Il est loin le temps où l’on se posait des questions sur l’utilité et la vocation de l’Otan. Ce temps-là, celui de la chute du mur de Berlin en Allemagne et de l’effondrement du bloc soviétique, incitait beaucoup d’observateurs et de responsables politiques en Occident comme ailleurs à s’interroger sur l’avenir de l’Alliance de l’Atlantique nord.

Certains se hasardaient jusqu’à parler de dissolution, pensant que la menace de la guerre froide et d’une confrontation avec l’ours russe faisait partie du passé et de l’Histoire. Près de trente ans après l’effondrement du mur, dont l’anniversaire de la chute sera célébré en 2019, l’ère n’est plus aux questionnements mais à la recherche de nouveaux financements et au réarmement intensif.

Le plus curieux, du moins en comparaison avec le discours d’il y a trente ans, est que la motivation de cette double action reste encore la menace russe, principalement même si en trois décennies d’autres « risques » sont brandis par les stratèges de l’Alliance et entre autres localisés dans l’ère géographique se confondant avec celles des pays et Etats musulmans…
Hier, mardi, le secrétaire général de l’Otan a indiqué à ce sujet que la «priorité» pour l’Alliance atlantique reste la question de la hausse des dépenses de défense. A la veille de recevoir pour la première fois à Bruxelles le nouveau secrétaire américain à la Défense James Mattis, M. Stoltenberg a annoncé qu’en 2016 les dépenses de défense «des Alliés européens et du Canada» ont augmenté de 3,8%, «nettement plus » que prévu. Le surplus par rapport à 2015 représente environ 10 milliards de dollars, a souligné le chef de l’Otan, et de plus en plus d’Alliés se rapprochent de l’objectif de dépenses militaires atteignant 2% de leur Produit intérieur brut (PIB). Il a cité la Roumanie, ainsi que la Lituanie et la Lettonie, qui «avancent vite» vers les 2%. Cette cible, à atteindre à l’horizon d’une décennie, avait été fixée lors d’un sommet de l’Otan au Pays de Galles en 2014.
Parmi les 28 pays membres de l’Alliance, seuls cinq (Etats-Unis, Grèce, Royaume-Uni, Estonie, Pologne) dépensent au moins 2% de leur PIB dans la défense. Ce qui avait valu au président américain Donald Trump, lors de sa campagne électorale, de mettre la pression et de prévenir que les Etats-Unis réfléchiraient à deux fois à respecter leurs obligations envers l’Otan si les alliés européens ne se rapprochaient pas plus rapidement de l’objectif. S’agit-t-il alors pour l’OTAN de se rapprocher de cet objectif d’ici 2024 ou le respecter scrupuleusement à cette date ? « Peu importe le langage, la chose la plus importante est de réussir, (…) d’augmenter les dépenses de défense, et c’est exactement ce que nous sommes en train de faire », a répondu hier Jens Stoltenberg, lors de la traditionnelle conférence de presse organisée à la veille d’une réunion ministérielle des 28, au siège de l’Alliance à Bruxelles. «Les dépenses de défense, le partage du fardeau, c’est notre première priorité», a-t-il insisté. Le chef de l’Otan a qualifié l’augmentation de 2016 de «pas important dans la bonne direction». «Mais ce n’est pas suffisant, nous devons faire davantage », a-t-il plaidé. « On n’attend pas de tous les Alliés de l’Otan qu’ils respectent l’objectif des 2% immédiatement, mais qu’ils cessent de réduire » leurs dépenses, a aussi dit M. Stoltenberg, interrogé sur les soucis budgétaires de l’Italie. Selon des chiffres de l’Otan datant de juillet 2016, l’Italie alloue l’équivalent de 1,11% de son PIB aux dépenses militaires, l’Allemagne 1,19%, la France 1,78%, contre 3,61% pour les Etats-Unis. Questionné sur les difficultés de l’administration Trump à parler d’une seule voix, au lendemain de la démission forcée de Michaël Flynn, conseiller à la sécurité nationale, le secrétaire général de l’Otan a redit sa pleine confiance dans le fait que les Etats-Unis honoreront leurs engagements à l’égard de l’Alliance. «La chose importante pour moi est que le président, le secrétaire à la Défense, le secrétaire d’Etat ont tous transmis le même message fort à propos de l’Otan», a affirmé M. Stoltenberg. «Ils ont tous clairement dit que les Etats-Unis restaient fortement engagés à l’égard de l’Otan (…) et du lien transatlantique ».