Jusqu’aux années 1980, la région de Misserghine était connue pour abriter d’immenses orangeraies produisant la fameuse Clémentine, une variété originaire des lieux et dont le nom revient au frère Clément de la congrégation du Saint-Esprit, qui était chef des pépinières de l’orphelinat agricole à la fin du XIXe et du XXe siècle.

Cette Clémentine qui est le produit du croisement entre l’orange et la mandarine, considérée comme un fruit de haute qualité, a cependant presque disparu des champs qui ont cédé la place au béton et à l’urbanisme effréné que cette partie de l’Oranie, à l’instar des autres régions d’Algérie, n’a pas cessé de subir.
A Misserghine, région agricole d’excellence, le foncier agricole a été dilapidé au bénéfice de l’urbanisme et de l’auto-construction, faisant disparaitre des sites de haute valeur. Si des orangeraies subsistent encore, c’est par tradition familiale et par conviction, pour certains, de sauver l’économie agricole de la région et sa vocation séculaire de producteur de la fameuse Clémentine. Et ce sont ces passionnés qui cherchent aujourd’hui à labelliser cet agrume sans pépins, rappelle-t-on.
Selon l’APS, en effet, les producteurs font une « véritable course contre la montre » pour labelliser l’orange clémentine. Les procédures sont en voie d’achèvement, indique selon la même source le président de l’association des agriculteurs, qui chapeaute cette opération en coordination avec lad Direction locale des Services agricoles (DSA).
L’association a été créée en décembre 2018 et rassemble une vingtaine d’agriculteurs, selon son président Khellil Bekhedda, un agriculteur possédant une exploitation spécialisée dans la production de la clémentine dans la commune de Misserghine, depuis 1966.
D’après la chargée du dossier de labellisation au niveau des services agricoles d’Oran, « la préparation du cahier des charges sera achevée dans un délai d’un mois. Le dossier sera, ensuite, déposé auprès du comité chargé de la qualité du ministère de l’agriculture, du développement rural et de la pêche », signalant à ce propos qu’ « il ne reste, dans cette opération, que la mise en place du processus technique de production de la clémentine et le suivi des agriculteurs dans les méthodes de cueillette de ce fruit, qui se déroule, actuellement, de manière satisfaisante ».
Pour Salima Hasnaoui, le «secret de la clémentine réside dans ses différentes particularités, en comparaison avec le reste des oranges et des agrumes, en général, en plus du volet concernant la teneur en jus et le goût, l’odeur et l’arôme ». Elle fait savoir que les différentes analyses ont montré des résultats importants concernant ce fruit, notamment sur le plan de la qualité du fructose, du saccharose et la vitamine C, entre autres. La labellisation de ce produit local vise sa valorisation et sa réhabilitation en vue de l’intensification de la production et d’aller vers son exportation, a indiqué pour sa part le président du conseil interprofessionnel de la filière des agrumes, Mohamed Derbal.

Problème d’eau et de salinité
La première étape de ce travail commun entre agriculteurs et l’APC de Misserghine a été l’organisation la «fête de la clémentine», avec l’association d’un certain nombre d’agriculteurs, dans le but d’échanger les savoir-faire et développer cette filière.
Durant la saison 2018-2019, la superficie consacrée à la clémentine a augmenté de 118 hectares, dont 94 ha produisant 13 030 quintaux, selon les statistiques de la direction de l’agriculture d’Oran.
Pour la campagne 2019-2020, 153,23 hectares ont été consacrés aux agrumes, dont 100,33 ha à la production de la variété clémentine, avec une production, jusqu’à présent, de 3.872 quintaux, a-t-on précisé de même source qui pointe le problème de la disponibilité de l’eau, véritable casse-tête dans la région.
L’opération de récolte a été lancée, il y a deux semaines, et sera clôturée vers la fin décembre. La production attendue de clémentine atteindra, selon les prévisions, 22.840 quintaux.La superficie consacrée à ce fruit a été évaluée à environ 250 ha en 1999, puis a été réduite, en 2013, à 91 ha, et ce pour différentes raisons dont la salinité dans les zones connues pour ces variétés de fruits se trouvant à proximité de la zone humide de la grande « Sebkha » ainsi que la faiblesse de la pluviométrie, la vieillesse des arbres fruitiers et le manque d’eau, ont fait savoir les mêmes responsables. n