Le Directeur général de l’Organisation internationale du travail (OIT) Guy Ryder a appelé à ce que les politiques de relance économique post-Covid restent «centrées sur l’humain», en donnant la priorité à la «création d’offres de travail décent».

Par Nadir Kadi
Le responsable de l’agence de l’ONU, qui s’exprimait face au Comité du développement et au Comité monétaire et financier international (CMFI), réunis à l’occasion des Réunions de printemps 2021 du Groupe de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI), ajoute en ce sens qu’il existait «un risque bien réel de voir la crise de la Covid-19 laisser derrière elle des inégalités grandissantes et de l’injustice sociale». Des inégalités d’autant plus importantes que le marché du travail faisait face à des «difficultés» avant la crise sanitaire. La mise en garde du responsable de l’OIT inclut également l’Algérie… Le FMI ayant de son côté fait savoir dans ses «Perspectives économiques mondiales», publiées le 6 avril dernier, que le pays connaîtrait une hausse de taux de chômage de 14,5% cette année et de 14,9% en 2022, après avoir déjà enregistré une hausse de 14,2% l’an dernier.
Les perspectives de croissance du PIB restent également «modestes» pour l’Algérie avec un rebond estimé, à la fin de l’année en cours, à 2,9% seulement puis de 2,7% l’an prochain, alors que les économistes estiment le besoin à «au moins 6% de croissance» pour pouvoir absorber les nouveaux demandeurs d’emploi. Quant aux emplois existants, les chiffres révèlent que les mesures de lutte contre la pandémie, telles que le confinement, ont entraîné une destruction du marché du travail. Ainsi 2020 est considérée comme une année dure pour les entreprises et les travailleurs. Hamid Afra, Directeur de recherche, délégué national aux risques majeurs auprès du ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, avait en ce sens fait savoir que 500 000 emplois directs avaient été perdus en 2020. Un chiffre, qui reste toutefois «partiel» et qui pourrait doubler en prenant en compte les postes détruits dans les circuits de l’économie souterraine. Il est notamment révélé que les secteurs tels que le BTP ont particulièrement souffert des mesures de confinement, avec plus de 300 000 salariés au chômage des suites de la fermeture provisoire ou définitive de quelque 4 000 entreprises.
Quant aux «solutions» mises en avant, hier, par le Directeur général de l’OIT, il s’agit notamment de mettre en œuvre une «action multilatérale cohérente» afin d’assurer que la reprise économique et sociale soit tout autant «centrée sur l’humain que les conséquences de la pandémie». Le responsable cite quatre composantes à intégrer aux politiques de relance économique qui seraient à même de «renforcer les capacités de résilience face aux chocs futurs». Ainsi pour Guy Ryder, la stratégie de relance «passe notamment par le renforcement des processus de sécurité et de santé au travail, où l’on constate des conséquences importantes au niveau humain en matière de procédures défaillantes sur le plan de la sécurité et de la santé, dont on estime le coût économique à 4% du PIB annuel mondial». Le même responsable, qui souligne que «la réponse à la Covid-19 devait donner la priorité à la création d’offres de travail décent», appelle dans la même logique les gouvernements à renforcer l’aide aux populations pauvres et vulnérables, «y compris en améliorant la protection sociale». Une manière également pour le Directeur général de l’Organisation internationale du travail «d’accélérer» la mise en œuvre de la feuille de route de la «Déclaration du centenaire de l’OIT pour l’avenir du travail», un document adopté en 2019 à l’unanimité par les Etats membres de l’Organisation, et qui offrait une feuille de route validée au plan international pour aller vers des sociétés plus «inclusives et plus résilientes (…) L’accélération de la mise en œuvre de cette feuille de route devrait constituer une priorité centrale en matière de politiques publiques et de coopération internationale».