Demain, lundi, les pays membres de l’Opep+ se réuniront pour un échange d’analyse du marché pétrolier et décider des actions à entreprendre pour tenter d’adapter l’offre à la demande mondiale et veiller à ce que les prix du baril ne baissent pas dangereusement. L’option retenue jusqu’ici est de poursuivre la limitation de la production qui devrait être à nouveau opérée en janvier prochain. Le contexte mondial, lui, reste marqué par une crise sanitaire qui ne semble pas prendre fin alors que certains parlent déjà de «deuxième vague» de la pandémie dans de nombreux pays industrialisés et grands consommateurs de pétrole, notamment en Europe.
Vendredi, en fin de semaine d’activité pour les marchés pétroliers, les cours du brut ont connu un léger recul par rapport à la journée de jeudi. Le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en décembre a fini à 42,93 dollars à Londres, en baisse de 0,53%. A New York, le baril américain de WTI (West Texas Intermediate), aussi appelé Texas Light Sweet, pour novembre, a abandonné 0,20% ou 8 cents à 40,88 dollars. La veille, les deux contrats de référence avaient déjà baissé mais avaient limité leurs pertes, aidés par un recul plus important que prévu des stocks de brut aux Etats-Unis.
La morosité des marchés est expliquée par l’incertitude qui règne en ce qui concerne la crise sanitaire mondiale et la décision de plusieurs pays industrialisés et grands consommateurs de pétrole de procéder à de nouvelles mesures contre la propagation de la Covid-19 dont les derniers chiffres, notamment en Europe, font cas d’une accélération.
La pandémie y est jugée «très préoccupante», selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). «Le monde en est à un stade où de nouveaux couvre-feux sont mis en place, ce qui limite la circulation et, par voie de conséquence, la consommation de carburant», a commenté l’experte Paola Rodriguez-Masiu, analyste de Rystad Energy, cabinet spécialisé.
C’est dans ce contexte que se réunira demain lundi 19 octobre, dans le cadre des rencontres mensuelles d’évaluation du marché, le Comité ministériel mixte de suivi de l’accord Opep et non Opep (JMMC). «L’Organisation des pays exportateurs de pétrole a tenu jeudi la 45e réunion du Comité technique conjoint (JTC), par vidéoconférence, en préparation de la 23e réunion de la réunion ministérielle conjointe (JMMC) prévue le 19 octobre 2020», a indiqué à ce sujet un communiqué de l’Opep.
Lors de cette réunion, jeudi 15 octobre, le Secrétaire général de l’Opep, Mohammad Sanusi Barkindo, a évoqué l’évolution du marché pétrolier, en déclarant que «depuis plus de six mois maintenant, nous travaillons côte à côte pour faire face à une crise du marché qui est sans précédent et historique». Il a noté que le rapport mensuel de l’Opep sur le marché pétrolier prévoit que le PIB mondial chutera d’environ 4% cette année, puis rebondira en 2021 à un taux d’environ 4,6%.
Des prévisions optimistes à long terme, mais…
M. Barkindo dira, également, que la prévision de l’Organisation pour la demande de pétrole en 2020 reste légèrement supérieure à 90 millions de barils/j, «soit une baisse annuelle de 10%». En examinant les perspectives à plus long terme du marché pétrolier, il a déclaré que «le World Oil Outlook (rapport annuel de l’Opep 2020), récemment lancé, voit la demande mondiale d’énergie primaire s’accélérer et continuer de croître, avec une augmentation de 25% au cours des 25 prochaines années».
Le Secrétaire général de l’Opep a noté que le pétrole devrait conserver la plus grande part du mix énergétique, représentant près de 28% en 2045. Estimant que «le pire de la crise actuelle est peut-être passé», il a souligné l’importance du dialogue et de la coopération pour parvenir à un système énergétique plus durable et résilient au profit de tous.
Lors de sa 22e réunion tenue par vidéoconférence, en septembre dernier, les membres du JMMC avaient examiné le niveau de respect des engagements de baisse de la production des pays signataires de la Déclaration de coopération pour le mois d’août 2020. Le JMMC avait relevé avec satisfaction que le taux de conformité global avait atteint 102% en août.
A cette occasion, le ministre de l’Energie et président de la Conférence de l’Opep, Abdelmadjid Attar, avait salué les efforts des pays qui avaient procédé en août à des baisses de production plus importantes que le niveau requis et avait insisté sur la nécessité que les pays de la Déclaration de Coopération continuent de respecter pleinement leurs engagements afin de restaurer l’équilibre et la stabilité du marché pétrolier.
Pour les observateurs, l’incertitude qui règne sur les marchés, outre les conséquences de la crise sanitaire, résulte aussi du retard pris par les membres de l’Opep+ pour compenser durant le mois de septembre la surproduction des mois précédents. Les vingt-trois pays membres prévoient de nouvelles coupes dans la production au 1er janvier 2021 afin d’adapter le niveau de l’offre au plus près de celui de la demande, qui ne reprend pas au rythme souhaité. n