Créée en 1949 au lendemain de la Seconde Guerre monde, pour faire barrage à l’ex-empire soviétique notamment, l’Organisation du traité de l’Atlantique nord, est confrontée aujourd’hui à de sérieuses difficultés de cohésion ainsi qu’à de nouveaux enjeux.

Trente ans après la chute du mur de Berlin, l’organisation héritée de la Guerre froide se trouve confrontée à des défis considérables entre la militarisation de l’espace, le retour en force de la Russie sur la scène internationale et la montée en puissance de la Chine comme puissance militaire.
Tout cela, dans un contexte de cacophonie et de mésentente entre Américains, Français et Turcs et, plus globalement ; entre ses 29 Etats-membres qui se sont efforcés hier mercredi d’afficher une unité de façade pour le sommet du 70e anniversaire de l’Alliance stratégico-militaire.
Mardi dernier, les premières réunions bilatérales ont été dominées par les passes d’armes découlant des déclarations récentes d’Emmanuel Macron jugeant l’Otan en état de «mort cérébrale» et l’appelant à revoir sa stratégie. Le président français «assume totalement» ses propos très critiqués par ses alliés, a-t-il martelé mercredi matin. «Ils ont permis de soulever un débat qui était indispensable», a-t-il insisté. «Je pense que notre responsabilité était de soulever les ambiguïtés qui pouvaient être nuisibles et d’assumer un vrai débat stratégique». Ses déclarations, en plus de ses critiques très vives de l’intervention turque d’octobre contre les forces kurdes en Syrie, ont jeté un froid avant la réunion. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a très mal pris les attaques d’Emmanuel Macron, au point de le juger la semaine dernière en «mort cérébrale».
Le président français a insisté mardi sur l’ «ennemi commun» que représente le terrorisme et a déploré le fait que «nous n’avons pas la même définition du terrorisme autour de la table», une allusion à la question kurde sans doute et au coup porté par les forces turques aux Kurdes de Syrie .
La critique vise en effet l’exigence du président turc de faire considérer comme des terroristes les forces kurdes qui ont combattu en Syrie le groupe djihadiste Etat islamique, avec les pays de la coalition internationale, ce que refuse la France d’Emmanuel Macron. Donald Trump, qui pousse depuis son élection ses alliés à augmenter leurs dépenses militaires pour prendre une part plus lourde du fardeau, est reparti à la charge contre les «mauvais payeurs», insatisfait des efforts consentis ces derniers temps.
Tout cela arrive alors que les stratèges de l’Alliance continuent de désigner la Russie comme un adversaire réel et regardent avec inquiétude l’essor militaire chinois. Hier, mercredi, les membres de l’OTAN devaient s’entendre à faire de l’espace un terrain d’opérations de défense et prendre en compte les défis posés par l’essor de la Chine, deuxième budget militaire au monde. Jens Stoltenberg s’est vu confié une mission de réflexion sur la stratégie de l’Alliance «face aux nouvelles menaces, notamment le terrorisme international».
«Quelles que soient nos différences, nous continuerons de nous unir autour de notre tâche principale: nous défendre les uns les autres», a-t-il lancé en ouvrant la séance de travail du sommet dans un golf à Watford, dans la banlieue de Londres. «Ce n’est pas la première fois que l’Alliance est confrontée à des différences et elle a toujours su les surmonter». «Il est très important que l’Alliance reste unie. Il y a beaucoup, beaucoup plus de choses qui nous unissent que de choses qui nous divisent, et je pense que chaque dirigeant ici est absolument déterminé à reconnaître l’importance vitale de l’Otan pour notre sécurité collective», a lancé le Premier ministre britannique Boris Johnson à son arrivée à Watford.