A moins d’une semaine du sommet de l’Alliance à Londres, la chancelière allemande Angela Merkel a livré hier mercredi devant les députés allemands un plaidoyer pour l’Otan. L’Otan a été «un rempart contre la guerre», qui a garanti «la liberté et la paix» depuis 70 ans, en partie grâce à «nos amis américains», a-t-elle dit, prenant le contre-pied du chef de l’Etat français Emmanuel Macron qui avait estimé récemment que l’organisation était en situation de «mort cérébrale». Mme Merkel a évoqué la délicate question de la Turquie, membre-clé de l’Otan dont l’intervention dans le nord de la Syrie, avec l’assentiment de Washington, a déstabilisé l’Alliance. «La Turquie doit rester membre de l’Otan», a asséné la chancelière. «Il est important pour l’Alliance, sur le plan géostratégique, que la Turquie en fasse partie», a-t-elle martelé alors que la relation entre Ankara et Washington n’est pas au beau fixe, en particulier depuis l’acquisition par les Turcs de batteries S-400, un système russe de défense antiaérienne et antimissile.
Avant-hier mardi, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a jugé «inquiétant» le fait que la Turquie ait commencé la veille à tester partiellement les S-400, exhortant Ankara à «s’éloigner de la mise en opération complète» du système russe. En réponse, lors d’une conférence de presse hier à Ankara, le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu a déclaré que son pays n’a pas acheté des systèmes de défense russes pour «les garder dans un carton». «Vous n’achetez pas un produit pour le garder dans un carton. Nous avons des besoins», a-t-il indiqué M. Cavusoglu a affirmé également que la Turquie était ouverte à l’achat de systèmes Patriot, concurrents des russes S-400, si les Etats-Unis donnaient des «garanties» sur la production conjointe et si le Congrès s’engageait à ne pas bloquer la vente. Les Etats-Unis estiment notamment que les S-400 ne sont pas compatibles avec les dispositifs de l’Otan, dont la Turquie est également membre, et mettent en danger les secrets technologiques du F-35, un avion de chasse américain furtif dont l’armée turque a commandé plus de 100 exemplaires. L’administration Trump a déjà décidé d’exclure la Turquie du programme F-35 après qu’elle a pris livraison des premiers S-400. «Dans le pire des cas, si nous ne pouvons pas acheter les F-35, nous rechercherons des alternatives. Vous ne pouvez pas refuser de nous en vendre et nous dire de ne pas regarder ailleurs», a déclaré M. Cavusoglu. La Turquie est en outre sous la menace de sanctions américaines en vertu d’une loi adoptée en 2017 par le Congrès des Etats-Unis prévoyant des mesures punitives automatiques contre tout pays qui achèterait des armements russes. Mais un responsable américain avait affirmé en octobre qu’Ankara y échapperait s’il choisissait de ne pas activer les systèmes russes.