Les spécialistes du domaine médical à Oran estiment que les causes des maladies nosocomiales qui restent fréquentes malgré toutes les dispositions prises et les moyens engagés sont à rechercher dans les défaillances comportementales des uns et des autres plutôt que dans le peu de moyens mobilisés. Les maladies nosocomiales sont des infections que l’on contracte dans les hôpitaux et les structures sanitaires. Le plus souvent, les bactéries responsables proviennent du malade lui-même mais peuvent être transmises d’un patient à un autre via l’équipe soignante, explique le Dr Messid, chef d’unité d’hygiène hospitalière au CHU d’Oran. Loin d’être un problème propre aux structures sanitaires du pays, ces infections existent dans tous les établissements hospitaliers, même dans les pays les plus avancés. «Il est possible de réduire leur prévalence mais il est impossible de les éradiquer», explique ce même spécialiste, qui veille à ce que les gestes de prévention soit respectés au niveau des 52 services du CHU d’Oran. En l’absence de données statistiques fiables et vérifiées, il est difficile d’évaluer avec exactitude la prévalence des infections nosocomiales dans les établissements de santé du pays. Elle se situerait entre 8 et 10 %, avancent certaines parties contre 3 à 5 % dans les établissements occidentaux. Certains spécialistes approchés par l’APS et ayant requis l’anonymat, estiment que les chiffres seraient encore «beaucoup plus importants». En abordant cette question, les responsables des établissements sanitaires s’attardent sur les protocoles, les moyens, les mesures et les conduites à tenir en ce qui concerne l’hygiène hospitalière. Mais, il suffit de se rendre dans ces structures sanitaires pour constater très vite que ces mesures ne sont pas respectées. Le spectacle des praticiens et agents paramédicaux, parfois en blouses, déambuler en toute quiétude dans les rues, les cafés, les fast-foods est presque quotidien, a-t-on constaté. Au CHU et l’EHU d’Oran, les deux plus grands établissements de santé de la wilaya, le constat est alarmant. Une seule demi-heure d’observation permet de constater que de dizaines de praticiens circulent en tenue de travail ou en blouses de bloc. Certains vont même jusqu’à sortir à l’extérieur de l’hôpital en sabots médicaux. «Un comportement irresponsable et certainement source de maladies nosocomiales», regrette le directeur de l’EHU d’Oran, Mohamed Mansouri, qui estime que le problème est «comportemental». Pour lui, comme pour le directeur du CHU d’Oran, Hadj Boutouaf, la responsabilité incombe d’abord aux chefs de service.
Inutilité des moyens si le personnel est désengagé
Tout le monde s’accorde à dire que les dispositions sont prises et les moyens engagés pour lutter contre les infections nosocomiales. Chaque année, le CHU d’Oran débloque entre 5 et 6 millions DA pour la désinfection des blocs, indique le directeur de l’établissement. C’est dire toute l’importance accordée à ce volet. Le chef de service d’épidémiologie et de médecine préventive au CHU d’Oran, le Pr Ahmed Fouatih, affirme qu’à part quelques manques occasionnels, les moyens de lutte contre les infections nosocomiales sont «bien utilisés». Par ailleurs, la prévention est une démarche constante et régulière. Des campagnes de sensibilisation et de formation sur les différentes mesures à adopter en matière d’hygiène hospitalière sont régulièrement organisées au niveau des différents établissements de la santé public, a assuré la présidente du Comité de lutte contre les maladies nosocomiales (CLIN) au niveau de la direction locale de la santé et de la population (DSP), le Dr Khaled. Des spécialistes considèrent que la balle est ainsi dans le camp du personnel médical, qui doit faire preuve de plus de rigueur en ce qui concerne les règles imposées, à commencer par le lavage des mains après chaque consultation. «Une règle bien basique qui n’est pas toujours respectée», a-t-on estimé. Il est également strictement interdit de circuler ailleurs que dans le bloc ou la salle de soins en tenue de travail et d’introduire son téléphone portable – source de beaucoup de germes – dans le bloc, pour ne citer que ces deux mesures, qui semblent les plus bafouées. Lorsqu’on évoque la question des sanctions, la responsabilité incombe au chef de service qui doit veiller au respect des règles. Pourtant, la chef d’unité de l’hygiène hospitalière au CHU d’Oran, affirme qu’il n’y a pas de cadre réglementaire qui régit ce genre d’agissements. Pour elle, «la sensibilisation donnerait un meilleur résultat que la sanction en elle-même». (APS)