Par Feriel Nourine
Les ministres des pays membres de l’Opep+ devraient renouer avec les négociations, aujourd’hui, pour dégager la démarche à suivre en matière de production à partir du mois d’août, ont annoncé hier des sources proches de l’alliance, citées par Reuters.
Les retrouvailles, par visioconférence, de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et ses alliés est devenue possible depuis mercredi, après le compromis trouvé entre l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, ouvrant la voie à une réunion qui devait se tenir le 2 juillet, avant d’être renvoyée au 5 du même mois, puis carrément reportée «sine die».
Un plan avait, certes, été dégagé par l’Opep+, il y a 15 jours, portant sur l’injection de 2 millions de barils par jour entre août et décembre, à raison de 400 000 barils par jour chaque mois. Mais c’était compter sans l’opposition des Emiratis à l’accord sur lequel s’étaient entendus les 33 autres pays de l’Opep+.
En fait, Abou Dhabi ne s’était pas opposé au plan d’augmentation de la production dégagé en lui-même. Bien au contraire, au départ, les Emirats l’avaient, eux aussi, accueilli favorablement, mais ce pays, dont le PIB dépend à 30% des hydrocarbures, a réajusté sa position quelques heures plus tard, réclamant une hausse de son quota en cas de prolongement de l’accord Opep+ au-delà de sa date limite fixée en avril 2020, dans le cadre d’un plan de réduction massive à opérer par les gros pays producteurs pour faire face à l’effondrement des cours de l’or noir sous l’impact des mesures sanitaires anti-coronavirus.
La position du petit émirat du Golfe, mais géant du secteur (6e réserve et 7e producteur dans le monde et 3e au sein de l’Opep) n’avait pas tardé à provoquer des hostilités avec le voisin saoudien. L’exigence formulée par son ministre de l’Energie de voir grimper la production de son pays de 3,17 mbj actuellement à 3,8 millions de barils par jour, en cas de prolongation de l’accord, n’a pas été du goût de son homologue saoudien. Lequel, en sa qualité de représentant du chef de file de l’Opep et principal artisan de l’accord historique d’avril 2020, a refusé de céder aux demandes d’Abou Dhabi en arguant notamment que la prolongation de l’accord en l’état jusqu’à fin 2022 était nécessaire pour la stabilité du marché.
Un différend qui a poussé l’alliance vers l’impasse, non sans faire remonter en surface le désaccord, au début de 2020, entre l’Arabie saoudite et la Russie, qui avait donné lieu à une guerre des prix au sein même de l’alliance. Il a fait passer aussi au marché pétrolier une quinzaine de jours marqués par une volatilité rarement égalée, alors que la demande confirme son regain de forme.
C’est pourquoi la baisse de tension et les compromis entre les EAU et l’Arabie saoudite, annoncés mercredi dernier, devaient être relayés par une reprise des négociations de l’Opep et ses alliés, dont la date n’allait pas tarder à être fixée. Chose faite déjà si l’on se fie aux sources de l’alliance et, visiblement, la réunion d’aujourd’hui va confirmer le plan de 2 mbj supplémentaires entre août et décembre, avec un niveau de production de référence plus élevé qui arrangerait les Emiratis.
Une augmentation de l’offre interviendrait, dans tous les cas, dans une conjoncture où la demande mondiale envoie des signaux rassurants. En témoigne le rapport de l’Opep, publié jeudi, faisant état d’une demande mondiale qui poursuivra sa progression au moins jusqu’en 2022. Elle devrait croître en 2021 de 6 mbj, pour atteindre en moyenne 96,6 mb/j, estime l’organisation, confirmant ses précédentes prévisions.
Quant à la production de brut de l’Opep, elle a crû en juin de 590 000 b/j par rapport à mai, à quelque 26,03 mb/j, selon des sources secondaires (indirectes) citées dans le rapport.
Au 2e trimestre, la production de brut de l’Opep a atteint en moyenne 25,5 mb/j, soit 1,6 million de moins que la demande, toujours selon des sources indirectes. Pour la même année, les prévisions de demande pour le brut de l’Opep sont à 27,7 mb/j, environ 5 mb/j de plus qu’en 2020.
Elle serait à 28,7 mb/j en 2022, année pour laquelle l’organisation anticipe une hausse supplémentaire de 3,3 mb/j, à quelque 99,86 millions de barils chaque jour. La barre des 100 millions serait même franchie au cours du second semestre, souligne la même source. Ce boom devrait être alimenté par les pays non-OCDE, la Chine et l’Inde dépassant leurs niveaux de consommation d’avant-Covid, qu’il s’agisse de carburants pour le transport ou des besoins industriels (pétrochimie).
Pour ce qui est de l’offre, du côté des pays producteurs non membres de l’Opep, elle devrait croître de 2,1 mb/j en 2022, venue des Etats-Unis, du Canada, de Norvège ou du Brésil. Mais leur investissement en amont, dans l’extraction et l’exploration, ne devrait pas connaître une croissance marquée, loin en tout cas de l’année 2013, note le rapport. n