Qui remplacera le Brésilien Roberto Azevedo à la tête de l’OMC ? Depuis l’annonce de son départ à la fin du mois d’août prochain, pour «raisons familiales», une année avant la fin de son mandat, les 164 pays membres de l’organisation doivent lui trouver un successeur dans des délais plus courts que prévus. La procédure de désignation du chef de l’OMC n’est pas une élection, mais un mécanisme consensuel qui fonctionne par élimination.

Un vote est possible en tant que procédure de dernier recours, mais il n’a jamais été utilisé. Ainsi, en 1999, les pays n’avaient pas pu se mettre d’accord et avaient choisi deux directeurs en divisant le mandat en deux exercices, de trois ans chacun. En pleine recrudescence des tensions internationales entre les Etats-Unis et la Chine, l’entreprise s’annonce donc périlleuse cette année.
«Si le processus de désignation du prochain Directeur général est fortement politisé, cela pourrait avoir un effet bloquant», relève ainsi pour l’AFP une source diplomatique. Sans consensus, l’un des vice-directeurs de l’OMC prendra les rênes par intérim. D’ici là, cinq candidats sont sur la ligne de départ. Les candidatures ont été bouclées mercredi et concernent un Mexicain, un Egyptien, une Nigériane, un Moldave et une Sud-Coréenne.
L’Afrique n’ayant jamais eu de représentant à la tête de l’OMC, le continent espère avoir ses chances, même s’il n’existe pas de règle d’appartenance régionale. L’Union africaine, prise de court par le départ précipité de Roberto Azevedo, avait officiellement sélectionné trois noms, mais parmi eux seul l’Egyptien Hamid Mamdouh, 67 ans, ancien haut fonctionnaire de l’OMC ayant également la nationalité suisse, a déposé sa candidature. Le Nigeria a par ailleurs présenté Ngozi Okonjo-Iweala (66 ans), une décision qui fait l’objet d’un différend juridique avec l’UA.
Malgré ce différend, Mme Okonjo-Iweala, ancienne ministre des Finances et des Affaires étrangères et présidente de l’Alliance mondiale pour les vaccins et vaccinations (Gavi), assure aussi recevoir un «soutien énorme». «Je suis sûre que l’Union africaine prendra une décision pour choisir et soutenir le candidat qui le mérite», a-t-elle déclaré aux médias à Genève au cours d’une visioconférence fin juin.

Une organisation en plein marasme
Cette ancienne directrice des opérations de la Banque mondiale, qui pilote depuis peu l’un des programmes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans la lutte contre la Covid-19, n’entend d’ailleurs pas miser sur son origine ou sa condition de femme, bien qu’aucune n’ait jamais dirigé l’OMC. «J’espère que le Directeur général de l’OMC sera élu avant tout en raison de son mérite. Et s’il s’agit ensuite d’une femme ou d’un Africain, c’est bien «aussi», a-t-elle dit.
Mme Okonjo-Iweala fera face à une autre femme, la ministre du Commerce de Corée du Sud Yoo Myung-hee (53 ans). Le Mexicain Jesus Seade Kuri – qui a également la nationalité libanaise – est, à 73 ans, le candidat le plus âgé. Ancien Directeur général adjoint de l’OMC, il a occupé des postes à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international. La Moldavie a, pour sa part, présenté la candidature de son ancien ministre des Affaires étrangères, Tudor Ulianovschi, le plus jeune candidat (37 ans).
En plein marasme économique mondial causé par la pandémie de Covid-19, plusieurs chantiers de taille attendent le futur patron de l’OMC, préparer la conférence ministérielle de 2021, donner un coup de fouet aux négociations qui piétinent, et surtout tenter de relancer le dialogue au plus bas avec les Etats-Unis. Washington a menacé de quitter l’OMC, qu’il qualifie de «gâchis», et paralyse depuis décembre le tribunal d’appel de l’organe de règlement des différends (ORD) de l’OMC. Les Etats-Unis, qui s’estiment traités «inéquitablement» par le gendarme du commerce mondial, réclament sa refonte, ainsi que le retrait de la Chine de la liste des pays en développement. n