Le réalisateur Milos Forman est mort, vendredi passé, des suites d’une maladie, à l’âge de 86 ans. Il avait remporté deux fois l’Oscar du meilleur réalisateur pour ses films «Vol au-dessus d’un nid de coucou» et «Amadeus».

«Il est décédé paisiblement, entouré de sa famille et de ses proches», a déclaré sa veuve, Martina aux médias tchèques «Il était le meilleur ami de mon père et nous l’admirions tous les deux», a déclaré le réalisateur tchèque David Ondrieck sur le site Internet du quotidien DNES, ajoutant qu’«il avait un beau caractère et une énergie fantastique. Les gens voulaient rester près de lui. Il était un fabuleux conteur et un homme adorable». Sur les réseaux sociaux, des célébrités du monde du cinéma ont rendu hommage au maître tchèque. «C’est avec une grande tristesse que j’apprends la mort du grand cinéaste Milos Forman, a écrit le réalisateur britannique Edgar Wright. Sa filmographie était phénoménale et rendait compte de l’esprit de révolte et de la nature humaine.» Pour sa part, l’acteur espagnol Antonio Banderas a salué «un génie de la cinématographie et un maître portraitiste de la condition humaine». «Milos Forman était notre ami et notre professeur, a tweeté de son côté le scénariste Larry Karaszewski, avec qui Forman a collaboré sur deux films. C’était un maître du cinéma – personne n’était meilleur que lui pour capturer des petits moments inracontables du comportement humain.» Gilles Jacob, ancien directeur du Festival de Cannes, a souligné que Forman avait été le seul réalisateur qui soit passé de la Nouvelle Vague «aux grands films d’auteur populaire américain couverts d’oscars». Né le 18 février 1932 dans la ville de Caslav, à l’est de Prague, Milos Forman a perdu ses parents dans les camps de concentration nazis. Dans les années 1960, il rejoint la nouvelle vague de cinéastes porteuse de liberté et de contestation, se dressant contre le régime communiste dans l’ex-Tchécoslovaquie. Il se fait alors connaître grâce à ses films «L’As de pique», «Les amours d’une blonde» et «Au feu, les pompiers». Son œuvre immense et singulière s’est concentrée sur des personnages insoumis en butte à toutes les formes d’oppressions. Peu de temps avant l’occupation de la Tchécoslovaquie par les forces du Pacte de Varsovie en 1968, qui a mis fin à une période libérale connue sous le nom de «Printemps de Prague», Milos Forman part vivre aux Etats-Unis, via la France. New-Yorkais d’adoption naturalisé Américain en 1977, il obtient la consécration internationale grâce à une kyrielle de films au succès flamboyant.
De la nouvelle vague tchèque au tapis rouge d’Hollywood
Son film «Vol au-dessus d’un nid de coucou» en 1975, remporte cinq statuettes aux Oscars, dont celle du meilleur film, et distingue Forman comme meilleur réalisateur. Jack Nicholson et Louise Fletcher sont respectivement primés comme meilleur acteur et meilleure actrice. Le long-métrage obtient également six Golden Globes. «Vol au-dessus d’un nid de coucou» est une adaptation du livre, du même titre, du romancier américain Ken Kesey, paru en 1962. Considéré comme l’un des cent meilleurs romans du siècle dernier, le livre est une véritable critique de la psychologie behaviouriste, utilisée dans certaines institutions psychiatriques à l’époque, et porte un message humaniste. L’auteur s’était inspiré de son expérience personnelle au sein du service des vétérans à l’hôpital de Palo Alto pour rédiger son œuvre. En 1983, le cinéaste retourne à Prague, encore sous le régime communiste, pour tourner «Amadeus». Le film, en partie tourné au théâtre baroque de Tyl, remporte huit Oscars, dont le doublé Meilleur film et Meilleur réalisateur, et une quarantaine de prix à travers le monde. Cette lecture personnelle du drame et du génie qui composèrent la vie de Mozart, conte la relation conflictuelle entre Antonio Salieri et Wolfgang Amadeus, se disputant le titre de plus grand compositeur du siècle à la cour de Vienne à la fin du XVIIIe siècle. Milos Forman avait abordé un autre aspect de l’univers de la musique en s’attaquant à un tout autre registre avec le rafraîchissant «Hair», adaptation d’une comédie musicale à succès de Broadway, sur l’âge d’or hippie et la guerre du Vietnam, dont est tirée la célèbre chanson «Let The Sunshine In». En 1981, il signe aussi «Ragtime», une chronique de l’Amérique raciale, puis «Valmont» en 1989, une adaptation des «Liaisons dangereuses», la même année que Stephen Frears, avec John Malkovitch et Glenn Close. Milos Forman enchaîne ensuite les portraits d’hommes célèbres, du magnat de la presse pornographique «Larry Flynt», en 1996, qui lui vaut une nouvelle nomination aux Oscars, jusqu’à «L’homme sur la lune», en 1999, sur le comique américain Andy Kaufman.  Il y a douze ans, son dernier film «Les fantômes de Goya», avec Natalie Portman et Javier Bardem à l’affiche, mettait en scène le peintre espagnol sur l’Inquisition du XVIIIe siècle.n