Par Hamid Bellagha
La guerre en Ukraine, car c’en est une maintenant, n’en finit pas de bouleverser l’ordre que l’on croyait établi dans le domaine de l’énergie. Les Etats-Unis, auparavant gendarme du monde et régulateur des prix de l’énergie, grâce à leurs capacités de production phénoménales, se retrouvent, cette fois, piégés par l’affolement des marchés du pétrole et du gaz suite au dérèglement du marché à cause des hostilités russo-ukrainiennes. La dernière trouvaille des States a été de déclarer un embargo sur le gaz et le pétrole russes espérant désactiver Poutine de son mode guerre, tout en comptant sur les Européens pour en faire de même.
Si la Grande-Bretagne a suivi les recommandations US, mais… à compter de la fin de l’année, l’Union européenne n’est «pas prête à avoir froid» et ne compte pas cadenasser le gazoduc pourvoyeur de gaz, essentiellement pour l’Allemagne. Le jeu des sanctions anti russes fonctionne à merveille quand le confort des populations européennes et américaines n’est pas remis en cause. Déjà, les prix à la pompe atteignent de sommets et promettent de durer, comme en 1973, où le recours au vélo a été la seule option trouvée à l’époque. Il faut se rappeler que l’arme de l’énergie utilisée à l’époque par l’Opep a eu des retombées négatives sur l’Occident pendant 5 ans pour une guerre qui n’a duré que six jours. Que dire alors de cette guerre qui promet de persister et des retombées probables sur la production des biens et services de l’Union européenne qui peinent à remplacer le gaz et pétrole russe, sans oublier les minerais rares et le blé.
C’est encore l’histoire de l’arroseur arrosé, car dans une conjoncture où les prix du gaz et du pétrole réagissent plus à la rumeur et aux bruits de bottes qu’à la production elle-même, l’Union européenne ne sait plus s’il faut qualifier Poutine de «tyran» où de «président autoritaire». Mettant de l’eau dans leur vin pour ne pas l’avoir dans le gaz, l’Europe et les Etats-Unis ne savent plus quel air entonner pour faire plier l’Ours russe tout en gardant le moral et l’agrément de leur population à un niveau qui n’est pas «marchandable».
En attendant, les Bourses mondiales de l’énergie continuent de s’affoler. L’OTAN est avertie, l’Union européenne aussi.