées qui refusent encore d’envoyer leurs enfants à l’école, alors que la scolarisation est obligatoire. Ces derniers préfèrent qu’ils apprennent le Coran à la maison », a révélé Mme Leïla Aouam. «Nous avons pu réintroduire un grand nombre d’apprentis âgés de moins de 16 ans, notamment dans la daïra frontalière d’El Borma, exactement dans la localité Znaygua», ajoute-t-elle.
En dehors des chiffres, la directrice dit avoir réussi à atteindre deux principaux objectifs, sortir la femme de chez elle et concrétiser l’intégration sociale et la coexistence pacifique entre les différents inscrits de différentes couches composant la société ouarglie.
La Journée arabe de l’alphabétisation, prévue le 8 janvier de chaque année, sera célébrée aujourd’hui à la Maison de la culture Moufdi-Zakaria.