L’Organisation nationale des éditeurs de livre (Onel) lance un appel à l’ensemble de ses membres «en vertu de leur obligation envers la société» d’accorder des remises «très importantes sur la totalité de leurs parutions» et de faire des «offres spéciales avec des titres gratuits», assurant que cette décision a été prise suite aux consultations lancées entre ses membres durant ces derniers jours. L’Onel, créée en 2014, réunit aujourd’hui près d’une cinquantaine d’éditeurs, ainsi que des professionnels des librairies et de la vente du livre. Elle souligne que cette mesure intervient dans un contexte où le secteur de l’édition, qui connaît une situation difficile depuis plusieurs années, aujourd’hui, aggravée par la crise sanitaire et la fermeture de librairies ainsi que l’arrêt quasi complet de l’activité des éditeurs. Une situation qui met en lumière la nécessité d’une réelle mise en place de mécanismes de ventes en ligne au profit des lecteurs. A ce sujet, contacté, hier, le président de l’Onel, Mustapha Kallab-Debbih, nous explique que les mesures, annoncées dans la journée de mardi dernier, avaient été imaginées avant la décision de fermeture des libraires. «Cela fait longtemps que nous réfléchissons à de telles décisions, avant même la crise sanitaire que l’on connaît et la fermeture des commerces», enchaînant, «maintenant que nous sommes en situation de confinement, nos décisions restent bien sûr d’actualité, mais nous devrons trouver un plan pour les appliquer». Il estime, ainsi, que la solution la plus évidente étant, aujourd’hui, de recourir aux réseaux sociaux, en proposant notamment ces promotions sur les pages Facebook des éditeurs et librairies. Quant à la question de la vente et du payement pour le lecteur intéressé, Mustapha Kallab-Debbih précise que l’Onel avait «sollicité l’un des professionnels du secteur de la vente via Internet en Algérie pour trouver une solution en ce sens». La crise sanitaire engendrée par la pandémie du coronavirus aura très certainement de lourdes répercussions sur le secteur du livre, d’autant que le président de l’Onel rappelle que l’ensemble des maillons du marché du livre connaissaient déjà des situations difficiles. Et d’expliquer : «Cela fait quatre ans que les éditeurs connaissent de grandes difficultés (…) Les acquisitions d’ouvrages par les bibliothèques communales, les écoles, les universités… n’existent plus. C’était grâce à ces ventes que les libraires et les éditeurs survivaient». Il estime aussi que cette crise fait figure d’avertissement et de test grandeur nature quant à la fragilité du marché et son retard en comparaison d’autre pays.
«Malheureusement, nous avons perdu du temps et accusé un immense retard en ce qui concerne la possibilité des ventes en ligne», avoue-t-il. En ajoutant qu’«à titre personnel, j’ai lancé une application, un site web, entrepris des démarches avec des plateformes étrangères pour les représenter en Algérie, mais tous ces efforts n’ont pas abouti à cause du système de payement en ligne qui ne s’est finalement pas mis en place. Et cela ne concerne pas seulement le secteur du livre».
Systèmes de payement et ventes en ligne, présences des librairies et éditeurs sur Internet mais aussi les entreprises de livraison à domiciles… devront immanquablement être mis en place, et le livre devra par ailleurs bénéficier du soutien de l’Etat, et une catégorisation «spéciale», ajoute le professionnel. Il nous précise aussi que les tarifs de la livraison étant à l’heure actuelle l’un des principaux problèmes. «Ce n’est tout simplement pas intéressant pour le client de payer, par exemple, 400 dinars de plus pour la livraison d’un livre qui coûte à la base 600 dinars en librairie». Mustapha Kallab-Debbih conclut, en affirmant que «le livre a besoin d’être considéré différemment d’une autre marchandise. Mais je peux vous dire que nous sommes en négociations avec des plateformes de livraison. Et si cela n’aboutit pas, les professionnels du livre devront eux-mêmes créer leurs propres solutions».