Avec la propagation du coronavirus en Europe, notamment en Espagne et en France, Oran, considérée comme une zone à risque du fait de l’importance des échanges aériens et maritimes avec l’Europe, retient son souffle. L’angoisse est palpable. Le nom de «coronavirus» est sur toutes les langues. Grands et petits craignent ce virus qui a déjà tué des centaines de personnes dans le monde. La fulgurante propagation de cette pandémie en Espagne, avec qui la capitale de l’Ouest du pays entretient des relations commerciales très étroites, fait monter la pression d’un cran. Pourtant, le quotidien des Oranais ne semble pas aussi perturbé que ça. Les rues sont bondées et les cafés pleins. Les espaces verts et de loisirs sont envahis par les enfants, les centres commerciaux sont comme d’habitude prêts à accueillir une clientèle habituelle et les ménagères qui veulent profiter des vacances scolaires pour faire leurs emplettes. A part un petit nombre de personnes qui portent des masques dans les espaces publics, rien ne semble perturber le quotidien des Oranais. Au marché d’Es-Seddikia, un quinquagénaire qui s’apprêtait à acheter un «sandwich-karène» à un vendeur ambulant, ne semble pas réaliser le potentiel danger de son acte dans le contexte actuel. Dans un éclat de rire, il estime que «Dieu seul détient le pouvoir de la mort et de la vie» et, de ce fait, il s’en remet «entièrement au Créateur.» D’autres clients, présents sur place, soutiennent sa thèse. «Es-Settar Allah» (Allah est le protecteur) répliquent-ils à l’unisson. Le fait qu’aucun cas positif n’a été enregistré à Oran est pour eux un argument supplémentaire. «Il est inutile de prendre des précautions à l’avance», a estimé l’un d’eux. Ceux qui portent des masques ne partagent pas cet avis. Une mère, accompagnée de ses deux filles, rencontrées au marché de l’USTO, ont affirmé qu’elles ont décidé de porter des masques, après avoir entendu, samedi, les appels des autorités à la vigilance. «Nous savons déjà que le virus a une période d’incubation qui peut aller jusqu’à 28 jours», a souligné cette mère, qui n’exclut pas l’éventualité que d’autres cas existeraient et ne sont pas encore détectables. Réda, un fonctionnaire d’une cinquantaine d’années, porte déjà un masque depuis plusieurs jours. «Il ne faut pas plaisanter avec les choses sérieuses», dit-il. La visite de plusieurs membres de sa famille résidant en Europe a éveillé et attisé ses craintes. «Même s’ils semblent en pleine forme et bien portants, je ne peux être sûr qu’ils ne portent pas le virus», a-t-il souligné. L’activité commerciale ne semble pas ralentie. Les commerces maintiennent leur rythme habituel. Les pharmaciens notent un engouement sur les masques et les gels désinfectants, avec toutefois une majoration notable de leurs prix quand ils sont disponibles. Les magasins d’alimentation générale et les supérettes enregistrent une légère tendance des clients à faire des provisions, notamment pour les produits de large consommation et non périssables. «Ce n’est pas encore la panique», souligne un commerçant. En attendant l’évolution de la situation dans un sens ou dans un autre, Oran, comme le reste des villes du pays, retient son souffle et s’interroge sur la disponibilité ou non des moyens pour prendre en charge les malades en cas d’épidémie. Oran spécule et espère.<