Le confinement sanitaire imposé pour lutter contre la propagation de l’épidémie du Coronavirus a mis à mal les personnes exerçant des métiers libéraux dans différents domaines par manque d’activités. Il s’agit notamment de coiffeurs, taxieurs, soudeurs, maçons, carreleurs, peintres, tacherons et autres, qui se sont retrouvés sans entrée d’argent suite à l’arrêt de leurs activités depuis le début de l’annonce du confinement sanitaire.

«J’ai pu tenir quelques semaines mais aujourd’hui, j’ai épuisé toutes mes économies et je n’ai plus le sou pour lever la tête», tonne un coiffeur à haï USTO. «Il est vrai qu’on va dépasser cette épreuve difficile tôt ou tard mais j’avoue qu’à la longue cette situation se fait sentir de plus en plus éprouvante», a-t-il déclaré avec un sentiment de dépit. Le cas d’un autre journalier est édifiant. Il travaille dans une grande entreprise de bâtiment qui est aujourd’hui à l’arrêt. «Nous avons reçu nos salaires le mois de mars, mais je ne pense pas qu’on va toucher le salaire du mois d’avril surtout à l’approche du mois de Ramadhan», s’est exprimé avec amertume et la mort dans l’âme un ouvrier de 52 ans. Une situation préoccupante, comme le dit le coordinateur du bureau d’Oran de l’Union générale des commerçants et artisans algériens (UGCAA), Mouad Abed, qui appelle les hautes autorités du pays à trouver une solution aux problèmes de ces corps de métiers libéraux totalisant plus de 15.000 personnes au niveau de la wilaya, touchées dans leur vécu quotidien à l’ère des mesures de confinement sanitaire et de lutte contre le coronavirus. Cette catégorie de travailleurs n’arrive plus à joindre les deux bouts, surtout ceux qui versent régulièrement les cotisations à la Caisse d’assurance sociale des non salariés (CASNOS) et qui demandent aujourd’hui qu’avoir une indemnité, à titre exceptionnel, pour maintenir leur dignité et pouvoir faire face à leur situation intenable, a-t-il reconnu. «Il y a urgence à trouver une solution à leurs appels réitérés, comme créer un fonds de solidarité», a proposé le représentant local de l’UGCAA, qui estime que «le kit alimentaire ne suffit pas pour voler au secours de ces métiers professionnels». Le message est clair et nous devons éviter ce genre de situation», a-t-il déploré.

Les secteurs du BTPH et du tourisme fortement impactés
Avec le confinement, la situation semble difficile pour de nombreux secteurs dont ceux du bâtiment, des travaux publics et des services, à l’instar du tourisme, soutient Rachid Cherchar, membre élu à la Chambre de commerce et d’Industrie de l’Oranie (CCIO) et responsable de la cellule de crise, qui explique que des pans entiers de l’économie tournent au ralenti s’ils ne sont pas devenus tout simplement exsangues. C’est le cas du groupe ALTIME-Services, qui emploie dans sept filières dont celles du BTPH plus de 400 travailleurs, selon son chargé de la communication, Brahim Zerrouki, qui met en avant les pertes subies par l’entreprise lesquelles portent un sérieux coup à sa santé financière. «Nous avons des chantiers pour la réalisation des équipements publics à Oran, à Sidi Bel-Abbes et ailleurs et nous sommes acculés par des impératifs de délais de livraison», a-t-il déclaré. Même notre centrale à béton qui emploie une trentaine d’employé est à l’arrêt par mesure préventive sanitaire. L’entreprise a payé le mois de mars et s’est engagée également à verser le salaire du mois d’avril. «Pour le reste, rien n’est pas garantie», prévient-il. «Nous avons payé les salaires sans recourir au fonds de la CACOBATH. C’est un effort individuel qui se joint à l’élan de solidarité agissante», a expliqué M. Zerrouki, appelant les autorités du pays à venir à leur rescousse en prolongeant les délais de livraison des équipements que le groupe est chargé de fournir. Le secteur du tourisme subit de plein fouet cette crise, à l’instar du préjudice subi par les établissements hôteliers dont «Les jasmins», «Liberté», «Royal» et «Sheraton» qui tournent aujourd’hui à 10 pour cent de leurs capacités, ou le groupe hôtelier «Eden» qui est à la disposition du personnel médical. Pis, tous les établissements hôteliers de la wilaya sont à l’arrêt ou presque. Il est fort à craindre des fractures, en témoigne la chute du chiffre d’affaires des très petites et moyennes entreprises (TPE), qui seront contraintes à mettre en chômage technique des travailleurs, voire même des licenciements, fait savoir Dr Fethi Ferhane, économiste à l’université Oran 2 (Belgaïd). Prévoyant en cas de persistance de la crise la disparition et la fermeture à tour de bras de beaucoup de PME, il plaide pour des mesures de soutien à ces entités qui paient les frais des dommages générés par le confinement. Selon des statistiques, plus de 70 % du tissu économique local est formé de TPE et de PME, les premières employant moins de 10 travailleurs chacune et les autres entre 11 et 249 chacun.(APS)