La manifestation du 3 novembre, hier à Ouargla, a été une réussite ! Prévue depuis plusieurs semaines déjà, ayant saturé les discussions et les conversations dans les cafés et les lieux publics de la ville, elle s’est imposée comme une réelle démonstration de force. Sans violence ni heurts, elle a assuré son succès par son côté pacifique et pour avoir rassemblé des centaines de personnes qui ont demandé au gouvernement
et à l’Etat d’être plus attentifs aux appels à l’emploi et à la justice sociale.

L’appel à ce grand rassemblement qui a eu lieu en début de matinée au lieu-dit Souk Lahdjar en plein cœur de la ville, a été lancé par des activistes se réclamant d’un collectif dénommé «coordination de la société civile de Ouargla». Ses inspirateurs et ses initiateurs souhaitaient une nouvelle « milyounia» et rassembler un million de manifestants mais ils étaient loin du compte, hier. Cela ne les a pas empêchés de sortir beaucoup de monde dans la rue dans cette ville du sud algérien qui vit au rythme des tensions sociales depuis plus d’une dizaine d’années.
Qui est derrière la coordination ? Officiellement, des «associatifs et des militants des quartiers» qui réclament une égalité dans l’accès à l’emploi dans le bassin industriel et pétrolier de la wilaya et des services sociaux à la hauteur de la demande des habitants. Ce qu’on ne dit pas encore est qu’il existe parmi eux, des adhérents à des syndicats autonomes, des «électrons libres» et nombre d’entre eux se sont manifestés lors de la campagne contre les galas artistiques durant l’été dernier.
De là à « fixer » d’eux une photographie définitive, il y a cependant beaucoup à faire tant les problèmes socioéconomiques à Ouargla sont gros et anciens alors que les générations ne cessent de passer. Ce qu’on sait, en revanche, est que la manifestation d’hier s’est faite en l’absence encore une fois des animateurs du Comité national pour la défense des droits des chômeurs (Cnddc), actuellement en retrait de la dynamique sociale en cours dans la ville du sud algérien et sa proche région.
Au Cnddc, on lui avait reproché une trop forte coloration politique, sans doute pour avoir suscité l’intérêt des formations politiques de l’opposition et pour avoir réussi le tour de force de rassembler pratiquement toutes ses forces en janvier 2013 dans ce qui a semblé être l’une des plus grandes manifestations contre l’action du gouvernement dans toute l’Algérie depuis fort longtemps.
Et c’est sans doute pour cette raison que les animateurs de la marche d’hier ont insisté sur le caractère «apolitique» de leur démonstration de force.
C’est ainsi qu’ils n’ont pas cessé d’adresser des messages aux élus et aux notables de la région, les mettant en garde d’exploiter politiquement leur action. Cette méfiance s’est manifestée dans les déclarations des manifestants rencontrés. « On fera face à tous ceux qui veulent, a travers les protestations des habitants du sud, traduire un plan ou une idée visant à déstabiliser le pays et frapper l’unité nationale », dira Mokhtar, un vieil habitant du quartier de Mekhadma venu protester contre « l’injustice». «Personne ne peut mettre en doute notre patriotisme. Nous tiendrons plus que tous à l’unité nationale pour laquelle nos parents se sont soulevés en février et mars 1962 », a-t-il ajouté, sans doute par allusion à ceux qui soupçonnent des animateurs du mouvement de caresser des idées de séparatisme.
Méfiance politique ou méfiance à l’égard des politiques ?
Dans les réseaux sociaux, avant l’organisation de la marche d’hier, il y a eu des discours sur la richesse du sol du sud « qui doit revenir aux gens du sud » et des réactions de régionalisme. Difficile de croire cependant que de telles idées se sont muées en courant audible dans la société ouarglie où beaucoup de monde vient des autres régions d’Algérie. Nous, les habitants d’Ouargla, on est victime d’une répartition injuste et inéquitable des ressources de notre région et d’une gestion discriminatrice. On mérite une vie meilleure pour nous et nos enfants qui souffrent de tout, chômage, mauvaise couverture de santé, manque d’infrastructures et de services sociaux, voilà », ajoute encore Mokhtar qui considère que l’enjeu est de ne pas arrimer le mouvement social à des logiques politiques. «Aucun intermédiaire, nous saurons nous-mêmes transmettre nos messages», a lancé au micro un des animateurs de la manifestation, montrant ainsi une réelle précaution politique à se démarquer du politique.
Pour les chômeurs, cette manifestation était l’occasion pour rappeler aux autorités locales que les jeunes refusent les solutions portées dernièrement par le wali d’Ouargla concernant l’augmentation des offres d’emploi à 1 500 postes. Les jeunes ont demandé aux autorités locales de travailler pour la résolution d’une façon définitive du problème de l’emploi en ouvrant une enquête sérieuse sur les « manipulateurs » et les « mafieux » qui font, selon eux de l’emploi, un business pour se faire de l’argent et du pouvoir. « Le problème n’est pas le nombre des offres mais les procédures douteuses et illégales par lesquelles sont attribuées ces offres, et c’est pour cela on veut résoudre le dossier de l’emploi pour nous et pour la génération future », a crié un jeune ingénieur en chômage depuis 4 ans.
La manifestation a pris fin vers 11h du matin dans le calme. Les protestataires se sont dispersés comme ils s’étaient rassemblés dans la discipline. D’autres, volontaires se sont armés de sacs poubelle et ont nettoyé la place de Souk Lahdjar avant de quitter les lieux en donnant rendez-vous à une prochaine manifestation.